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Sur les traces de Franklin...
En préparation pour juillet/aout 2002 : une expé, toujours à la recherche de Franklin. Si le voyage vous tente, il reste quelques places.


LETTRE N°14 PROJET FRANKLIN Seconde partie : Gjoa Haven Le lieu est particulier et offre encore aujourd’hui un site très abrité pour la navigation. C’est une anse plate et profonde bordée de faibles collines qui suffisent pour la protéger quasi totalement des vents.

L’explorateur Norvégien Amundsen arrive ici le 9 septembre 1903. Il lui donne le nom de son navire : La Gjoa. Il en repart le 3 août 1905, étant ainsi le premier à franchir le Passage du Nord Ouest.

En 1847, c’est quelques dizaines de km plus à l’ouest que les survivants des équipages de l’expédition Franklin, partie à la recherche du même Passage, sont tous, les uns après les autres, venus mourir de faim, d’épuisement, de froid…

La communauté de Gjoa (prononcer « Joe ») Haven est aujourd’hui d’environ 900 âmes. Le village apparaît peu développé, à l’écart probablement des voies plus « classiques » de communication du Nunavut. Loin en tout cas d’Iqaluit et c’est une situation qui ne sera pas à son bénéfice. Il dispose de 2 magasins : la Coop et la Northern, moins approvisionnés qu’ailleurs (mais c’est quand même très bien !). On y trouve pratiquement les mêmes installations que partout en Arctique : une administration pour le nouvel Etat, une école, un gymnase, un dispensaire, 2 églises et une … piscine ! Il y a quelques bureaux : pour le développement, un service pour les Affaires Renouvelables (faune et flores), pour les chasseurs, enfin les mêmes services de distribution d’essence, d’électricité, d’eau potable et de retrait des eaux usées. Pas de surprise, Gjoa Haven, comme les 27 autres communautés installées au Nunavut, est, hormis l’aéroport et les moyens modernes de communication, isolée du reste du monde et totalement autonome !
La mairie a installé un petit musée Amundsen et 6 plaques commémoratives de la découverte du Passage du Nord Ouest ont été déposées en différents endroits de la communauté et rappellent les étapes de cette époque de l’exploration de l’Arctique.

