Croisières et voyages en Antarctique, Groenland, Spitzberg, Islande, Canada, Québec, Finlande, Russie, Sibérie
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De Pontault à l'Antarctique

Aventuriers du grand large
Plaisanciers pontalo-combalusiens, après avoir navigué en Arctique ( Spitzberg, Norvège, Groenland Est, avec des skippers, tous très chaleureux ), nous avons affronté la haute-mer en 2006, jusqu'aux contrées peu hospitalières de l'Antarctique.
Nous remercions très sincèrement nos skippers Eric DUPUIS, sa compagne Claude DERBOS et leur ami Nicolas LEBUGLE, qui nous ont permis de découvrir ces lieux sauvages et magiques dont le souvenir restera à jamais gravé dans nos mémoires.
Un amical souvenir à nos compagnons voileux, Gilbert, Dominique, Hervé, Paul, Simone, Guy, Jean et Michel.

Nous n'avons pas pu cette année partir comme prèvu en Géorgie du Sud sous la protection d'Eric, Claude et Nicolas pour des raisons professionnelles, mais ce n'est que partie remise !
Après l'Arctique, il fallait donc découvrir les déserts glacés du Sud.
Embarquement sur un petit voilier à Ushaïa.
L'Antarctique, 14 millions de km2 ! Température moyenne l'hiver entre -70 et -40°, l'été maximum entre -3 et +2°. A partir de mai, la mer gèle et double la superficie du continent. En novembre (l'été), les icebergs, pouvant atteindre 100 km sur 50 de large, commencent à se détacher.
Si la flore reste limitée, la faune est très riche: Multitude d'oiseaux: skuas, pétrels, cormorans et surtout manchots. Vie sociale très organisée chez les manchots. "Parité" au sein du couple. La femelle pond deux oeufs par an, couvés en alternance par les conjoints qui peuvent à tour de rôle se restaurer. Les parents pratiquent ensuite la garde alternée, puis envoient leur progéniture dans des "crèches" où les adolescents s'initient à la pêche, à la nage... Faune exceptionnelle aussi -de mammifères marins: phoques, éléphants de mer et otaries - et de cétacés: baleines, cachalots et orques.
Avant Charcot et son célèbre Pourquoi pas?, John Davis, Scott et Amundsen avaient accosté sur ce continent, voué à la recherche scientifique internationale depuis 1959 et le Traité sur l'Antarctique.


Extrème Sud
Débarquement le lundi 12-01-04 à l'Ile Déception !

les vents du grand sud, ça décoiffe... Engagés dans la trouée de Neptune, nous jetons l'ancre dans un cratère rempli d'eau. Falaises volcaniques noires, striées de vert et de rouge. Les petits pingouins ne sont pas effrayés. Manchots papou au bec orange, manchots à jugulaire au cou blanc rayé de noir,ils nous regardent avec étonnement. Sautillant, ils se promènent deux par deux comme des humains.
Plus loin sur la plage,un phoque crabier au pelage clair se dore au soleil et s'étire de tout son long indifférent à notre présence. Voici deux otaries à fourrure, magnifiques avec leur pelage gris pâle. Les damiers du cap, plumage blanc et noir, voltigent entre les falaises et déversent leur fiante odorante. Tandis qu'un albatros fuligineux se dandine au bord de l'eau.
Délaissant les ruines de la base des Baleiniers,l'avion sans ailes de la British Air Line, nous regagnons notre nef où nous attend un délicieux gigot, "viande argentine garantie"...



L'après-midi, une petite neige tombe sur le pont.  L'été en Antarctique...  La queue de la baleine
Jeudi 15. Extraordinaire ! Entourés de montagnes, toutes de neige vêtues. L'océan semble un lac parsemé de petits glaçons.
Surprise ! Un troupeau de baleines entreprend un gracieux ballet, sous nos yeux éblouis. Tout près du voilier avec une élégance remarquable, elles déploient leur queue en éventail. Elles soufflent, lancent leur jet d'eau, jouent avec nous, se font admirer.
Ce pays est un paradis!




Pères, mères et enfants
Vendredi 16, Port-Locroy. Colonies de manchots papou. Ils font des nids dans les cailloux et couvent leurs petits, blottis contre leur ventre blanc. Les parents se relaient pour garder bébé. Chacun emprunte à tour de rôle "l'autoroute des pingouins", chemins invariables dans la neige, pour chercher la nourriture dans l'eau. Pères et mères régurgitent ensuite pour alimenter leurs petits.

couvée et régurgitation nutritive couvée et régurgitation nutritive

La porte de glace

Samedi 17, magnifique journée ! Passé le canal Lemaire, derrière le Mont François (3000m), tout est blanc, blanc. Sur les crêtes, des croûtes de glace tiennent en suspend. Sous un ciel d'un bleu limpide, le soleil ajoute à la féerie du paysage. Nous traversons un "cimetière d'icebergs" où toutes les formes, toutes les couleurs se retrouvent. Là une arche se dresse comme une cathédrale. De temps en temps, un bruit de tonnerre ! La glace se fend et tombe. On croirait un bombardement. Arrivée le soir à Port-Charcot.






