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PRELUDE
NAISSANCE D’UNE IDEE
Le 1er janvier 2002, au lendemain des fêtes
du jour de l’an, en observant un globe terrestre dans la chambre de mes
filles, l’envie me prit d’organiser un raid en solo. Il me fallait trouver
une traversée, réalisable en une quinzaine de jours dans
une zone pittoresque et atypique. Après réflexion, je sélectionnais
deux lieux : la péninsule du Kamtchatka, située à
l’extrémité est de la Sibérie, et l’Islande, frôlant
le cercle arctique au milieu de l’Atlantique nord. Apprenant le russe,
je décidais tout d’abord d’étudier les possibilités
offertes par la première destination. Après une dizaine de
jours de recherche, j’abandonnais cette idée pour deux raisons pouvant
conduire à l’échec. Tout d’abord le visa sur zone est limité
à 15 jours, ce qui me semblait trop juste, ensuite, mes contacts
m’ont prévenu de l’omniprésence de la mafia dans la péninsule.
Tous mes espoirs se tournèrent donc vers l’Islande, terre de feu
et de glace, dès le 15 janvier. Je pouvais ainsi me consacrer non
plus à des problèmes administratifs mais logistiques et organisationnels.
La bonne saison pour traverser l’île à pied est sans conteste
mai juin juillet, ou les conditions climatiques sont les meilleures, bien
que réservant parfois des surprises. Je décidais toutefois
de choisir le mois de mars, pour la faire en skis de randonnée alpine,
avec une pulka, sorte de traîneau à tirer derrière
soi.
MOTIVATIONS
C’est tout simplement l’envie d’échapper à mon bureau,
de fuir le manque d’engagement physique dû à mon activité
professionnelle, travaillant actuellement dans l’informatique, qui fut
le moteur principal de mes motivations . En effet, je crois fermement à
cette phrase du maréchal Lyautey : « la joie de l’âme
est dans l’action ». Je voulais également tester mes capacités
à réagir seul face à un milieu hostile et inconnu
afin de dépasser mes limites et surtout de mieux me connaître.
Passionné d’alpinisme depuis mon adolescence, officier parachutiste
d’active pendant une dizaine d’années au sein de l’armée
française, j’avais, à maintes reprises, eu l’occasion d’affronter
des conditions difficiles lors de stages ou de missions. Mais jamais seul.
Dans toutes mes réalisations ou tentatives, comme l’ascension du
Mont Kenya en été 1993 ou encore la descente du trou de Fer
à la Réunion en 1998, j’étais toujours en compagnie
de personnes. Certes cela n’est pas déplaisant, puisque la présence
de l’autre permet le partage, la complicité, et l’entraide. Mais
que pouvaient être mes sentiments et mes décisions sans la
présence d’autrui ? J’étais en tout les cas irrémédiablement
habité par ce que Burton, écrivain et aventurier anglais
du 19ème siècle, appelait le « démon de l’aventure
».
ENTRAINEMENT
Mon entraînement fut des plus rigoureux car je n’avais que 2
mois de préparatifs. « La sueur épargne le sang »
dit-on dans certain milieu militaire. Je savais bien qu’une condition physique
irréprochable me faciliterait grandement la tâche et que mon
engagement n’en serait que plus serein. Mon programme hebdomadaire a consisté
à courir 4 fois 10 km, à pratiquer 2 séances de VTT
d’environ 50 minutes et à faire 2 séances de musculation
spécifique quadriceps (muscle des cuisses), sachant combien
la glisse en peau de phoque est exigeante au niveau des jambes. Ne connaissant
pas exactement ma réaction face à la froideur du climat,
je décidais de prendre une douche froide de 3 minutes à l’issue
de chaque séance de sport. Chaque séance d’endurance était
également l’occasion de parfaire ma motivation psychologique, en
m’imaginant isolé en terre d’Islande.
LA PREPARATION MATERIELLE
La minutie de la préparation matérielle est un point
clef de la réussite. Certes, il me fallait une tente résistant
aux vents violents, un duvet grand froid, un réchaud capable de
fonctionner à très basse température. Tous ces équipement
peuvent facilement se trouver à Décathlon ou chez «
expé » (site web : www.expe.fr ). Par contre, ma bourse personnelle
était limitée à 2000 euros, ce qui est peu pour le
billet d’avion (avec surplus de poids), l’acquisition d’une balise SARSAT
pour assurer la sécurité, un GPS, la récupération
d’une pulka, qui vaut au minimum 500 euros…. J’ai alors fait appel aux
services de « Grand Nord Grand Large », qui à accepté
sans restriction de me louer non seulement la balise et la pulka, mais
également un téléphone satellite Iridium, autorisant
des communications de n’importe quel endroit de la planète, d’un
coût de seulement 3 USD la minute. Ce luxe de technologie, existe
seulement depuis quelques années, et fut une véritable aubaine
qui me permit de donner des nouvelles quotidiennement à ma femme.
