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| Colombie britannique : histoire d'ours |
Dans notre monde de "progrès" (et il est vrai que nous progressons de plus en plus rapidement vers la destruction totale de la nature), ces grands mammifères que sont baleines et ours sont emblématiques des espèces en sursis, aussi, même sans être exagérément pessimiste, est-ce avec un sentiment d'urgence que nous sommes quelques uns à ressentir une soif d'observations de ces animaux dans leur milieu.
Capter leur image à travers l'objectif permet de conserver plus fidèlement ces instants bénis, tout en étant un moyen privilégié de les faire partager.
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Le texte et les photos sont de Jean Le-Palud
Retour à KNIGHT-INLET.
A l'automne dernier, j'avais déjà eu l'occasion d'observer les grizzlis pêchant les saumons, mais ce type d'observation, à partir de plateformes, m'apparaissait comme un peu artificiel, et je souhaitais laisser plus de place aux rencontres inopinées, plus "naturelles".
J'ai donc confié à GNGL le soin d'organiser mon voyage "à la carte", en choisissant, cette fois un séjour de printemps, à l'époque où les ours sortent de leurs quelques six mois d'hibernation et vont se nourrir en terrain découvert, là où poussent les herbes tendres qui constituent l'essentiel de leur nourriture en cette période, c'est à dire principalement sur les berges des estuaires, ce qui permet une approche facile et sans risque par voie d'eau.
Sans aucun doute grâce au canal de frai pour saumons aménagé à proximité sur la rivière Glendale, la population d'ours bruns (grizzlis) dans les environs immédiats du K-I Lodge est évaluée à une quarantaine d'individus .
Pour cette fois, j'avais choisi un séjour de 4 nuits au lodge, me réservant la semaine suivante pour des sorties à la journée au départ de Campbell-River.
Après le survol d'une demi-heure du paysage déchiqueté qui mêle intimement crêtes boisées et eau, l'hydravion s'amarre au ponton du lodge où, à peine les quelques formalités d'accueil réalisées, je retrouve quelques visages familiers. Puis on va faire connaissance avec sa chambre.
A peine installé, et juste quand il allait être l'heure du lunch, on nous prévient que des ours ont été aperçus juste en face, sur l'autre rive de la baie, à quelques centaines de mètres. On embarque à quatre dans le skiff (petite barque à fond plat), et nous voilà partis pour la traversée. La technique est simple: on longe les rives en observant attentivement les berges, et quand un ou des ours sont repérés on coupe le moteur à distance raisonnable et on finit l'approche à la rame jusqu'à une cinquantaine de mètres. Si on a de la chance, on continue à dériver de façon imperceptible vers l'animal qui n'en éprouve aucune inquiétude. En fait, la plupart du temps, ils semblent ne pas même s'apercevoir de notre présence, sauf dans un cas.
L'approche se fait aussi de façon encore plus idéale, en kayak, plus bas sur l'eau et silencieux par nature. Si les circonstances sont favorables la distance peut être réduite jusqu'à une trentaine de mètres.
Donc nous traversons et approchons d'un ours noir qui vaque tranquillement à ses occupations; mais rapidement, il devient nerveux et s'enfuit dans la forêt. Ce n'est pas nous qui l'avons effrayé ainsi: voici venir sur la grève une femelle grizzli accompagnée de deux jeunes sans doute âgés de deux ans. (Les jeunes restent avec leur mère généralement jusqu'à leur troisième printemps avant de prendre leur indépendance).
Le spectacle est fascinant et nous l'observerons durant une dizaine de minutes.
L'après-midi sera consacré au tour de la baie: grands à pics couverts de forêts (malheureusement en partie déjà dévastées par les coupes à blanc), hautes cascades, sommets enneigés ceinturant le tout, grandiose.
