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| Randonnée sur la Terre de Liverpool |
par Diagonale
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| Emblème
d'Ittoqqortoormiit

RANDONNEE EN TERRE DE LIVERPOOL
AU DEPART
D'ITTOQQORTOORMIIT
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 Jeudi
26 Mai, à Ittoqqortoormiit, 70°30 Nord, côte Est du Groenland
Nous y sommes. Skis, pulka, tente, fusil historique estampillé
1917, bottes Sorel et équipement personnel, carte au 1 :250
000 de l’entrée du Scoresby Sund, Iridium et balise Sarsat :
nous sommes prêts pour une virée de 5 jours sur la côte Est
de la Terre de Liverpool.
Il fait doux, un peu trop, températures légèrement positives:
la banquise présente déjà de belles flaques bleu acier, signe
de remontée d’eau de mer en surface. Le Cap Tobin, qui marque
l’entrée Nord du Scoresby est déjà presque libre de glace. Sur
les conseils de Jan le groenlandais, nous allons emprunter le
chemin des chasseurs du village.
La météo est au grand beau, soleil, vent faible, neige agréable.
Après 4 heures de grimpette, Pascal identifie le bivouac idéal.
Terrassement,
tente montée, réchaud allumé et bientôt la neige est prête pour
une bonne soupe.
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 Le
panorama est superbe, nous surplombons le Cap Swainson, la mer
du Groenland, derrière nous le dôme lisse du glacier, et nous
dominons toute l’entrée du Scoresby.Deux
jeunes chasseurs, presque des adolescents, viennent nous rendre
visite puis reprennent leur traîneaux vers la chasse au phoque
au cap Höegh. Nous philosophons sur cette jeune génération qui
perpétue la chasse des anciens avec un visible bonheur.
Vendredi
27 Mai
Départ vers midi, après un lever vers 9h et le pliage du bivouac.
Toujours grand beau temps, et nous continuons notre route le
long du glacier, Pascal tirant la pulka de 60kg, et moi essayant
de suivre son rythme dans ses traces : un équipage tout à fait
équilibré, somme toute ! |
L’altimètre
nous indique 505 m au petit col. Devant nous, la banquise, et
bien visible l’île Agpalik (Raffles) plantée sur la glace. La
descente du glacier sera plus délicate que prévue : neige mouillée,
rivières, pente forte : nous nous décidons à déchausser.
Enfin vers 17 heures, grand moment, émotion et adrénaline :
nous glissons sur la banquise. De légères nappes de brume, très
basses, soulignent les montagnes de la terre de Liverpool, comme
pour mieux nous faire goûter aux joies du soleil.
Nous mettons cap sur l’île Agpalik qui marque l’entrée Sud du
Lillefjord. La pointe sud-ouest de l’île présente un versant
abrité et une petite ligne de galets qui retient une terrasse
de neige. Le bivouac idéal, à 12 km du précédent.
Le rituel s’installe : on tasse la neige, on monte la tente,
on allume le réchaud, on fait fondre la neige pour la soupe,
on installe le fusil à portée de main, on se régale de purée
en admirant les icebergs plantés dans la banquise et le panorama
qui prend des teintes dorées lorsque la course du soleil s’infléchit
légèrement vers l’horizon Nord. Deux oies nous survolent en
gloussant. Rencontre
du soir : deux traîneaux de chasseurs font un long détour pour
venir nous saluer. Eux aussi vont chasser au Cap Höegh. En arrivant
les chiens font un sacré charivari et nous sauvons de justesse
le linge qui sèche, le pain, les trousses de toilette. Il en
résultera un beau scoubidou dans leurs longes. |
 Samedi
28 Mai
Nous mettons cap sur la pointe Sud de l’entrée du Lillefjord,
où nous devrions trouver une hutte de chasse. Nous quittons
les traces des chasseurs qui continuent vers le Cap Höegh. La
neige est lourde et Pascal peine à faire la trace, alors que
je suis tranquillement dans le passage de la pulka. Petite pause
rapide, face au front immense du glacier Äge Nielsens qui semble
tout proche. Un coup d’œil sur la carte nous montre que le front
est en fait à une bonne dizaine de km ! La visibilité et la
luminosité sont telles que nous avons bien du mal à évaluer
les distances.
