Interview des fondateurs
Nicole et Jean-Luc, les co-fondateurs

Témoignage de Nicole

Nicole nous raconte...

Août 1985, c’est le troisième été que nous passons au Groenland à découvrir de nouveaux sites et itinéraires. Enthousiastes, voulant toujours aller plus loin mais avec jusqu’à trois semaines d’autonomie. Nous avons beau faire parfois des "huit" pour diminuer la charge, nous devons nous rendre à l’évidence : la rando à pied en autonomie a atteint ses limites !
Que faire ? Demander à des Groenlandais de nous servir de porteurs ? D’une part ce n’est pas dans leur mentalité, et d’autre part, en admettant que nous en trouvions qui acceptent, un Groenlandais ne se paye pas avec une poignée de roupies : à la louche, il faut le payer le même prix que ce qu’il gagnerait dans une journée de pêche et le problème, c’est que du poisson il y en a beaucoup au Groenland et il n’est pas bradé ! Nous en sommes là, quand un soir, nous voyons passer dans le fjord, un couple dans un kayak biplace : manifestement ils ont toute leur autonomie avec eux ! Avec Jean-Luc, nos regards se sont croisés, un sourire : la voilà la solution !
Petite précision, nous n’avons alors, aucune, mais alors aucune expérience de la mer !

De retour en France, nous devons trouver cinq kayaks (des Nautiraid, pliants et démontables transportables en avion, si cette formule plait, cela permettra de passer la même saison, du Groenland au Spitzberg, de l’Alaska au Canada) et surtout devenir des spécialistes du kayak de mer dans les neufs mois qui viennent. Pour cela nous rencontrons un certain Jacques Dalet : homme solitaire, il est (entre autre) conseiller auprès des nageurs de combat de la Marine nationale et a à son actif plusieurs expés en solitaire au Groenland et en Alaska.
Terdav, séduit par le projet, nous garde une place de choix dans sa brochure.

Premiers raids et entraînements : tout l’hiver l’entraînement est intensif, tous nos week-ends, nous les passons en Bretagne quelle que soit la météo, nous réfugiant dans les embouchures de rivières lorsque c’est trop difficile. Bientôt le kayak, la mer, les côtes bretonnes n’ont plus de secrets pour nous. Pour le Groenland, ça sera dès le mois de juin suivant. Jacques (qui deviendra Bill) guidera les groupes, le Groenland n’a plus qu’à bien se tenir !!!

Première saison et nouveaux circuits : c’est un franc succès, la formule séduit, l’année suivante, nous ouvrons le Spitzberg avec "La baie du Roi" ainsi que l’expé "Au-delà de 80ème" (à l’époque, il est encore possible de survoler le Spitzberg en hélico), l’Alaska ("Prince William Sound", "Le Saint-Laurent" au Canada, la baie de Disko.
En trois saisons, c’est une véritable explosion, les kayaks transitent dans les avions au grand mépris des surcoûts des excédents de bagages que les compagnies, dans un excès de zèle, n’ont pas encore songé à surtaxer. C’est ainsi que vont s’ouvrir "Glacier Bay", la Kobuk River (une expé de cinq semaines) en Alaska, la côte est de la Terre de Baffin, l’île de Bathurst et Devon dans le nord du Nunavut, Thulé (tout au nord du Groenland via un avion affrété depuis Resolute).
Pour rentabiliser notre "flotte" qui ne tarde pas à atteindre les 70 kayaks, nous devons la faire tourner toute l’année et par conséquent dans les mers chaudes. C’est ainsi que Grand Nord devient Grand Nord Grand Large, et, à nos destinations arctiques, nous ajoutons à notre palette, le tour de Corse, les îles Ioniennes en Grèce, la côte de Lycie en Turquie.

Sur bien des destinations, nous sommes les premiers à venir découvrir le pays à bord de nos kayaks, ce qui nous vaut quelques anecdotes parfois cocasses, tels ces Mexicains qui ne veulent pas que nous approchions les baleines en kayak, sous prétexte qu’elles risqueraient d’être effrayées, mais qui acceptent de nous y conduire à bord de leur lanchas (barques à moteur). Beaux joueurs nous acceptons, ce qui nous vaut de superbes contacts bien "latinos". Tels ces Thaïlandais dans la baie de Phang Nga qui ne comprennent pas pourquoi, mais alors vraiment pas pourquoi, nous ne fixons pas un moteur sur nos kayaks, et qui veulent absolument nous en équiper. Tels ces militaires vietnamiens (nous sommes encore alors en plein régime communiste) qui, dans la baie d’Along, nous escortent (ils sont deux et nous devons leur fournir un kayak) la kalachnikov en bandoulière, craignant que nous nous fassions attaquer par des pirates et, qui le soir venu, pour se faire trois sous d’argent de poche, se transforment en cuisiniers émérites ! Que d’émotions également lorsque, toujours dans la baie d’Along, nous rencontrons sur une très frêle embarcation, sur laquelle ils ont tout ce qu’ils possèdent, un très vieux couple parlant encore un français issu de la période indochinoise… Il y en a encore beaucoup d’autres...

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