Nous voici très bien accueillis. Il y a de la curiosité, beaucoup de sourires, certains viendront même nous visiter à la tente… il faut dire qu’en cette partie du Nunavut le tourisme est quasi inexistant !
Il fait chaud ! Plus de 30° à l’ombre ! Pour les plus âgés de Gjoa Haven, c'est le plus bel été depuis 40 ans !
La tente est montée à quelques centaines de mètres de l’aéroport. C’est très pratique pour profiter(pendant les heures d’ouverture !) des « commodités » : toilettes et eau courante. L’opérateur radio est d’origine écossaise : Rick est arrivé à Gjoa Haven en 1975, il n’en est pas reparti. Marié à une Inuk, il a des enfants et petits enfants. Notre arrivée est pour lui l’occasion de parler de son pays que nous connaissons bien. Il n’est pas avare en renseignements et il nous aidera en plusieurs occasions (de plus il nous offrira chaque matin un grand café qui, sous ces latitudes, peut sans hésitation être qualifié d’excellent !).
Tout va bien, si ce n’est que les glaces bouchent totalement le port et qu’il est impossible d’envisager la moindre sortie en mer ! Les conditions climatiques, anormales et exceptionnelles nous rassurent quelque peu, cette situation ne devrait pas s’éterniser.
Tout va bien, si ce n’est les moustiques qui nous assaillent chaque fin d’après-midi mais qui, heureusement, ne sont pas très vaillants !
Tout va bien parce que nous trouvons dès le second jour un guide pour nous mener à Starvation Cove… d’ailleurs, tout va trop bien !
Georges Kanona se dit arrière petit-fils d’Amundsen (il en a le nez, dit-on dans le village…). Il est chasseur et dispose d’un bon bateau. Il s’est proposé comme guide. Après cinq jours d’attente, non pas à cause des glaces qui ont fondu depuis longtemps, mais parce que le moteur du bateau de Georges était en panne (Georges, en bon Inuk, nous avait bien parlé de son bateau, mais pas du moteur !), nous quittons Gjoa Haven pour le lieu dit : Starvation Cove. Situé à l’extrême nord de la Péninsule Adélaïde, il faut s’engager dans le Simpson Strait. Il y a 70 à 80 km de mer à franchir. Le temps reste exceptionnel. Les eaux reflètent les nuages et les ciels sont d’une majesté impressionnantes. Nous sommes entrés dans « notre » voyage et le bonheur est au rendez-vous !
Les renseignements de Georges ne devaient pas être suffisamment précis car d’importants paquets de petites glaces nous barrent l’accès à Starvation Cove. Nous devons accoster une quinzaine de km auparavant. Cela ne nous arrange pas. C’est autant qu’il faudra faire, à l’aller et au retour, à chaque fois que nous nous déplacerons ! Mais le choix est réduit. Georges nous dépose et promet de nous reprendre 3 jours plus tard… il viendra nous rechercher avec 24 heures de retard, sans explication !
Nous savons bien : « Inuit time no time » , mais quand même nous ne sommes pas contents du tout ! Peu de personnes connaissaient le lieu précis où nous étions, cette fois ci nous ne disposions d’aucun instrument , ni balise ni GSM, et nous estimons que l’arrière petit-fils d’Amundsen n’est pas suffisamment décidé à nous apporter le service que nous attendons de lui (et que nous lui payons au prix fort…). Décision est prise de chercher quelqu’un d’autre. C’est Rick qui nous conseillera et nous n’aurons plus ce genre de mésaventure par la suite…
Le temps que tout cela se fasse, une nouvelle semaine s’écoule. C’est le 9 aôut en fin d’après-midi que Jerry nous dépose à l’entrée de Starvation Cove. Le temps est chaud et va le rester. Nous abandonnerons dans la journée les polaires et autres garnitures ! Il n’y a plus la moindre trace de glace où que porte le regard ! Quand le canot disparaît à l’horizon, nous sommes seuls sur une terre désolée. Plusieurs centaines de km de distance nous séparent de la plus proche implantation humaine. Le camp est rapidement installé à proximité d’un mince filet d’eau, un repas pris. Nous prenons possession de ce lieu qui, pour plusieurs jours nous reçoit,. Il alimentera nos rêves, nos réflexions, nos découvertes.
A suivre,

