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| « 60 jours sur la côte Est » |
EXPEDITION AU GROENLAND EN KAYAK DE MER / ETE 2001
Bourse de l’aventure 2001 Plasmor/AJ Paimpol
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Mystérieuse, inexplorée et totalement inhabitée, la côte Est du Groenland est bien l’Everest du kayak de mer. Et pourtant, certains jours, il a été bien difficile d’y trouver assez d’eau pour nos pagaies. Le littoral, ceinturé par une quantité astronomique de glaces marines et d’icebergs gigantesques est raboté 24 heures sur 24 par la dérive nord-sud. Chaque cap fait obstacle et la mer s’agite de courants violents sur lesquels nous devions passer en bac. Des traînées de petits glaçons coulent vers la gauche. Deux mètres plus loin d’autres coulent vers la droite. Certains s’enroulent en spirales. Tout bouge. On ne sait même plus où regarder et on perd vite tous ses repères. Vers le nord les plages disparaissent et cèdent la place à une suite ininterrompue de montagnes acérées, fronts de glaciers larges de 25 kms et hautes falaises verticales. De nombreux accostages se sont avérés extrêmement périlleux et demandaient d’escalader des rochers de plusieurs mètres. Nous nous demandions chaque matin où nous pourrions débarquer le soir. Pendant la nuit et même quand il faisait grand jour, la température baissait et pour partir nous avons souvent dû briser les 2 cm d’une jeune croûte de glace avant d’y creuser un sillon de 50 cm. En arrivant dans le pack qui dérive à toute vitesse nous devions engager une sorte de combat très zen. Essayer à gauche, essayer à droite et dénicher à tâtons un micro-passage dans l’univers chaotique de floes, débris de banquise, growlers et brash mélangés. Un gloubi-boulga givré. Patience, calme et persévérance étaient les seules armes efficaces pour avancer. Pas après pas, nous pénétrions entre les blocs enchevêtrés qui passaient, lancés comme un véritable rouleau compresseur que rien n’arrête. Nous cherchions du regard le bras d’eau le plus proche et nous dépêchions d’y arriver avant que les plaques se referment. Si c’était trop tard nous cultivions l’art du demi-tour dans un mouchoir de poche. Dans ce labyrinthe, combien de fois François et moi nous sommes-nous égarés ou perdus de vue sans même apercevoir le bout de la pagaie de l’autre par-dessus les amas glacés ? Souvent j’avais la sensation grisante de traverser un dangereux puzzle en vrac ou d’être à contresens sur l’autoroute. Par brouillard, blanc sur blanc on ne voyait plus rien du tout et c’était comme à Colin-Maillard jusqu’à ce que nous ayons le nez sur la glace suintante et que nous devinions un peu par hasard un ersatz de passage. L’esprit dans cette région apprend à se focaliser sur l’essentiel. Avancer d’un mètre est une victoire. Quand les glaces devenaient trop denses la mer semblait vraiment disparaître. Et si le ciel a plutôt été bleu, l’air reste polaire et le froid sait devenir glacial sans prévenir. En bordure de l'immense calotte polaire percée de dizaines de nunataks, flirtant avec le front des immenses glaciers nous nous débattions du matin au soir entre brash et icebergs hors normes. Plus d’un kilomètre pour « notre » plus grand. Pas facile sans avoir mis les pieds sur cette fabuleuse côte Est du Groenland d’imaginer la magie de notre navigation tout près de ces gigantesques sorbets menthe. Les kayaks nous portaient en lévitation et pour la première fois je me sentais naviguer AU-DESSUS des glaces. Durant les 350 milles de l’expédition, bien installés dans nos kayaks nous avons pu voir s’enfoncer dans l’eau glaciale les fabuleuses parois de turquoise interdites.
Christian Morel
Octobre 2001
Et voici l'album photos...
Photos de Christian Morel
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