Nous
tournons un premier cap et le toit pentu de la cabane est en
vue. Pascal nous évite quelques baignoires à l’arrivée. Nous
prenons possession de la hutte, toute petite mais magnifiquement
située sur une hauteur. Grandiose vue sur le Lillefjord.
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Dimanche
29 Mai
Ce matin, petit déjeuner roboratif, car nous nous apprêtons
à relier le Cap Höegh en une étape, soit une bonne quinzaine
de km. Quelques nappes de brume basses ponctuent ce début de
journée, mais le soleil est toujours au rendez-vous. Nous évitons
les flaques de gros sel, route au GPS, cap à 30°.
Nous avons aperçu notre premier phoque, qui bien sûr a plongé
dans son trou alors que nous étions encore à bonne distance.
Malin, l’animal. A
cette allure et avec une belle neige, nous devrions atteindre
notre but aujourd’hui.
Parfois la brume revient, léger voile de coton et alors tout
devient irréel et nous sommes au milieu d’un nulle part tout
blanc. Nous ne donnerions pas notre place pour tout l’or du
monde. Croisé à nouveau deux phoques, puis un groupe de 3 ou
4 un peu plus loin. Nous retrouvons des traces de traîneaux,
la brume se déchire et nous voyons l’isthme à l’ouest du Cap
Höegh, puis les deux cabanes.Ce
sont trois traîneaux, 6 chasseurs et beaucoup de chiens qui
nous accueillent. Nous décidons d’aller planter notre bivouac
sur la neige : on se gênera moins car l’espace reste compté
pour allonger huit matelas et duvets.
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 La
soirée avec les chasseurs est bien sympathique. Nos compagnons
nous montrent la technique de chasse au phoque, caché derrière
un écran blanc fendu pour ne laisser passer que le canon du
fusil : rien n’a changé, on se retrouve dans « Boréal et Banquise
» de PEV.
Ils nous expliqueront aussi que dans les années 80 la cabane
était occupée par une famille de chasseurs, d’août à décembre
: les petits livres de classe et le cahier de dessins témoignent
que les parents veillaient eux-mêmes à la scolarité de leurs
enfants.
Nourrir
les chiens est assez sportif : découper des lanières de viande
de phoque, les jeter à la volée aux chiens affamés, essayer
de calmer les bagarres sauvages…Même leurs maîtres ne se risquent
pas à y mettre la main !
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Certains
partent à la chasse aux mergules. En arrivant nous avions cru
entendre le blizzard souffler sur la crête, jusqu’à ce que nous
apercevions la nuée de mergules nains tournoyant en essaim le
long de la falaise. Leurs ancêtres les chassaient à l’épuisette
mais aujourd’hui les Groenlandais les tirent à la carabine à
petits plombs.
La veillée s’anime dans le joyeux capharnaüm de la cabane et
il sera 1h30 du matin lorsque nous rejoignons notre campement.
Il faut
dire qu’avec ce grand beau soleil qui s’entête à briller toute
la « nuit », la tentation est grande de prolonger les soirées.
Lundi
30 Mai
Il fait si beau au réveil que nous décidons d’une journée de
ballade autour de la presqu’île du Cap Höegh. Le premier repas
est pris avec les chasseurs, puis c’est leur départ dans une
joyeuse excitation ; les chiens sont déchaînés, les traîneaux
chargés de sacs de mergules, sacs à dos, fusils, vaisselle et
réchauds, le tout protégé par une épaisse peau de bœuf musqué.
Le départ rapide. Les cris des chasseurs se répercutent en échos
sur la falaise : un « yaw-yaw » grave pour aller à gauche, un
« yiliili » suraigu pour aller à droite. |
 Nous
nous installons confortablement dans la cabane : un peu de rangement,
et nous voilà dans un « home, sweet home ». Nous partons pour
une ballade sur le promontoire, et on en profite pour faire
une séance d’entraînement de tir avec notre vielle pétoire 1917
avec ma foi un certain succès.
De retour, je fais un petit galop d’entraînement avec la pulka…chargée
par Pascal lui-même qui se laisse traîner comme un sultan. Hé
bien, je ne serais pas allée bien loin avec une telle charge.
