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Le loup arctique : deux expéditions à Ellesmere, Nunavut, avril 99 et avril 2001 |
Parti une première fois à Ellesmere en avril 1999, j’ai eu la chance d’y rencontrer grâce à Eric Labarre et Grand Nord, un chasseur Inuit de la petite communauté de Grise Fjord, Charlie, qui accepta d’être mon guide et de me faire découvrir cette partie du Nunavut, sa Terre.
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L’île d’Ellesmere se situe à l’extrême nord de l’archipel arctique canadien. Sa côte septentrionale est à moins de 800km du Pôle Nord Géographique et sa côte méridionale abrite la seule Communauté permanente de l’île (si l’on excepte les bases d’Euréka et d’Alert), le village de Grise Fiord (148 habitants, 95% d'Inuit). Entre les deux : RIEN ! ou plutôt TOUT pour qui est passionné de grands espaces et d’aventures polaires : près de 1000km de solitudes glacées !
Ellesmere est un dédale de fjords gigantesques, de montagnes, de vallées, de glaciers et de plateaux immenses. En avril, une solide banquise de 1 à 3 m d’épaisseur emprisonne encore les fjords et une couche de neige de 20 à 50 cm (il neige peu en Arctique) recouvre les plateaux et les fonds de vallées glaciaires. Avec le retour du jour permanent, c’est le mois idéal pour s’aventurer dans n’importe quelle partie d’Ellesmere en motoneige (ou à ski) : les fjords gelés, les vallées glaciaires et les plateaux enneigés constituant alors un réseau continu de voies de pénétrations.
D’ailleurs les Inuit ne s’y trompent pas, le mois d’avril est pour eux la période de prédilection pour la chasse. C’est pourquoi il est si difficile de trouver à ce moment là un guide expérimenté. Comme il n’y a pas de « tourisme » à Grise Fjord les seuls guides « potentiels » sont les chasseurs de la communauté.
Ellesmere n’est pas seulement un monde minéral de roches et de glaces. C’est aussi l’habitat d’une faune exceptionnellement variée. Toutes les espèces de l’Arctique y sont représentées : l’ours polaire et le phoque bien sûr, mais aussi le bœuf musqué, le renard polaire, le lièvre arctique, le très rare caribou de Peary, … et surtout le loup arctique.
Pour les passionnés de photographie et particulièrement de photographie animalière, il y a là un double défi à relever : organiser une expédition et ramener des images inédites. J’ai donc imaginé, à partir de ma première expérience d’avril 99, un second voyage à Ellesmere en avril 2001 ayant pour but cette fois de photographier ce fameux loup arctique...
Les traditions se perdant, les Inuit capables de partir seul loin du village sont de plus en plus rares. Seuls les aînés comme Charlie s’y aventurent et ce dernier avait depuis longtemps comme projet d’emmener des étrangers « Blancs » sur la banquise pour leur faire découvrir l’Arctique. J’étais en quelque sorte son « cobaye » !
Lorsqu’ils partent en famille, les Inuit utilisent des traîneaux tirés par des motoneiges. Ces traîneaux lourds (plus de 200kg) et robustes sont faits pour transporter leur famille ainsi que la nourriture, l’équipement pour le campement, les réserves d’essence et de combustible. Les Inuit du Canada n’utilisent plus guère de chiens de traîneaux. La motoneige permet de couvrir trois fois plus de distance dans un même temps. Néanmoins la durée des parcours varie beaucoup selon la difficulté du terrain (neige profonde, compressions de glace, relief, …) et il est essentiel d’en tenir compte lorsqu’on dimensionne la durée du voyage. De plus, je n’ai jamais vu de motoneige ne pas tomber en panne ! J’irai même jusqu’à dire qu’elles tombent souvent en panne. Il faut aussi tenir compte de cela dans l’organisation d’un voyage où le temps est précieux.
Pour avoir une idée de ce qu’est un traîneau Inuit, imaginez une palette en bois de 3m de long sur 1,5m de large montée sur deux longs patins et sur laquelle a été posée une longue caisse en bois avec un toit recouvrant la moitié avant, l’ensemble rappelant étrangement la forme d’un canot à moteur ! Le traîneau est ainsi fermé à l’avant pour protéger les passagers du vent et de la neige. Dans le traîneau sont installés des matelas mousse ainsi que des peaux de caribous pour garantir les passagers des chocs contre la banquise. Ces mêmes matelas et peaux seront utilisés sous la tente pour isoler les sacs de couchage de la glace. A l’intérieur de la tente les Inuit disposent également des réchauds pour faire cuire la nourriture (lorsqu’ils sont accompagnés de « Blancs « !) mais aussi pour maintenir « une petite chaleur » durant le sommeil afin d’éviter que la température ne descende « trop bas ». En pratique, elle est rarement inférieure à –10°C le matin dans la tente (avec –30°C dehors).
La rencontre avec les animaux en Arctique est très aléatoire. Il n’y a pas de réserves où la faune est regroupée comme en Afrique et l’expérience des Inuit est essentielle aussi bien pour les repérer que pour se diriger dans ce désert blanc. Il a été démontré que les ours polaires, par exemple, se déplacent sur des centaines de kilomètres du Canada au Groenland ou d’Alaska jusqu’en Sibérie. Donc rien n’est gagné d’avance.
Ainsi, nous avons rencontré en quelques heures et à moins de 50km de distance des caribous de Peary, des bœufs musqués et des loups arctiques puis pendant les cinq jours qui suivirent nous n’avons plus rien vu sur près de 400km !
De plus ces rencontres sont très brèves : 10 minutes tout au plus ! Il ne s’agit pas de photographier à l’affût avec un lourd téléobjectif. En pratique lorsque Charlie repérait un animal (en général à l’oeil nu !), il décrochait le traîneau et je montais avec lui sur la motoneige. Il essayait alors de m’approcher au plus près de l’animal (15 à 25m) pour que je puisse le photographier soit à pied (pour les caribous) soit depuis la motoneige (pour les ours). Ce qui compte avant tout dans ces moments là c’est la rapidité, la mobilité : un boîtier, un zoom, un film, c’est tout !
La rencontre avec les loups s’est passée différemment mais tout aussi brièvement ! Nous avions fait halte pour nous réchauffer en buvant une tasse de thé, lorsque suivant les traces de la motoneige qui nous avait précédés, deux loups sont apparus. L’un d’eux nous a contournés à distance (environ 70m) mais l’autre s’est avancé droit sur moi sans hésiter alors que je m’étais un peu détaché des Inuit pour le photographier. Etait-ce par curiosité comme je le pensais (et comme je l’avais lu d’un photographe américain) ou plutôt « parce qu’il avait faim » comme me l’ont suggéré les Inuit un peu plus tard ? Toujours est-il que j’avais réussi à tenir dans mon viseur l’animal de mes rêves, certes quelques minutes seulement mais à moins de 25 mètres tout de même !
Cette rencontre avec les Loups me laissait néanmoins perplexe car elle s’était produite à un endroit où ni les Inuit ni moi-même ne nous y attendions, et à près de 200km d’où ils étaient supposés se trouver !
« S’attendre à tout, même à l’inattendu ! » : voilà finalement la leçon à retenir des voyages en Arctique !
Eric PIERRE, 8 novembre 2001
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