G.N.G.L. m’a également offert ses services pour acheter mon
billet d’avion pour les destinations peu communes (en l’occurrence Akureyri
dans le Nord de l’Islande), chose impossible à obtenir de la part
d’une agence de voyage non spécialisée.
CARNET DE ROUTE
autoportrait
LA MISE EN PLACE
15 mars, début de l’expédition. La journée est
en fait consacrée au transport aérien. Départ Nice
Côte d’Azur, à 07h30. Ma femme adorée m’y conduit sans
grand enthousiasme. Elle est partagée par la crainte que ça
tourne mal et la joie de me faire plaisir. Elle sait combien ce projet
me tient à cœur, qu’il est une grande bouffée d’oxygène
me permettant d’aborder 2002 en toute sérénité.
Quels que soient ses sentiments sur la question, elle a été
mon meilleur atout logistique, s’occupant du moindre détail dans
la préparation.
Le vol jusqu’à Paris se déroule sans encombre. 3 heures
d’attente avant de m’envoler vers Keflavik, l’aéroport international
d'Islande, la porte d’entrée obligatoire pour le purgatoire ou pour
l’enfer ? Pendant le trajet, je sympathise avec mes deux voisins
belges. Ce sont le directeur et l’adjoint d’un groupe de magasins de photo.
Ils organisent avec leurs meilleurs clients un séminaire sur Reykjavik.
Le personnage du directeur sort tout droit d’une bande dessinée
: amateur de bières, il m’en offre une dans l’avion, et de jolies
femmes. Il possède également un petit parfum d’aventurier
puisqu’il a réalisé une traversée de l’Atlantique
à la voile ainsi qu'un périple tout terrain au Sahara dans
sa jeunesse. Son assistant m’est sympathique. Il aime faire “guindaille”.
Il me donne sa carte de visite à l’arrivée sur Keflavik,
puis nous nous saluons en nous souhaitant respectivement bonne chance et
je quitte mes deux amis de l’instant.
Apres la récupération de mes 40 kg de matériel
sans problème, bien mal me prit de commander un taxi pour transiter
sur le petit aéroport de Reykjavik, donnant accès aux lignes
intérieures du pays ainsi d’ailleurs qu’au Groenland. Le paysage
me semble grisâtre et le temps est maussade. Le plafond nuageux est
à moins de 200 m. et il tombe une légère bruine. Je
constate l’absence de neige au sol, ce qui m’inquiète un peu. Le
conducteur me montre au loin la base américaine, ainsi que les fameuses
sources chaudes du “blue lagoon” que j’espère visiter à
la fin de mon séjour. Nous pénétrons ensuite dans
la capitale, la traversons, pour atteindre l’aérodrome.
Pour les 45 km parcourus, le conducteur me réclame 7800 couronnes
islandaises, soit l’équivalent de 85 euros ! Je m’acquitte de ma
dette tout en me promettant de prendre un autre moyen de transport dans
l’avenir.
Apres avoir récupéré mon billet pour Akureyri,
grâce au voucher délivré par GNGL, je rencontre un
groupe belge, formé de 4 anciens baroudeurs d’une cinquantaine d’années,
tous portant une barbe grisonnante, ainsi que d’un jeune d’environ 25 ans.
Ils partent faire un raid de 18 jours en ski-pulka au Groenland. Après
un premier contact ou un des “anciens” , apparemment habitué à
l’arctique, me dit de me méfier des vents violents et du manque
de neige en Islande, ces derniers me snobent, trouvant que je n'ai pas
besoin de balise, que le téléphone satellite est amplement
suffisant. Je pense néanmoins que deux précautions valent
mieux qu’une, notamment en solo. Ils notent que mes skis alpins sont trop
lourds, et moins bien adaptés à la longue distance
que des skis de fond. Ils se trompaient ; étant donnés la
glace et le dénivelé qui m’attendent sur les “Highlands”,
mon choix se confirmera par la suite le meilleur. Peu satisfait de mes
réponses, les anciens se détournent rapidement de la discussion.
Le plus jeune me semble beaucoup plus modeste mais également moins
expérimenté. Apres une demi-heure de discussion, mon avion
se présente sur la piste et l’on se quitte chaleureusement.
Le vol se déroule dans les nuages et c’est à peine si
j’aperçois les hautes terres que je dois traverser. A 20h, j’aterris
à Akureyri. Un bus me mène avec tout mon fourbi devant la
porte de la “guesthouse” de cette capitale du nord, forte de seulement
14000 habitants. Je m’installe dans une chambre et part visiter la ville.
J’apprend que c’est la station de ski alpin la plus prisée du pays.