Nous concluons cette journée par un dîner aux chandelles dont
le menu orne désormais les murs de la cabane. Vous pouvez aller
vérifier.
Vers 21h, nos deux traîneaux arrivent : l’un conduit par Simon,
géant danois tête nue et cheveux ras, sans gant; l’autre par
Isaac, Groenlandais petit, sec, édenté et ridé, les yeux malicieux
derrière des lunettes de myope qui le font ressembler à cette
photo ancienne des derniers rois de Thulé.
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Mardi
31 Mai
Vers 5 heures du matin, nous entendons Isaac se lever et lorsque
les trois « blancs » émergent du duvet, on ne le trouve pas
: il reviendra un peu plus tard, avec une belle soixantaine
de mergules : il avait dû les entendre revenir pendant « la
nuit ».
Nous chargeons tout notre matériel sur les traîneaux . Pascal
part sur le traîneau de Simon, et moi je montre une petite préférence
pour la compagnie d’Isaac. Tout au long de la journée, je serais
« bluffée » par la maîtrise et l’aisance d’Isaac avec son attelage.
Les ordres sont brefs, quelquefois un geste du bras suffit,
les claquements de fouet d’une redoutable précision, et Isaac
reste la plupart du temps assis sur le traîneau, et de temps
à autre se roule une cigarette dans un paquet de tabac brun.
Les débuts sont épiques : en bas de la descente, notre traîneau
s’enfonce dans un trou d’eau et bascule à moitié. J’apprends
le dur métier de soulager le traîneau, courir à ses côtés et
remonter au vol à temps avant de se laisser distancer…et
moi qui croyais à une promenade de santé bien enveloppée dans
une chaude fourrure ! |
 Une
petite pause toute les 2 heures, un mug de thé brûlant, une
barre de chocolat, et pour nos guides une séance de démêlage
du scoubidou formé par les longes des chiens qui passent leur
temps à se croiser, décroiser, recroiser. Un
vieux chien nous accompagne, en trottinant à côté des attelages
: on dirait dans la brume un vieux loup solitaire.
Une surprise de taille nous attend lorsque nous atteignons la
mi-pente du glacier Apuseq : la débâcle a eu lieu, il aura suffi
d’un coup de vent chaud pendant la nuit dernière. Nous verrons
un peu plus loin que le cap Swanson et le cap Tobin sont également
libres de glace.
Près de 8 heures après notre départ, nous sommes de retour à
Ittoqqortoormiit.
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Mercredi
1er Juin
Journée de repos bien méritée. Aujourd’hui, programme culturel
: nous visitons le petit musée qui reconstitue l’intérieur de
la cabane de la vieille Eleonora dans les années soixante, et
qui présente un fond photographique intéressant de la création
d’ Ittoqqortoormiit en 1925-1927 par relocation de 70 colons
venant d’Ammassalik, transférés ici à bord du Gustav Holm sous
la conduite de Ejnar Mikkelsen.
Nous rendons hommage à JB Charcot et à l’équipage du Pourquoi-pas
? devant la plaque commémorative -en français- apposée sur une
stèle dans le haut du village.
Nous entrons dans un des plus grands bâtiments du village, avec
le centre sportif : l’école grande et pimpante accueille 150
enfants et jeunes. Dans le hall d’entrée, les 5 postes d’ordinateurs
sont occupés : Internet n’est pas un luxe lorsqu’on est à ce
point éloigné du monde.
Nous aurions aimé visité l’église, un des premiers bâtiments
construits par les colons : hélas celle-ci est fermée, le pasteur
ayant été démis de ses fonctions. Encore un peu plus saoul qu’à
l’accoutumée, il avait fini un certain dimanche par confirmer
un marié et marier un confirmé… Petite chronique de village.
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Jeudi
2 Juin
Journée de chasse ! En milieu de matinée, nous rejoignons Ogh,
un tout jeune chasseur. Sur son traîneau, un petit canot jaune
canari, plus petit qu’un optimist : voici qui en dit long sur
l’état humide de la banquise .
