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Sur les traces de Franklin : suite
Après Beechey et Bathurst Island, après Gjoa Haven et Starvation Cove, marcher (ou voguer !) sur les traces de Franklin nous a emmenés au Groenland…



Soleil de minuit – baie de Disko – Groenland
août 2001



Non pas une expédition, mais un nouveau voyage en Arctique. Moins d’aventure donc mais une découverte avec des images à foison, souvent réalisées dans des sites d’une beauté remarquable.
Ilulissat (village natal de Knud Rasmussen), quatrième ville du Groenland, 4000 habitants, 6000 chiens et un terrain de camping plutôt bosselé où nous avons planté la tente au petit bonheur. Il y a bien quelques hôtels, mais à 1200 FF minimum la chambre nous n’avions pas d’autre choix. Comment aurions-nous fait d’ailleurs, impossible de trouver une chambre pour les 2 à 3 soirs à venir, tout était réservé ! Car le Groenland (le sait-on ?) est une destination très touristique !
Un chemin traverse le camp. Nous étions surpris de constater qu’il était très fréquenté. Il faut dire que nous étions installés à proximité d’un des plus beaux sites de la côte ouest, si ce n’est le plus beau : la vallée de Sermermiut. C’est en cet endroit qu’on a découvert le plus important campement archéologique du Groenland. C’est un haut lieu de promenade, avec une vue directe sur la baie de Disko, laquelle charrie, par dizaines et dizaines, les plus grands icebergs de l’hémisphère nord, pas moins ! Le spectacle n’est qu’à quelques centaines de mètres du rivage, la balade le long du fjord est magique, facile, et il y a du monde ! Le Groenland nous en a imposé, mais, niveau solitude, ce n’est pas le Nunavut (ou le Nunavut n’est pas encore le Groenland…).
On ne va pas vous raconter des histoires : le Groenland, côte ouest jusqu’à Ilulissat, en individuel et sac à dos, çà n’a pas été vraiment difficile ! Nous avons trouvé dans chaque communauté un office du tourisme, des taxis, des magasins (on se souviendra des boulangeries types danoises avec un pain succulent), une poste et une banque qui facilitent bien la vie. Le Cercle Polaire Arctique a été franchi sans que l’on s’en rende compte et les grands icebergs ont plutôt fait figure de gros glaçons posés sur une mer d’émeraude… il ne manquait que les cocotiers. Pour le troisième été consécutif, il a fait chaud en arctique. Au soleil le thermomètre a dépassé allégrement les 30 °. Une bonne partie des polaires est restée dans les sacs à dos ! Des nuées de moustiques nous ont assaillis à certains moments de la journée. Petit tracas par rapport aux autres conséquences : les locaux nous ont dit que la mer n’avait pas gelé à Noël depuis 5 ans, et çà, c’est autrement plus ennuyeux ! Bon, on a eu des journées grises, et quelques nuits bien fraîches, mais le mois de juillet et la première semaine d’août ont été on ne peut plus estivaux. Nous étions là pour avoir des images, ça tombait bien ! Notre itinéraire : prendre l’express côtier pour remonter la côte ouest, du sud au nord, avec des stops de quelques jours à Nuuk, Maniitsoq et Sisimiut. Puis Qeqertarjuaq, un millier d’âmes (anciennement Godhavn, port danois fondé en 1773), aujourd’hui le seul point habité de l’île de Disko.
Nous pensons que les navires Terror et Erebus, de l’expédition Franklin sont arrivés ici aux alentours de mai-juin 1845. Les offices de tourisme que nous avons sollicités, les directeurs de musées que nous avons contactés ne nous en apporteront pas la preuve, mais la logique nous fait penser que les équipages anglais à la recherche du Passage du Nord Ouest ont, obligatoirement, longé cette côte, et y ont, nécessairement, fait escale. Le Capitaine McClintock, dans sa campagne de recherche (1857/1859), s’est arrêté à l’aller et au retour à Qeqertarjuag. A quelques kilomètres, un lieu dit appelé Uunartorsuaq, autrefois « le port des Anglais », a retenu toute notre attention. Nous avons demandé à un pêcheur de nous y conduire. Nous avons découvert une anse profonde pour mettre les navires à l’abri, une végétation luxuriante et de l’eau douce en grande quantité. Franklin s’est-il arrêté ici ? Impossible de l’affirmer. Aucune trace, et nous ne rencontrerons personne pour nous expliquer pourquoi le lieu porte ce nom. Mais en tout cas, un site sauvage d’une force majestueuse qui illustre parfaitement les côtes vierges mais encore hospitalières que découvraient les marins avant de s’aventurer plus au nord, sur Baffin et au-delà, dans des secteurs encore non cartographiés.
Sur le port de Qeqertarjuaq, quelques maisons de bois, de tourbe ou de pierres, datent de 1830/1840… Franklin est peut-être entré dans l’une d’elles…
Après une semaine nous avons repris l’express côtier pour Ilulissat et terminé le voyage. C’est là que nous avons rencontré les icebergs… parmi les propositions de l’office de tourisme, une balade en bateau aux alentours de 23 heures dans la baie de Disko, pour se frotter à ces géants de la mer. Il n’avait pas fait très beau ce jour là et personne n’avait voulu sortir. Quelle erreur ! Nous étions les seuls à bord. Un ancien bateau de pêche tenu par Torvel, marin danois avec une large barbe blanche à l’ancienne. Une véritable affiche de cinéma ! Et toute une atmosphère, surtout quand il stoppait les moteurs pour que nous puissions entendre gronder la glace ; avec le seul bruit de la coque en bois pour fendre l’eau et nous emmener hors du temps. Les nuages se sont cassés et ont fini par laisser passer le soleil qui n’en finissait pas de s’en aller. Toutes les nuances de rouge, d’orange, de blanc, de gris et de bleu se sont mises à jouer. Les yeux ne suffisaient pas à regarder, il fallait y mettre le cœur et çà battait à tout rompre. Ce fut somptueux. Même Torvel y a pris du bonheur et tardait à rentrer ! Nous imaginions les équipages de l’expédition Franklin rencontrant la même ambiance, quelque part sur cette même mer, et sans doute tout autant que nous abasourdis devant cette magnificence. Tous ces hommes étaient aguerris, connaissaient les dangers de l’Arctique pour les avoir affrontés en de précédentes expéditions. Tous avaient accepté de partir une nouvelle fois. Probablement parce qu’on n’oublie jamais ce que l’on peut voir ici, ce que l’on vient retrouver, peut-être dans l’espoir d’en prendre une partie pour soi : la beauté originelle du monde.
A suivre,
Nadine et Jean-Claude Forestier, le 12 septembre 2001.

Nous sommes en Angleterre jusqu’au 24 septembre : nouvelle visite à Spilby, village natal de Franklin – rendez-vous et travail précis cette fois sur certaines archives à Lincoln (qui détient une partie de la correspondance de Lady Franklin) – visite à Woolwich (banlieue sud-est de Londres), point de départ des navires Terror et Erebus en mai 1845 – Greenwich (MuséeA6 - NORD 2 maritime)…

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