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Le Transsibérien par....
en attendant les votres !
Impressions :

1- Résumé du voyage et conditions matérielles.
Les trains transsibériens partent en fin de soirée de Moscou de la gare Yaroslav ; le mien partait le vendredi à 23h53 mais pour moi le voyage à débuté à midi , heure à laquelle il a fallu que je quitte l’hôtel Rossia, chargé de mon lourd et volumineux sac à dos . J’ai commencé par « traîner » dans Moscou et puis au bout de quelques heures, épuisé , je me suis « rabattu »sur les salles d’attente de la gare Yaroslav …..Ce sont deux immenses pièces plutôt lugubres et dont le seul mobilier est constitué de centaines de chaises en plastiques reliées les unes aux autres et de téléviseurs qui fonctionnent à pleine puissance . A l’extérieur de la gare il était heureusement possible d’aller se changer les idées car, entre les différents bâtiments , les rails et les guichets, il régnait une activité débordante (et bruyante) de fête foraine , de petits commerces et de marchands de glaces .
Vers 23h les passagers se présentent à leurs wagons respectifs . Ils sont accueillis par des provodniks (hommes) ou des provodnitsas (femmes …ce qui était le cas du wagon no12 , le mien ) .
Le provodnik ( ou la provodnitsa) joue le rôle de contrôleur au début du voyage et puis les formalités achevées , il devient tour à tour : guide , conseillé , gardien et responsable du samovar ou partenaire de jeu d’échec. Nous autres voyageurs du wagon 12 avons apprécié la gentillesse et le sens de responsabilité dont ont fait preuve nos deux provodnitsas ; le fait qu’elles n’aient pas parlé ni français ni anglais n’a jamais posé de difficulté insurmontable pour les petits problèmes basiques que nous avions à traiter quotidiennement .
Les conditions matérielles : Le wagons seconde classe ressemblent fort aux wagons-couchettes de seconde classe de la SNCF mais il faut quand même préciser que dans les compartiments des transsibériens russes, il n’y a que 4 couchettes…et des petits rideaux aux fenêtres . A part cela nul cabinet de toilette , nulle petite salle de lecture comme je l’avais imaginé….. ou plutôt espéré . Pendant la presque totalité du parcours , le train était occupé essentiellement par des Chinois (probablement plus de 90 pour 100 du convoi) ; Dans mon wagon , nous étions quatre Européens : trois Allemands dans le compartiment voisin du mien et moi « seul de mon espèce » dans le mien…j’y reviendrai .

2-Journée type du voyageur-transsibérien que j’ai été .
Après les nuits peu roboratives , dues notamment à un ronfleur d’une puissance exceptionnelle dans le compartiment , je me levais et puis j’attendais impatiemment l’heure d’ouverture du wagon-restaurant ( 9 heures ) .Le reste de la journée se passait soit à lire , soit à discuter avec mes voisins Allemands : pour cela nous nous allongions parfois sur les banquettes de l’un de nos compartiments et dans un mélange de français d’allemand et d’anglais inventé pour l’occasion , nous divaguions sur les sujets les plus variés ; mais le plus souvent les échanges se déroulaient dans le couloir et consistaient à commenter et à apprécier les paysages qui s’offraient à nous …. dérangés par un va-et-vient permanent de voyageurs chinois , passant de leur compartiment au samovar situé au bout du couloir pour remplir d’eau chaude leurs récipients en plastique. Les moments les plus attendus de la journée étaient les arrêts dans les gares (3 ou 4 par jour d’une durée d’environ un quart d’heure ) ;
cinq minutes avant d’entrer dans la gare , les voyageurs étaient déjà agglutinés dans le sas d’entrée près de la porte du train afin de ne rien manquer de ces instants de liberté et d’air pur , instants consacrés à se dérouiller les jambes , prendre des photos et faire provision de nourriture et de boisson auprès des nombreux marchands ambulants qui circulaient sur le quai. Une originalité des trains russes est de partir sans prévenir (aucun coup de sifflet , aucun avertissement de chef de gare) mais heureusement , par la grâce des provodnitsa qui « gardaient un œil »sur chaque voyageur , personne n’a jamais été abandonné sur un quai de Sibérie . Enfin vers
20 heures je me rendais une nouvelle fois au wagon- restaurant et puis de retour passais encore quelques temps d’un compartiment à l’autre avant d’aller dormir…ce qui n’était pas chose aisée et j’y reviendrai .

3-Les paysages :
Que ceux qui ne vibrent que devant les canyons, la baie de Rio ou les plages des caraïbes abandonnent tout projet de Transsibérien . Les paysages rencontrés sur près de 9000 km sont souvent beaux sans être exceptionnels ; les couleurs dominantes sont le gris et le vert ; le relief est peu accusé , excepté quand le train longe durant 4 heures le lac Baïkal (encore gelé en avril et bordé par de hauts sommets enneigés ) . Pourtant il se dégage de ces horizons une sérénité et une magie qu’on aurait bien du mal à rencontrer ailleurs ; quand on y est plongé depuis quelques jours , le monde que l’on vient à peine de quitter avec ses couleurs vives et ses bruits agressifs paraît déjà bien loin….
Méthode infaillible pour ressentir avec une intensité maximum cette magie des lieux : se rendre en soirée au wagon-restaurant , commander à la patronne une (ou plusieurs ) vodka et , alors que les vapeurs de l’alcool commencent à diffuser agréablement dans l’organisme , se laisser imprégner par le spectacle de la nuit qui tombe sur l’immensité des forêts de bouleaux et des marécages enchevêtrés .