Parfois, Ogh arrête le traîneau, se met debout, scrute aux jumelles
les phoques que nous voyons se chauffer au soleil près de leurs
trous d’eau, et décide sur lequel faire route. Puis il enfile
une combinaison blanche en intissé, cache ses cheveux noirs
dans la capuche, et s’éloigne seul dans cet univers blanc. Il
dissimule le fusil dans son dos et contourne l’animal. Arrivé
à distance il se couche, appuie son fusil sur un petit pied
en bois. Il restera bredouille toute la journée, soit que le
phoque replonge, soit que le tir soit mal ajusté.
En arrivant vers le cap Hope, deux traîneaux arrivent plus près
de la côte et nous font signe. Ogh les rejoint, il semble qu’on
ne puisse plus passer au large, ce qui oblige à traverser une
langue de terre caillouteuse. On laisse repartir les petits
vieux dans leurs traîneaux, qui selon l’usage, hélas, laissent
en dépôt canette de bière et sac plastique, et on en profite
pour faire un petit casse-croûte. On devient d’un coup très
nostalgique d’une bonne boîte de pâté Hénaff…
Au retour, nous attaquons un champ de hummocks, ce qui est assez
comique avec le canot qui menace sans cesse de rester planté
dans la glace !
Nous aurions aimé voir la fin du cycle : la prise, le dépeçage,
avec en prime la fierté du chasseur ; mais cette journée aura
été riche de sensations.
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Vendredi
3 Juin
Dernière journée au Scoresby, et pour la première fois nous
avons une brume épaisse et grise qui refroidit sérieusement
et donne l’impression d’une semi-obscurité après toutes ces
journées lumineuses.
Au programme, ballade à ski et pique-nique au Cap Tobin. Nous
y découvrirons les polynies qui se sont largement étendues.
Nous voyons un animal à longs poils blanc jaunâtre courir le
long de la polynie, et Pascal me fait presser le pas pour se
réfugier si nécessaire dans les premières cabanes. Après une
observation plus attentive, l’ours s’avère être… un chien un
peu fou, une sorte de rantanplan de la banquise. Nous soupçonnons
le syndicat d’initiative d’avoir créé cette animation !
Il fait frisquet et humide et pour la première fois je ressens
un « coup de barre ». Pascal, qui aura décroché brillamment
son titre d’Accompagnateur de Moyenne Banquise, aura la patience
de ralentir l’allure du retour !
Dernière soirée, dernier eskimo (ce qui nous donne des sensations
d’anthropophages) dégusté sur la terrasse de notre guest house…
Et déjà l’envie de revenir est là. Rendez-vous à Thulé !
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Quelques
détails pratiques
Ce raid s’inscrit dans les projets développés par l’Association
Diagonale Groenland, en particulier la traversée Sud-Nord
prévue pour l’été 2006, qui sera dirigée par Pascal Hémon,
président de Diagonale Groenland.
La logistique a été préparée par Pascal, avec l’aide de Grand
Nord – Grand Large pour l’aérien, ainsi que la location des
skis nordiques et peaux de phoque.
La logistique sur place a été assurée par Nannu Travel (Karina
et Martin Munck) pour le transfert hélico depuis Constable
Pynt, la guest-house, la location des bottes type Sorel, la
pulka, le fusil, la tente, le retour en traîneau et la journée
de chasse au phoque.
Le restant du matériel est le matériel personnel de Pascal
: Iridium, balise Sarsat, réchaud et casserole MSR, pelle
à neige, piolet, duvets fournis par Pyrénex pour la préparation
de l’expédition 2006.
L’avitaillement a été fait à la petite supérette du village.
La carte que nous avons utilisée est claire et suffisante
: carte « saga map » au 1/250 000 pour la terre de Liverpool
et la terre de Jameson. La carte correspondante éditée par
le Geodaetisk Institut, N°70 O.1 n’est plus disponible actuellement.
A titre indicatif, le budget total pour ce raid, y compris
l’aérien, à l’exclusion d’une nuit supplémentaire et de la
location de voiture à Reykjavik, s’élève à environ 2500 €
par personne, en notant que nous disposions de l’essentiel
du matériel.
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Association Diagonale -
Association loi 1901, déclarée à la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye
le 23 juin 2003, parue au Journal Officiel le 26 juillet 2003, N°30
page 4000 |
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