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Mercredi 11 juillet 2007
Roissy. Nous sommes 7 à partir naviguer en kayak sur la côte
Est groenlandaise.
Après une nuit à Reykjavik, nous survolons, à l’approche
de la côte, des milliers de petits points, les plaques de banquise,
qui parsèment la mer bleu sombre. Des plaques de neige blanchissent
les montagnes arides. Les premiers icebergs. À l’approche
de Kulusuk, l’avion perd de la hauteur, se pose en douceur sur la
piste en gravier entre mer et colline.
Il fait beau, doux. L’air est pur. Un paysage de rêve s’offre
à moi !
Steve, notre accompagnateur nous rejoint.
Direction Angmagssalik (Tasiilaq) en petit bateau à moteur qui
zigzague entre les blocs de glace. En ½ heure, le village est en
vue, à l’abri dans une baie.
L’après midi et le lendemain sont consacrés à
la préparation de la randonnée : inventaire de la nourriture,
derniers achats, conditionnement du matériel commun et personnel,
montage des bateaux. Tout doit trouver sa place dans et sur les kayaks
pour 15 jours d’autonomie.
Visite du village, balade jusqu’à 2 petits lacs, nichés
dans un écrin de verdure, dans lesquels s’ébattent
les jeunes saumons. Il fait beau, chaud (22° à l’ombre
à la terrasse d’un café).
Une petite sortie sur l’eau permet les derniers réglages
matériels et humains. Malgré la douceur de l’air,
la combinaison étanche est obligatoire. L’eau reste très
fraîche : quelques degrés seulement.
Samedi
14 juillet 2007
Départ en kayak pour explorer le fond de la baie et bivouac dans
une petite crique accessible uniquement à marée haute. Un
endroit idyllique : herbe verte, tapis de fleurs roses parsemé
de bouquets bleus, blancs, jaunes. Un petit ruisseau coule jusqu’à
la mer.
Un iceberg chancelle, se retourne, joue au culbuto avant de se stabiliser
après de longues minutes. La glace décline toutes les nuances
de blancs, bleus, turquoise.
Bien que le soleil se cache derrière les montagnes le soir, il
n’y a pas encore de nuit en cette mi-juillet.
Une balade sur les hauteurs nous permet d’avoir une vue sur toute
la baie d’Angmassalik, bien encombrée de glace à son
entrée, et d’aller jusqu’à un immense lac que
de hauts sommets surplombent.
Lundi
16 juillet 2007
Retour au village pour la journée et la nuit.
Quelques gouttes de pluie nous accompagnent pendant le rangement du camp.
Mer grise, ciel gris, brume lorsque nous sortons de la baie.
Tout est ouaté, feutré en longeant la côte pour remonter
le fjord d’Angmagssalik. La berge se devine. Les icebergs semblent
surgir de nul part. Parfois, nous nous frayons un passage entre les plaques
de glace à l’aide de la pagaie.
Le soir, du haut d’un petit sommet, fjord, îles, lacs, sommets
s’offrent à ma vue. C’est gigantesque.
Seuls le murmure du ruisseau et le piaillement des oiseaux vient troubler
le silence.
Mercredi
18 juillet 2007
Le gris laisse rapidement la place au bleu dans le ciel.
Navigation le long de petites îles rocheuses sur lesquelles nichent
des dizaines de goélands qui n’apprécient guère
notre passage sur leur territoire.
Lors de la pause, de grandes dalles de pierre plates chauffées
par le soleil, nous accueillent pour le pique-nique et la sieste. Dans
les trous d’eau, quelques moules viendront agrémenter notre
dîner.
Installation du camp au fond d’une toute petite crique. Un lieu
paradisiaque : de l’herbe verte au bord de l’eau pour installer
tentes et kayaks, un petit ruisseau qui serpente à travers la toundra
et forme des vasques bordées de mousse vert vif. Génial
pour la toilette ! J’en oublie la fraîcheur de l’eau.
Quel bonheur de laisser les derniers rayons du soleil me sécher
!
Jeudi
19 juillet 2007
La brume nous enveloppe et nous prévoyons la traversée du
fjord à la boussole.
Furtivement apparaît par endroits des géants de glace, un
sommet par ci, par là.
La mer est calme. Pas une ride sur l’eau lorsqu’à ma
gauche, évoluant tout en douceur, une masse sombre arrondie puis
une gerbe d’eau accompagnée d’un souffle sonore surgit.