En fait, Akureyri est situé au bord d’un fjord, à flanc de
montagne, donnant accès au plateau central situé à
environ 900 m. d’altitude. La ville est agréable, avec ses toitures
de couleur, caractéristiques de l’Islande. Les gens sont serviables
et répondent volontiers à toute demande de renseignement.
Je teste le téléphone satellite Iridium, en appelant ma femme.
Après quelques secondes d’attente, j’ai mon épouse au bout
du fil. Je lui annonce que je compte commencer le raid dès le lendemain,
après avoir complété ma nourriture et alerté
les autorités locales de mes intentions.
LE DEPART
Après une nuit un peu agitée, je me lève vers
7h et attend 10h que les magasins ouvrent. Il est impératif que
je trouve des cartouches de butane, n’ayant pu les transporter par avion.
L’office du tourisme est fermé, et j’essaie de glaner quelques renseignements
chez un libraire qui, étonné de mon entreprise, me déballe
4 ou 5 cartes au 1/100 000 afin de préciser mon itinéraire.
Il me conseil également d’avertir la police de la ville. Je ne lui
achète rien mais le remercie et suis son conseil, en me rendant
directement à la station de police. Apparemment, il n’y a pas de
bureau des guides dans la ville, c’est donc le seul moyen pour me faire
enregistrer avant mon départ.
Quinze minutes plus tard, me voilà au commissariat en
train de donner le numéro de téléphone de ma femme
à contacter en cas de pépin, et à expliquer mon projet
en détail et en anglais à un policier, la trentaine, d’une
tête de plus que moi, et qui m’écoute avec attention. Ce descendant
des vikings me dit qu’il connaît les Français, car il a travaillé
sous la bannière de l’ONU au Kosovo avec des gendarmes.
Il me souhaite bonne chance et m’indique le centre commercial de la
ville afin que je puisse compléter mes provisions. Devant l’impossibilité
de trouver des bouteilles de butane (style bleuet), je me vois dans l’obligation
d’acheter un nouveau réchaud, utilisant un mélange propane-butane
et beaucoup plus résistant au froid. Je pense faire une bonne affaire,
rien de pire que de constater que les cartouches de gaz ont gelé
au milieu de la toundra islandaise.
Je me dirige ensuite vers un bar-restaurant, bois une bière,
commande un hamburger que je n’arrive pas à finir. Je ne ressens
mon stress que lors d’une compétition, et décide de rester
concentrer. Je rentre à l’hôtel, boucle mon sac et ma
pulka. Après avoir demandé à une passante de me prendre
en photo, je longe la route n° 1 vers le sud et abat 18 km. Il
neige légèrement et je constate à nouveau que la météo
est peu engageante . En route, je croise une patrouille de police,
avec mon nouvel ami à son bord. Il s’arrête et désire
tester mon GPS par rapport au sien. Nous sommes tous les deux sur le système
de coordonnées WGS84 et constatons que nos navigateurs donnent
le même point de localisation au centième de minute près.
Il me dit que demain, il essaiera de passer en motoneige dans la
vallée que je compte emprunter et me quitte sur ces paroles. Je
repars en direction du sud. Ce fut ma dernière discussion, en dehors
des contacts téléphonique avec ma femme, pendant les huit
jours qui suivirent.
A 19h, je stoppe et monte ma tente au bord de la route que je longe
toujours. La neige est rare, et il est impossible de planter les sardines
dans le sol gelé. Je récupère finalement des cailloux
pour fixer le tout. Après un thé bouillant, j’appelle la
France. Je rassure les miens et prend note de la météo pour
le lendemain : temps partiellement nuageux. Je me discipline moralement
et me promet de ne pas reculer sur mes pas, sauf cas de force majeur. Je
dois donc tenir mon pari jusqu’au bout. Il n’y a pas de doute sur ma volonté,
même si l’absence d’étoile témoigne encore de la présence
d’un plafond nuageux menaçant. Après avoir fait un point
topo, je me dis qu’il ne me reste plus que 307 km avant d’atteindre
la côte sud !
LA MONTEE SUR LE PLATEAU
Extinction des feux 22h, et réveil le lendemain avec un
temps ensoleillé. La neige et la glace deviennent plus abondantes
au fur et à mesure que je m’élève. J’ai dû tirer
ma pulka sur une partie de la route à nue, maintenant transformée
en chemin, et je vois qu’elle se fendille. J’espère qu’elle tiendra
le coup. Je croise sur mon chemin les dernières fermes du nord ainsi
qu’une église au milieu de la vallée, entourée d’herbe
rase, souvent recouverte par de la neige. A mon étonnement,
je croise un petit bosquet d’arbres le long du chemin, ce sont les premiers
et les derniers que je verrai dans le nord du pays. A la mi-journée
je laisse derrière moi les dernières habitations pour m’engouffrer
dans une vallée encaissée de style alpin. Des nuages noirs
s’amoncèlent derrière moi en direction du nord mais restent
à distance. Je plonge maintenant dans le grand blanc, quittant définitivement
la civilisation pour une période de sept jours. Les champs d’herbes
laissent maintenant la place à une neige dure, qui recouvre
en partie le torrent que je longe. Je fais attention de rester sur la même
rive prenant garde de ne pas emprunter de pont de neige. En fin d’après-midi
la pulka est de plus en plus lourde, elle n’est pas adaptée au terrain
de grande pente et j’espère qu’elle sera plus efficace sur le plateau.