Faune locale, Cap Horn

Dimanche 18. Grande balade sous la neige qui tombe. Je grimpe comme une chèvre, entre les moraines et la neige, tantôt je m'enfonce, tantôtje glisse... Paysage superbe en haut avec, pour récompense, un vin à la cannelle et un biscuit chocolaté ! En redescendant (parfois sur les fesses), nous croisons des pingouins qui se laissent glisser sur le ventre...
Mardi 20. Arrivée à Faraday, actuellement occupée par des scientifiques ukrainiens. Escalade d'une petite colline. Paysage splendide : panorama de montagnes. Le soir, visite de la base. Agréablement surpris par la propreté des lieux. Exposé en anglais de Vladimir, le "chef", sur l'historique des bâtiments puis sur leurs travaux. Le sérieux, l'organisation nous impressionnent tout comme la modernité du matériel. Nous prenons un verre au "pub" dans le plus pur style anglais (les Anglais occupaient auparavant cette île).
Mercredi 21. Quelle belle surprise! Deux baleines à bosses nous éblouissent de leurs prouesses pendant une heure. Elles suivent de très près le bateau et nous pouvons voir leurs ailerons blancs se dresser au dessus des vagues, leur tête dentée sortir de l'eau, leur corps tacheté de parasites plonger dans l'océan. Elles nous aspergent d'eau et nous sentont leur odeur peu engageante. Quel spectacle !
Samedi 24. Arrivée la veille à l'île d'Anvers, où nous visitons la station américaine de Palmer. 50 personnes (dont 12 femmes) vivent ici avec tout le confort possible (salle de gym ...). Grande station, très moderne. Une jeune femme charmante nous accueille et nous montre quelques aquariums où nagent des étoiles de mer, des araignées de mer... car ici, on étudie la faune marine.
Plus loin, sur la plage, nous attend une colonie d'éléphants de mer : bêtes énormes, au pelage qui varie entre le gris et le marron, une gueule effrayante avec deux dents devant et un museau orné de deux narines qui s'ouvrent et se ferment sans cesse. Le mâle, plus gros, trône au milieu des femelles. Ils puent et poussent des "beuglements" de temps en temps. Etendus paresseusement, il leur arrive de se bousculer sans ménagement (certains saignent un peu), de se gratter avec leurs petites pattes de devant (qui sont munies de doigts !). C'est impressionnant ! Ils se déplacent lentement en rampant sur le sol et en secouant leur queue palmée.

Jeudi 29. A 9 heures, nous apercevons, dans le lointain, le légendaire Cap Horn et, à 11 heures, nous débarquons sur l'Ile Maudite. Un escalier de bois nous mène à la maison du gardien du phare. A côté, une très belle église toute en bois, petite chapelle de la terre de feu, plantée sur ce rocher où pousse une végétation composée d'arbustes odorants, parfois de paquerettes. Au détour d'un chemin, nous voilà à la croisée des deux océans, le Pacifique à droite et l'Atlantique à gauche. Nous grimpons jusqu'au monument érigé à la mémoire des marins disparus dans la furie des vagues du bout du monde. L'île est déserte, escarpée par endroit. Il y a même une petite, toute petite piste pour hélicoptère. Nous regagnons le voilier avec le zodiac qui a du mal à se frayer une voie entre les algues tentaculaires et les gros cailloux qui bordent la plage.

Philosophie marine
Pour terminer, une note plus personnelle qui pourrait s'intituler "réflexions philosophiques d'une poignée de mécréants en Antarctique" !

1) Respecter les autres et se faire respecter. C'est la devise de tous les marins et ce devrait être, il nous semble, celle de tout un chacun. Nous sommes 13 à bord (pas superstitieux !), d'âge, de nationalité, de profession, de milieu très différents. Nous n'avons pas les mêmes opinions, la même culture, la même éducation et, pourtant, nous ne pouvons que nous entendre !(pas question de passer l'un d'entre nous par dessus bord avec cette température...). Et pour cela, "je ne te gêne pas, tu ne me gênes pas", chacun fait au mieux pour tout le monde. Il n'y a pas d'autres issues. Et ça marche ! Disons qu'à bord, le général, la raison et le bon sens l'emportent toujours sur le particulier car, du fait de l'exigüité et du manque de confort des lieux, il nous faut apprécier, savourer chaque minute de bien-être. La recherche journalière d'un épicurisme de base, telle pourrait être la devise de l'équipage... Bonne humeur et souvent franche rigolade sont de mise.
2) Les amoureux des déserts blancs sont souvent des philosophes en herbe. Epoustouflés par la beauté des paysages et par la grandeur qui s'en dégage. Vous avez dit "livres sacrés". Certes, mais les marins disent aussi "nature sacrée", Dieu des icebergs... D'ailleurs, les navigateurs ont le temps de lire, lors des grandes traversées... tous les livres qui leur parlent de l'humanité et de ses inquiétudes... "l'Illiade" d'Homère, "le jour avant le lendemain" de John Riel. Ils rêvent à tous ces récits des civilisations disparues qu'ils ne connaitront jamais parce qu'elles sont enfouies dans les sables, les neiges... Ils songent au disque du dieu Ré, à l'hostie qui est ronde comme lui, aux mythes symboliques et aux mythes supports qui se rejoignent tous et se confondent dans la recherche spirituelle des hommes qui, elle, est unique.

Françoise Desvignes (www.couleursdebrie.fr)

Pour en savoir plus sur ce voyage.
Faune et glace de l'Antarctique


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