Les deux jours suivants seront l'occasion d'observations répétées et variées, un grizzli de 3 ans couleur chocolat retournant les petits rochers pour chercher tout ce qui peut se manger dessous, ours broutant l'herbe littéralement comme des vaches, à nouveau la mère et ses deux jeunes, et un couple (c'était la saison, qui dure peu). Durant les quelques jours où ils restent en couple, les ours offrent de véritables spectacles de tendresse, avec des jeux, des caresses, des câlins. Mais le mâle semblait préoccupé par notre présence et nous avons préféré quitter les lieux.
La veille du départ du lodge, nous étions partis voir les ours en kayak, Tracey (une des guides) et moi, dans un biplace, quand tout à coup, après une conversation dans sa radio portable, elle me dit: "une troupe de dauphins approche, veux-tu que nous allions au milieu de la baie pour les voir ?". Aussitôt dit, aussitôt fait, à peine étions nous plus au large que la meute bondissante nous cernait, une bonne vingtaine de dauphins (de la variété du Pacifique, à flancs blancs), qui par petits groupes de 2 ou 3 jaillissaient hors de l'eau en soufflant pour replonger aussitôt, l'un d'eux souffle à deux mètres de notre embarcation et heurte le kayak en replongeant m'aspergeant copieusement. Ce moment féerique dure de nombreuses minutes, nous laissant émerveillés comme des gosses.
Le lendemain, je reprends la direction de Campbell-River, où je loge au B&B Alder House, que tient Carole, une dynamique quinquagénaire elle aussi passionnée de vie sauvage et tout particulièrement des oiseaux, qu'on retrouve sous la forme des objets décoratifs les plus divers partout dans sa maison. Un jour, nous avons fait ensemble une randonnée de quelques heures dans le superbe "Elk Falls provincial park" proche de la ville, et au bout d'un petit moment elle me demande si le rythme de la marche me convient, sur ma réponse affirmative elle ajoute avec un rien d'ironie: "parce qu'habituellement je vais bien plus vite". Bon….
Depuis Campbell-River j'ai fait une sortie en mer (par un temps vraiment limite) pour l'île de Mitlenatch, intéressante pour sa flore, mais aussi et surtout par son importante population d'oiseaux pour laquelle elle constitue une aire de nidification protégée. L'île héberge également une colonie de phoques et une d'otaries.
D'autres sorties prévues ont dû être annulées pour des causes météorologiques essentiellement car elles se font à bord d'embarcations légères, mais j'en effectuerai encore deux pour aller à nouveau observer des grizzlis, dont l'une nous amènera à nouveau à Knight-Inlet, et l'autre à Jackson bay. Cette dernière sera de nouveau l'occasion de se remplir les yeux (et la pellicule ) avec les jeux amoureux d'un couple d'ours, dont malheureusement la femelle semble amputée d'une partie de patte postérieure, conséquence possible d'un piégeage, qui n'est pas une chose rare par ici. (Si le piégeage constitue un braconnage, il faut rappeler que dans cette région la chasse aux ours est autorisée), ou du moins l'était jusqu'à une date très récente. En effet le dernier gouvernement en date de l'état de Colombie Britannique venait d'adopter un moratoire interdisant pour trois ans la chasse au grizzli aux fins d'observation de l'évolution de la population. Mais depuis, de nouvelles élections ont renversé la tendance politique au profit de ceux qui souhaitaient annuler le moratoire…
Ces deux sorties ont eu lieu en compagnie d'Howard (Tiderip tours), dont je tiens à souligner ici la passion qui l'anime comme guide de la vie sauvage, là où d'autres exercent une simple activité commerciale.
La seule ombre au tableau: je n'ai pu observer aucun ourson de l'année, et un récent contact avec Howard vient de m'apprendre qu'il avait fait le même constat tout au long de ses sorties de printemps, en considérant qu'il y a là une énigme car, comme il me l'a précisé "la pêche a été très bonne l'automne dernier", alors ?
Merci à: Dominique (GNGL), Peter, Nathalie, Tracey et Suzanne (Knight-Inlet Lodge), Carole, Peter et Howard (Vancouver Island)…et merci à tous les ours de la "Beautiful British Columbia".
Jean Le-Palud
Juin 2001
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