Trop gros pour un narval. C’est une baleine ! Elle vient dans notre
direction, s’éloigne, plonge puis revient. Nous la sentons
là, toute proche, lorsqu’elle ressort à quelques mètres
de nous. Elle nous suit ainsi quelque temps puis disparaît. Moments
magiques et indéfinissables passés en sa compagnie ! Parfois,
les mots manquent.
Kungmiut est en vue. Les nuages apparaissent, le vent fait lever la mer.
Dans l’après midi, après un arrêt au village,
nous nous engageons dans un fjord étroit bordé par de hautes
parois rocheuses.
Afin d’atteindre le lieu de bivouac repéré sur la
carte, nous devons emprunter un passage recouvert par la mer uniquement
à marée haute. Nous arrivons un peu en avance et devons
attendre que l’eau recouvre les rochers.
Le camp pour 2 nuits est tout juste installé à l’entrée
du fjord de Tuno, lorsque la pluie se met à tomber.
Nous ne distinguons pas les sommets. Nous en profitons pour pêcher
(morues et un saumon) et se balader en bordure de mer.
Samedi
21 juillet 2007
Des écharpes de nuages sont accrochées au flanc des collines.
Il fait frais. Le vent souffle. Nous nous réchauffons en pagayant.
Les tons bleus, verts des icebergs sont accentués par le gris du
ciel et de la mer.
Nous nous engageons dans un long fjord et installons le camp à
Ikateq, ancienne base de ravitaillement militaire pendant la dernière
guerre. L’endroit est surréaliste : des centaines de bidons
rouillés qui donnent une couleur ocre aux pierres des ruisseaux,
des camions, des restes de bâtiments métalliques. Tout cela
au pied d’un lac, d’un glacier et d’un torrent surplombant
le fjord où dérivent de gros icebergs au gré du courant.
Mais la nature reprend ses droits. Les mousses et les épilobes
rose vif envahissent l’ancienne piste d’atterrissage.
Dimanche
22 juillet 2007
A l’horizon, une bande de ciel bleu. Nous nous dirigeons vers elle
et le fjord de Sermiligaq.
La navigation est longue mais il fait beau, les couleurs splendides, le
paysage grandiose. Le vent et le courant nous aident.
Au loin, le glacier Rasmussen barre l’horizon sur plusieurs kilomètres,
puis, au détour d’un rocher, sur notre gauche, le glacier
Karale, séparé en 3 branches. Sur la carte, ce n’est
qu’une langue glaciaire !
Le camp est installé un peu en hauteur pour 3 nuits avec vue imprenable
sur les glaciers aux tons rosés, violacés le soir venu.
Et quel plaisir de boire son bol de café au petit matin, seule,
face à toute cette splendeur éclairée par le soleil
et regarder évoluer ces géants de glace aux formes multiples
au gré du courant.
Une randonnée de la journée en kayak au pied du glacier
Karale nous permet de l’approcher d’un peu plus près.
C’est gigantesque. De temps à autre, des pans de glace colossaux
s’en détachent accompagnés d’une énorme
détonation laissant apparaître la glace bleu vif du glacier.
Une onde se forme sur l’eau, les kayaks sont bercés.
Le lendemain, le ciel est blanc, l’air est frais. Nous découvrons
le fjord et les glaciers d’un sommet surplombant le camp et repérons
la prochaine étape.
Mercredi
25 juillet 2007
Direction le front du glacier Rasmussen sous un grand ciel bleu.
Une petite balade à pieds nous permet d’approcher le glacier
pendant qu’un renard polaire vient nous faucher un sac de cacahouètes.
Le camp est monté sur une petite île.
Des sculptures de glace orangées, sous le soleil couchant, se reflètent
dans les eaux sombres de la mer.
Jeudi
26 juillet 2007
Grand beau mais vent de face et il faut appuyer un peu plus fort sur la
pagaie ce matin.
Une montée sur les hauteurs d’Ilivtiartik me permet d’apprécier
la majesté du fjord, l’accumulation de la glace au large
de Sermiligaq et les icebergs hauts de dizaines de mètres.
Vendredi
27 juillet 2007
Le camp est enveloppé d’une petite brume.
La journée commence par un portage des kayaks afin d’embarquer
dans le fjord voisin.
