Station
Concordia, le 12 Novembre 2007
Il est trois heures du matin et je prépare des baguettes
pour trois de nos collègues qui vont partir aujourd’hui.
Le premier Twin-Otter va arriver, marquant par la même occasion
la fin
de l’hivernage. Le jour est permanent depuis le 1er novembre et
je cherche de nouveau mon cycle de sommeil. J’ai aussi préparé
un thermos de thé car deux de nos collègues ont décidé
de dormir dans l’igloo, dehors il fait – 46°C. J’espère
avoir un peu de produits frais et pouvoir servir la première salade
depuis 9 mois.
La psychologue doit arriver d’ici quelques jours pour faire notre
examen de fin d’hivernage,
Elle est en ce moment à Terra Nova, base italienne ouverte depuis
le 1er novembre.
La base de Concordia va se gonfler rapidement en effectif.
Je remercie Pascal et Dominique de l’association Diagonale-groenland
pour m’avoir soutenu durant l’Hivernage, mes amis de Vagabond,
Terres oubliées, GNGL, Prosper Montagné, Eurotoques, ma
famille, mes amis.
Avec ma passion et mon amitié Polaire à vous tous.
Carlos Marsal
Cuisinier-intendant
EUROPE
1 AVEC Jacques PRADEL
A propos de Carlos :
- quelle est votre situation lorsque vous n’êtes pas en mission
? Où travaillez-vous ?
- quelles sont les difficultés majeures de la situation de cuistot
en Antarctique ?
- y a t il des avantages (pour la conservation par exemple) ?
- quel est le repas idéal en termes d’apport nutritif pour
résister le mieux aux conditions de l’Antarctique ?
Bonjour,
C’est ma première mission en Antarctique et mon premier poste
de cuisinier-Intendant auprès de l’institut Polaire Français
Paul Emile Victor. Précédemment j’ai travaillé
dans de nombreuses Ambassades de France (En Bulgarie, en Géorgie
et en Algérie), pour terminer auprès du Premier ministre
et Ministre des affaires Etrangère du Qatar, Son excellence Cheikh
Hamad Bin Jassem bin Jabor Al-Thani. Je retournerai dès la fin
de mon hivernage à son Service, (le 15 janvier 2008).
J’avais fais un « Deal » avec le Premier ministre, prendre
une année et réaliser mon rêve, puis revenir à
son service et prendre la direction des cuisines de tous ses Palais. En
1994, j’ai eu la chance de participer à une conférence
ou nous avions eu Monsieur Paul Emile Victor de son île. A partir
de là, je me suis dis qu’un jour j’irai en Antarctique.
J’ai eu alors l’occasion d’aller faire des expéditions
à deux reprises dans le Nord Est du Groenland, (2005/2006).
Les difficultés majeures
du cuisinier en Antarctiques sont multiples.
S’adapter aux produits : Durant l’hivernage, nous avons principalement
du sec, des boîtes et des surgelés. Le frais est principalement
utilisé durant la Campagne d’été. On est arrivé
à garder des produits frais jusqu’en juillet (Pommes de terre,
oignons, de l’ail, choux, pommes fruits et poires). Depuis août,
nous avons des oranges et des kiwis que j'ai mis au « Grand froid
». A ma grande surprise, le résultat est très satisfaisant.
S’adapter à l’environnement : Ici
l’air est très sec et la pression atmosphérique est
très basse. Je suis obligé de modifier certaines recettes,
par exemple pour la recette du pain, nous mettons plus d’eau. Pour
la génoise, nous n'obtenons pas le même résultat que
chez nous, cela monte difficilement, donc j’ai trouvé une
parade, je combine une recette de biscuit de Savoie avec la recette de
la génoise. Le résultat est très satisfaisant ! Nous
changons aussi les temps de cuisson, l’eau ici, est à ébullition
dès 86°C. La cuisson est plus lente. S’adapter au goût
de chacun : Il faut s’avoir aussi que nous sommes dans une base
Franco-italienne, la pomme de terre étant le produit de base pour
les Français et les pâtes pour les Italiens. Nous arrivons
par trouver un juste milieu.
Plus l’hivernage s’avance, plus les collègues deviennent
exigeants. D’où l’importance du cuisinier de casser
toute monotonie et de varier les menus, par des repas à thème.
Par exemple, je changeai régulièrement la disposition des
tables. Chaque samedi, nous mettions une grande table avec une nappe et
des couverts réservés pour les fêtes. Pour les repas
à thème, certains de mes collègues préparaient
des décors et des déguisements.
S’adapter à la nuit
polaire : L’homme n’est pas réellement fait
pour vivre dans la nuit, chacun doit alors trouver son cycle du sommeil
et de travail. Pour cela, j’imposais des heures strictes pour les
repas et c’était parfois une contrainte que j’imposais
au groupe. Mais je suis assez satisfait de la régularité
de mes collègues pour venir à table. Cela permettait d’avoir
des points de repère dans la journée de travail. En groupe,
nous avions aussi décidé que la lumière reste en
permanence allumée dans les zones de loisirs et de restauration
et ceci durant les heures de travail.
S’adapter au groupe :
Le poste de cuisinier est certainement l’un des postes les plus
exposé. Un individu qui s’écarte un moment donné
du groupe, cela ne porte pas forcément préjudice au groupe.
Alors qu’un cuisinier en mauvaise humeur, cela rejailli immédiatement
sur le groupe. La salle de restaurant est aussi un lieu de décompression,
comme la salle de sport.