LETTRE N°15
Troisième partie : Starvation Cove
Comment imaginer que sur cette terre sans relief, aujourd'hui écrasée par le soleil, sans un seul morceau de glace à l'horizon, que des dizaines d'hommes aient pu venir ici trouver la mort par le froid, la faim, l'épuisement ? Comment en suivre la trace alors qu'il ne reste rien d'apparent du drame qui a marqué la fin des équipages de l'expédition Franklin ?
Le 22 avril 1848 les 2 navires anglais sont abandonnés au large de King William Island. La banquise est particulièrement inhospitalière mais les équipages décident de rejoindre la côte à pied. L'hiver est exceptionnellement dur. Au moins 30 hommes sont déjà morts, dont Sir John Franklin plusieurs mois auparavant. Qu'est-il advenu de son corps ? Le Capitaine Crozier, responsable désormais du sort des survivants, ne le dit pas quand il fait édifier, à Cap Victory, un cairn dans lequel il dépose un message. Ce qui se passe ensuite, personne ne le sait. Seules les expéditions de secours d'abord, de recherche ensuite, pourront apporter quelques éléments de réponse. En réalité, ce sont des corps retrouvés qui permettront d'imaginer le trajet final des hommes jusqu'à Starvation Cove, où nous nous trouvons aujourd'hui.
Dans l'état actuel des connaissances, bien que des recherches aient encore eu lieu récemment, il n'est pas possible d'aller plus en avant dans les hypothèses. Pourquoi sommes-nous ici ?
A l'évidence, le lieu est mythique. Si nous voulons retracer cette aventure par un film il nous semble inévitable de parcourir les sites qui marquent les épisodes les plus significatifs. Bien évidemment les conditions climatiques sont tout autres (et certainement encore davantage cette année) mais il importe avant tout d'y être. L'évocation fera, nous l'espérons, le reste. C'est notre point de vue !
Nous allons arpenter les rives est et sud de Starvation Cove (une pénétration des eaux sur environ 20 km de profondeur). C'est de la véritable promenade. Nous ne trouverons rien. pourtant, au fond de la baie, une grande barque en bois, gisante, frappe notre imagination. De retour à Gjoa Haven nous n'en apprendrons pas grand chose si ce n'est qu'elle a été abandonnée là par les Inuit il y a quelque 30 années. Mais cette présence, cette silhouette qui rappelle étrangement une des plus dramatiques scènes de l'expédition, représentée dans le Journal l'Illustration , vers laquelle les regards sont rivés, a une force évocatrice immense et totalement inattendue !
Enfin, comme chacun sait, les déserts ne le sont jamais vraiment. Nous sommes certes seuls mais nous croisons de nombreux animaux. Des lemmings vifs et joueurs, de nombreux caribous curieux et même téméraires, plusieurs nids d'arphans dont les petits (2 et 3 selon) commencent à courir (avant de voler.), et une famille de renards. Nous trouvons le terrier. Il y a de belles images assurées. les heures, les jours vivent à ce rythme, quelle banalité d'écrire que nous ne voyons pas le temps passer ! Chaque soir désormais le soleil se couche derrière la ligne légèrement vallonnée de l'autre rive. Le ciel se peint de rouges, d'oranges et de jaunes dans des camaïeux subtils et prononcés. Le silence se fait alors plus grand. Assis devant la tente, autour d'une dernière tasse de thé, nous laissons notre émotion grandir et participer à l'embrasement de Starvation Cove.
Nous sommes repris au jour et à l'heure dits. pour un retour qui n'est pas immédiat. Nous avons prévu d'être déposés en un point de la côte de King William Island non loin d'un lieu appelé Koka Lake. Dans ces parages les hommes de Franklin décidèrent de modifier leur route : après l'abandon des navires ils longèrent la côte jusqu'à ce secteur où plusieurs corps ont été retrouvés, puis mirent cap au sud ouest, traversant de nouveau la banquise, vers la Péninsule Adelaïde. Certains pensent qu'ils s'engagèrent par erreur dans un fjord sans issue qui prit, quelques années plus tard, le nom de Starvation Cove « la crique où ils sont morts de faim ».
Bien que proches de Gjoa Haven (environ 50 km) ces espaces sont également riches en animaux : arphans, renards et même un bouf musqué qui, le dernier jour, nous fait la surprise de passer tranquillement à moins de cent mètres d'un terrier où nous nous tenons en observation.
Nous quittons Gjoa Haven le jeudi 17 août pour Yellowknife, Edmonton et Montréal. Nadine rentre en France. je pars pour la Terre de Baffin . Après Iqaluit, j'arrive à Qikiqtarjuak (anciennement Broughton Island) le mardi 22 août pour 4 semaines. A la descente de l'avion, Mina, une des filles de Pauloosie, m'attend.
Ce dernier est à Kivitoo. Nicole et Jean-Luc Albouy, les « big boss » de GRAND NORD, accompagnant un groupe de Français, sont avec lui. Il est prévu que je reparte avec eux dans quelques jours. Je viens essentiellement pour trouver Nanouk. L'ours blanc sera-t-il présent ?
L'aventure sera-t-elle au rendez-vous ? « I don't know « dit-on régulièrement ici !
A suivre

LETTRE N°16
Quatrième partie : Kiqiktarjuak - Kivitoo
Qa nu i pit ?
Qa nu ing i tunga !
Comment ça va ?
Ca va bien merci !