Navigation de rêve, pour moi peut être la plus belle du séjour
: de la brume, beaucoup de glace, le ciel bleu, la sensation de naviguer
dans un univers irréel, imaginaire.
Le village de Sermiligaq, quant à lui, nous ramène à
la réalité avec ses petites maisons de bois peintes aux
couleurs délavées, ses déchets sur le bord des chemins
et les habitants, assis par petits groupes, profitant du soleil.
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Samedi 28
juillet 2007
Un épais brouillard a transformé le paysage. Un bateau à
moteur nous emmène à l’aéroport de Kulusuk.
6 personnes du groupe repartent à Paris. 10 autres en arrivent.
Nous tournons quelque temps sans aucun repère visuel à la
recherche de l’entrée du fjord d’Ikateq. De temps à
autre un sommet, un glacier apparaissent mais ils sont vite happés
dans la brume.
Arrivés à Kulusuk, le blanc et le gris ont fait place au
bleu.
Dans la soirée, les nuages envahissent le ciel.
Il pleut et ce matin le temps est maussade.
Nous en profitons pour conditionner toute la nourriture nécessaire
aux 2 prochaines semaines et faire un petit tour en kayak afin de tester
matériel et équipages.
Lundi 30 juillet
2007
Lourdement chargés, nous nous dirigeons vers le glacier Rasmussen
au pied duquel nous montons le camp.
Nous nous en approchons, en gardant une certaine distance, et nous frayons
parfois un passage à l’aide de la pagaie au milieu des glaçons
que le glacier a rejeté.
Une balade en surplomb du glacier permet d’en admirer toute l’étendue
avant de nous diriger sous la pluie vers celui de Karale.
Même si je suis déjà venue il y a quelques jours,
tout est différent. Les nuages ont envahis le ciel, cachent les
sommets, la glace arbore d’autres nuances, modifiant totalement
le paysage.
Mercredi 1er
août 2007
Longue navigation en perspective. Longer la côte jusqu’à
l’entrée du fjord d’Ikateq, le remonter jusqu’à
celui de Tuno et installer le camp pour 2 nuits de l’autre côté
de la passe, en eau uniquement à marée haute.
A l’emplacement de l’ancienne base militaire, un groupe a
établi un camp pour quelques jours. Ils réalisent des sculptures
au sol en disposant les bidons rouillés de façon artistique.
Le soleil pointe à travers les nuages et des coins de ciel bleu
apparaissent. La navigation que j’ai effectuée sous le soleil
à l’aller s’est déroulée sous un ciel
gris au retour.
A l’aller c’est dans le fjord d’Ikateq que nous avions
laissé les nuages pour le ciel bleu et ceci pour le reste du séjour.
Maintenant, il semble que nous laissions le gris au même endroit,
espérons que ce soit aussi pour le reste du séjour !
Les heures s’écoulent doucement. Sieste, peinture, écriture,
lecture, photos, cuisine, lessive, toilette dans la rivière et
rêverie au bord de l’eau occupent agréablement ma journée.
Le paysage change à vue d’œil au rythme de la marée.
Le fjord est tantôt navigable, tantôt, il est possible de
passer de l’autre côté à sec.
Vendredi 3
août 2007
Le grand beau est revenu. Ciel bleu. Mer belle. Pas une ride sur l’eau.
La navigation est calme et agréable jusqu’au village de Kungmiut.
En repartant en direction du fjord de Tasilaq, au Nord, le vent s’est
levé formant des crêtes blanches à la surface de l’eau.
D’abord de travers, nous l’avons rapidement dans le dos. Les
kayaks glissent à bonne allure.
Au loin, un souffle. Une baleine ! Dommage que les conditions météo
ne nous permettent pas l’arrêt et la contemplation.
A l’entrée du fjord de Tasilaq, la mer est plus calme. Quel
spectacle : l’entrée étroite est gardée par
de gros icebergs qui reflètent la lumière du soleil. L’eau
bleu sombre devient turquoise. Le fjord est bordé par de hautes
parois, des glaciers suspendus, des torrents qui dévalent la pente.
Au fond, l’horizon est barré par 3 aiguilles rocheuses :
Storebrore.
Le camp est installé pour 2 nuits près d’un ruisseau
dans ce décor de rêve.
La chaleur me fait sortir de mon duvet. Installée sur un rocher,
face à la mer dans laquelle se reflètent sommets et icebergs,
les oiseaux viennent chanter à coté de moi.