4-Les aléas de la vie en communauté .
La nuit qui a suivi le départ de Moscou s’est passée sans encombre ; les 3 co-locataires de compartiment étaient des Russes fort discrets . Ils sont descendus du train le lendemain matin et , sur le moment , Je m’en suis réjouis, m’imaginant unique résident du compartiment pour le reste du voyage ; l’ensemble du wagon (et du convoi tout entier) était d’ailleurs presque vide …..Mais la nuit suivante , il était à peu près 2 heures , je fus réveillé brutalement par un son et lumière des plus désagréables : Le train venait de s’arrêter dans une gare de Sibérie , toutes les lumières du train s’allumaient et, dans vacarme indescriptible , des Chinois , par dizaines dans le wagon et par centaines dans le convoi , prenaient possession des places libres . Il fallu attendre encore plus d’une heure pour que tout ce petit monde ait trouvé son compartiment , se soit calmé et ait décidé de dormir . Deux hommes et une femme étaient mes nouveaux co-locataires . Je mis assez longtemps à m’endormir à nouveau , un peu angoissé à l’idée de ce qui m’attendait peut-être pour le reste du voyage ; le ronflement épouvantable de l’un des Chinois était à lui seul d’assez mauvais augure …..et effectivement durant 5 jours ( ils descendirent presque tous à Harbin une grande ville avant d’arriver à Pékin) j’eus du mal à contenir leur activité assez brouillonne ….Je pèse mes mots pour le cas où le MRAP serait en embuscade quelque part sur le Net . Les choses se présentaient ainsi pour la suite du voyage : une moyenne de 7 ou 8 Chinois toujours en verve , cuisinant, déjeunant et dînant presque sans interruption et sans limitation d’horaire dans notre compartiment ( deux d’entre eux au moins étaient perchés sur les couchettes supérieures et 5 ou 6 autres se faisaient face « à l’étage inférieur ») . Il faut ajouter que régnait en permanence une forte odeur de nourriture , impossible à évacuer car les fenêtres étaient bloquées .
Le troisième soir , il était 23 heures , profitant d’une courte accalmie pendant laquelle « mes » Chinois étaient partis tenir meeting dans un autre wagon , je me jetais tout nu entre mes draps et me tournais du côté de la cloison , espérant qu’à leur retour mes co-locataires comprendraient le message . Mais moins d’un quart d’heure plus tard ils débarquérent à nouveau avec quelques copains , allumèrent la grosse ampoule centrale que je venais d’éteindre et puis tout naturellement « s’étalèrent » et se mirent à manger leurs pâtes dans un concert de déglutitions et autres bruits variés...dus probablement à l’utilisation des baguettes . Il était évidemment impossible que je dorme dans ces conditions, d’autant plus qu’une grosse paire de fesses me comprimait le dos et que de nombreux pieds me malaxaient en différents endroits . J’eus donc tout le loisir de réfléchir , de m’inquiéter de la suite du voyage et de me convaincre que cela ne pourrait pas durer ainsi jusqu’à Pékin . Négocier avec eux , il ne fallait pas y compter , aucun d’eux ne connaissant un mot de français ni même d’anglais . Prenant alors une brusque décision je me mis alors à gesticuler pour faire comprendre à mon entourage que je voulais sortir et puis quand je fus en état de le faire , oubliant totalement ma nudité , j’allais éteindre l’éclairage du compartiment , le remplaçais par la veilleuse ,me glissais rapidement dans mes draps et me tournais à nouveau face à la cloison. J’attendis les réactions avec une certaine appréhension …. Allaient-ils me régler mon compte par un bref assaut de Kung-Fu . Pendant une minute environ , ce fut le silence complet et puis je les entendis rassembler les restes du festin qu’ils allèrent finir ailleurs . Si j’excepte les ronflements horribles que je combattis partiellement avec des boules Quiés , la nuit pour moi s’acheva à peu près correctement . Le lendemain par bonheur, aucune tension , aucune animosité ne s’exprima . Tout le monde au contraire riait de bon cœur et ici je dois louer la sportivité et l’humour chinois…parmi d’autres qualités dont je ne parlerai pas ici .A grands renforts de gestes et de mimiques nous pûmes avoir une explication qui permit de mieux nous comprendre et de rendre notre relation tout à fait cordiale .Quand mes compagnons Chinois débarquèrent à Harbin nous nous quittâmes bons amis .
Le lendemain nous arrivions à Pékin et comme les marins débarquant sur la terre ferme après une longue traversée , nous trouvâmes le quai de la gare plutôt mouvant . Mr BERTEIN J-C. Photo: GIORDANO LECERF.L

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