Les
avantages de travailler dans un lieu extrême comme l’antarctique
est de pouvoir conserver les produits au grand froid sans risque de rupture
de chaîne de froid. La température de conservation est constante.
De plus, ici, nous n’avons pas besoin de cellule de refroidissement.
C’est très pratique, je pose mon plat chaud au bord de la
fenêtre et en 10 minutes, le plat est froid et je peux alors l’entreposer
au réfrigérateur.
Sur le plateau de l’Antarctique, aucun animal, aucun insecte, donc
pas de risque de trouver des cafards ou des fourmis dans la cuisine. Ni
même de trouver des souris dans les magasins.
Vous me demandez quel est le repas idéal en termes
d’apport nutritif, je voudrai d’abord vous apporter quelques
précisions.
Les habitudes alimentaires durant la campagne d’été
et durant l’hivernage sont différentes.
L’été, les sorties et le travail à l’extérieur
sont très fréquents. Certains passent même la journée
à travailler dehors entre –25°C –35°C. On perd
beaucoup plus de calories et le corps réclame plus de glucoses,
de lipides et de protides. On mangera plus de sucrerie (Mars, Bounty,
chocolat), plus de charcuterie et de féculent. Et puis, il ne faut
pas oublier que durant l’été, nous avons du frais.
La salade, les crudités, les fruits, les yaourts, le laitage, permettant
d’équilibrer son repas. C’est une cuisine collective
durant l’été et une cuisine familiale durant l’hivernage.
Durant, l’hivernage, les portions
sont plus petites, mais plus variées. Les sorties sont plus courtes,
mais les températures avoisinent les –50°C et les –75°C.
On perd aussi beaucoup de calories, mais la demande en glucose est moindre.
On mange beaucoup moins de sucrerie et de charcuterie. Nous avons ici
une grande variété de produits surgelés, qui nous
permet d’avoir des menus très variés et ceci malgré
le manque de produits frais.
Durant la nuit Polaire, le rythme est plus lent, on mange moins. A l’exception
de quelques collègues qui sont dans la catégorie «
Grand mangeur ». Nous sommes en fin d’hivernage et dès
le premier avion le 9 novembre, nous avons tous la même envie, c’est
de pouvoir croquer de nouveau dans une pomme et manger de la salade, des
fruits, des yaourts. Boire du lait frais etc..
J’ai déjà mes papilles qui salivent, rien qu’en
y pensant.
Carlos Marsal
Cuisinier-intendant
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| Concordia,
le 4 septembre 2007 - Record de température de -81.9°C
Le soleil est revenu sur la station le 10 août pour les astronomes
français et le 11 août pour l'astronome italien.
Soit disant que le 10, c'était de la réfraction. Pour ma part, j'ai bien
vu le soleil. Paradoxalement les températures ont chuté, durant quelques
jours -75°C sans le wind-chill (Le vent).
Hier, le mardi 4 septembre 2007 à 6h00 du matin (heure locale) donc 22h00
(UCT), nous avons enregistré et battu le record de froid en Antarctique
et dans le monde, depuis plusieurs années, -81.9°C.
Maintenant, les températures vont remonter. Le premier avion arrivera
le 8 novembre.
Avec enfin, des produits frais. Les premiers hivernants devraient repartir
avec le premier avion. Quant à moi, mon départ a été repoussé vers le
19 décembre. Cela me laisse à peine une semaine avant de repartir au Qatar.
Mes prévisions de vacances en Mongolie, tombant à l'eau.
Je reviendrai avec un film et de nombreuses photos qui seront à la disposition
de l'Association Diagonale-Groenland. J'ai hâte de retrouver ma famille
et mes amis.
Avec mon amitié Polaire !

La station Concordia est située au Dôme C qui se trouve
sur le plateau continental Antarctique.
Il y a en quatre sur le plateau: Dome Fuji, Amundsen scott (Pole sud),
Vostok (russe), Concordia (Franco-Italien).
A ce sujet, l'institut Polaire Français Paul Emile Victor (IPEV ) et le
Programme italien de recherche en Antarctique (PNRA) ont signé, en 1993,
un accord de coopération en vue de la réalisation de la station Concordia.
Le premier Hivernage a eu lieu en 2005.
La vocation de Concordia est de permettre à la communauté
scientifique internationale de réaliser des programmes de recherche et
d'observations uniques dans de nombreux domaines. Les premières activités
scientifiques au Dôme C ont débuté en 1978 par les travaux des glaciologues
et leur carottage de 900 mètres. En 1982, l'idée d'implanter une station
permanente s'imposa. En 1995, l'ENEA et l'IPEV ont commencé la construction
de cette base permanente, habitable été comme hiver. Elle sera la deuxième
à l'intérieur du continent antarctique après la base américaine d'Amundsen-Scott
et devrait permettre aux chercheurs d'exercer leur activité dans différents
domaines.
Six grands axes de recherche ont été retenus par le Comité Directeur du
programme Concordia, (Glaciologie, Astronomie et astrophysique, Sciences
de l'atmosphère, Sciences de la terre, Biologie et médecine et Télédétection,
).
Voici, quelques photos sur le retour du soleil. La dernière
photo, c'est la lune rouge.
Vous
pouvez poser vos questions en direct aux scientifiques de Concordia !
(astronomie, glaciologie ou sysmomologie...)
- Concordia-questions@gngl.com - |