Dimanche
5 août 2007
Il fait beau, même très beau mais en contrepartie le vent
thermique souffle. Et de face ! A la sortie du fjord de Tasilaq, nous
longeons la cote au plus près. Vent et vagues ne facilitent pas
l’avancée. Nous attendons la soirée la baisse des
températures et la chute du vent, installés sur une terrasse
herbeuse, avant de traverser et rejoindre notre lieu de bivouac de l’autre
côté du fjord d’Angmagssalik. La vue est magnifique,
les températures clémentes malgré le vent et l’attente
bien agréable.
Lundi 6 août
2007
Deux lacs dominent le camp. Certains essayent de pêcher. Je vois
les poissons en transparence mais aucun ne vient mordre à l’hameçon.
Un renard polaire s’aventure jusque dans nos affaires et apprécie
beaucoup les barres chocolatées.
Petite navigation sous un ciel gris, vent et jolies vagues.
Alors que nous sommes autour du feu, un souffle dans la nuit, à
intervalle régulier.
Je profite de la douceur pour rester allongée sur de grandes dalles
de roche lisse, face à la mer, à regarder dériver
les icebergs au rythme du courant et écouter souffler la baleine
au loin, de l’autre côté du fjord.
Mercredi 8
août 2007
Lever tôt afin d’éviter au maximum les vents thermiques.
Mer calme, ciel bleu. De temps à autre le bruit d’un moteur
vient troubler le silence.
Passage entre les îles. Vol des goélands au dessus de nos
têtes avant d’arriver au fond du fjord de Sangmileq. Ce campement
avait été repéré précédemment
par un autre groupe et « classé 4 étoiles ».
C’est mieux que cela. Le bout du monde, un endroit magique, sublime
d’où il se dégage une force et une énergie.
Le fjord est bordé par de grandes dalles de roche lisse. Il s’arrête
au pied d’un torrent. De grandes vasques d’eau turquoise,
des gerbes d’eau jaillissant dans un bruit assourdissant, soulevant
des millions de gouttelettes à travers lesquelles joue le soleil.
Plus haut, c’est plus plat. L’au coule tranquille à
travers un paysage lunaire fait de plages et de dunes de sable pour arriver
à un lac alimenté par plusieurs glaciers. Tout ceci, encadré
par de grandes falaises rocheuses. Un monde minéral, grandiose.
Nous y restons 2 nuits et montons jusqu’à un somment d’où
l’œil embrase en un seul regard : les glaciers, le lac, le
torrent, les fjords, les îles. Le paysage est à couper le
souffle. Même si la montée n’est pas aisée,
que des blocs de rocher et il n’y a aucun chemin, cela en vaut la
peine. C’est fabuleux.
Vendredi 10
août 2007
Direction le fjord d’Angmagssalik. Doucement, nous nous rapprochons
du village et de la pleine mer. Les icebergs atteignent, pour certains,
plusieurs dizaines de mètres de haut. Difficile d’estimer
réellement leur hauteur.
Nous dénichons un bivouac au fond d’une petite baie où
nous accostons sur du sable. C’est marée haute et il y a
peu de portage. C’est bien agréable.
Samedi 11
août 2007
Au moment de partir, la marée est au plus bas. Le portage est plus
long !
Navigation entre les îles, au pied d’icebergs gigantesques.
Nous évoluons dans un monde en bleu et blanc. Pique nique au fond
d’une baie, afin de profiter au maximum de ces derniers instants
fabuleux passés sur l’eau, avant de rejoindre le village
de Tasiilaq.
La randonnée est terminée mais il reste à démonter,
rincer, sécher, plier, emballer kayaks et matériel.
Balade dans le village, visite du musée.
Derniers moments de contemplation face à la mer à me remplir
de toute cette beauté.
Lundi 13 août
2007
Au moment de rejoindre l’aéroport de Kulusuk, des écharpes
de brume envahissent le village, la surface de la mer. Un sommet perce
dans le ciel bleu.
Retour à Reykjavik où nous nous retrouvons en ville au milieu
de la circulation, de la population, nombreuse en cette fin de journée.
Le retour à la civilisation n’est pas facile après
5 semaines passées en pleine nature et en parfaite harmonie avec
celle-ci.
Il reste des images, des sensations, des émotions plein la tête
en attendant peut être un prochain séjour au pays des glaces.
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