Si vous ne parlez pas l’Inuktitut (et beaucoup comprendront çà !), apprenez ces deux expressions (comme çà se prononce, et le « u » se dit « ou ») et vous pourrez traverser à pied le village de Kiqiktarjuak en ayant l’impression que tout le monde vous connaît… Encore que !
Rencontrer une personne qui ne vous a pas vu depuis 6 mois et qui vous parle comme si cela datait de la veille n’est pas à proprement parler une « attitude inuit »… mais au contraire : vous croisez quelqu’un qui vous connaît… il ne vous a pas vu depuis 6 mois et il vous ignore totalement… mais quelque temps plus tard (parfois le lendemain !) il vous accueille avec une bonne et franche amabilité, voilà qui est plus surprenant ! C’est ainsi que vont les choses même au 5 ème voyage à Kiqiktarjuak !
Pauloosie est de retour ! Et avec lui une dizaine de Français qu’accompagnent Nicole et Jean-Luc ALBOUY, créateurs de l’Agence GRAND NORD GRAND LARGE, spécialiste des expéditions et voyages, entre autres, en Arctique. Le temps de conduire tout ce monde à l’avion, et quelques jours plus tard d’accueillir Marie-Françoise, Guy, Stéphane, Daniel et Camille, nous voici tous en route pour le refuge de Kivitoo. Environ 80 km de mer, à caboter le long des côtes de la Terre de Baffin. Un brouillard dense masque le paysage puis se dissipe. J’ai la chance d’avoir déjà fait cette route plusieurs fois et aujourd’hui encore je mesure comme il convient le plaisir d’être là ! Tableau rare que ces falaises de plusieurs centaines de mètres de hauteur, tombant drues sur la mer, que cette exubérance de roches noires avec le contraste saisissant d’une lumière oblique faite pour faire ressortir les ombres ! Les nuages roulent là dessus sans retenue, les ciels sont écrasants. La calotte glaciaire Penny apparaît par endroit, des fjords profonds entaillent la côte, la nature grandiose et sauvage illustre bien la croyance Inuit que le temps est éternel.
Au fond d’une crique une femelle ours, avec ses 2 petits, vigilante, nous voit venir avec inquiétude. Elle se glisse bientôt dans la mer… un regard vers nous, un autre vers les oursons… nous avons mis à l’eau le canot et le spectacle commence ! Pendant une dizaine de minutes nous pouvons les suivre, lentement, à quelques mètres seulement… c’est certainement une des plus belles émotions qu’il puisse être donné de ressentir…
Le refuge de Kivitoo est posé au fond d’un fjord, à proximité d’une ancienne station baleinière écossaise. Des tombes de marins européens et un vieux cimetière Inuit, très bien ré-aménagé récemment, témoignent que la vie ici, pour différentes raisons, a existé.
De Kivitoo il est possible de découvrir les alentours sans difficulté. Le nouveau bateau de Pauloosie est maniable et fiable, le refuge assure au retour des soirées et des nuits confortables. Enfin… cette fois il en fut autrement… car l’inattendu était au rendez-vous…
Nous rentrons après une belle journée de mer quand l’approche du refuge s’avère « délicate »… un ours mâle, jeune mais déjà impressionnant, occupe les lieux ! Impossible de débarquer ! Une approche en canot et une dizaine de coups de feu tirés pour certains à moins de 50 cm du museau de l’animal ne nous débarrassent pas du problème ! Il faut attendre que Nanouk se fatigue et veuille bien aller s’allonger à quelques centaines de mètres pour que nous puissions nous mettre à l’abri. Et quand j’écris « abri », c’est une façon de parler ! Pendant 48 heures, l’ours nous mène la vie dure : allées et venues autour du refuge, de jour comme de nuit, tentatives de pénétrations par la porte et les fenêtres… nous ne pouvons sortir (ah oui ! les toilettes à Kivitoo sont à l’extérieur…) que lorsque « monsieur » a décidé de se retirer !
Ces trois jours ont été un événement en soi. Personne n’oubliera ces moments d’effervescence, parfois de panique, mais aussi d’aventure. Les images en témoigneront.
A suivre.
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