Des rafales de vent polaire se font sentir par intermittence, il me faut
donc choisir un point de bivouac à l’abri dans un thalweg. Encore
une fois, à mon grand désappointement je n’arrive pas
à faire pénétrer les sardines dans la glace. Situé
à côté d’un cairn, j’utilise ses pierres pour fixer
l’ensemble de la tente. Une fois installé, je me prépare
un thé, fais le point topo au GPS et attends l’heure de vacation
avec ma femme. Mon désengagement est toujours possible, je ne suis
qu’à 52 km d’Akureyri et à une vingtaine des dernières
fermes isolées. Tout dépendra des conditions météo.
A 20h les nouvelles sont rassurantes. Afin de reconstituer mes sources
d’énergie, je me prépare tout d’abord une soupe en sachet,
mange un plat hyophilisé et un fruit.
18 au matin réveil à 6H30, je pense avoir fermé
l’œil 4H. Je suis emmitouflé dans mon duvet mais le froid m’agresse
le visage et notamment le nez. Rester à l’intérieur pour
mieux respirer. Les réflexes du matin commencent à s’établir,
il faut d’abord faire fondre la neige et stocker l’eau ainsi obtenue dans
le thermos pour qu’elle ne gèle pas dans la journée. Je prépare
ensuite mon petit déjeuner à base de produit complet hyophilisé
et je me force à l’ingurgiter. Le matin effectivement je n’ai pas
très faim, car c’est le moment où j’ai le plus de mal à
me motiver et où le doute s’installe. Reste ensuite la confection
du sac à dos et de la pulka avant le départ . Je continue
à m’élever dans la vallée, certaines pentes sont très
raides et je m’étonne du passage de 4x4 en été. En
fin de matinée une troupe de lagopèdes (perdrix blanches)
s’envole sur mon passage pour aller se poser sur le versant opposé
à ma progression. Je les contemple et envie leur facilité
de déplacement et leur capacité de survie dans la neige.
Vers midi je coupe par inadvertance l’axe de la rivière, j’empreinte
alors, à mon insu, un pont de neige qui s’effondre sur mon passage.
Mon ski et toute ma jambe gauche sont pendus trois-quatre mètres
au dessus de l’eau, tandis que par chance l’autre ne s’enfonce pas. Je
détèle immédiatement mon harnais pulka, dégage
celle-ci de l’axe afin de limiter le poids sur le pont. J’enlève
également mon sac que je projette de toutes mes forces le plus loin
possible et essaie de ramener ma jambe gauche enfoncée jusqu’à
la taille. Le ski m’empêche ce mouvement , je décide alors
de le déchausser en faisant attention de ne pas le faire tomber
dans la rivière. Je réussis alors à me dégager
et à m’éloigner de la zone dangereuse. J’ai un petit frisson
dans le dos, prends une photo de la crevasse en souvenir, et me promets
de ne plus couper l’axe de la rivière. Je décide également
de traverser les Highlands en évitant les glaciers, et notamment
l’Hofsjokull, pour des raisons de sécurité. En solo, les
erreurs ne pardonnent pas toujours.
Vers 13h je débouche sur le plateau, d’une altitude de 900m.
L’orientation est tout d’abord déconcertante, je n’ai aucun repère,
pas même de relief qui me permettrait de me situer. Tout est blanc
à perte de vue, la neige soufflée ne laisse place qu’à
une épaisse couche de glace. Après 4 à 5 heures de
progression à tâton vers le sud je tombe sur des traces de
ski se dirigeant vers Laugafell, source d’eau chaude mais également
refuge désert en hiver, situé environ à une dizaine
de kilomètres. Je les suis jusqu’à 18h et plante mon troisième
bivouac au milieu de la neige, à côté d’un panneau
indiquant la présence, deux mètres en dessous, d’un croisement
de pistes. J’utilise mes skis et mes bâtons pour consolider le campement,
mes piquets étant trop courts sur la neige. Auparavant, je détermine
avec précision le sens du vent afin que ma tente tunnel offre une
moindre résistance si la météo se détériorait.
J’inspecte ensuite mes pieds, crève les ampoules, les désinfecte
puis les bande d’élastoplaste. Je change également mes sous-vêtements
: une odeur d’ours commence à flotter dans l’air. Après mes
occupations habituelles, je téléphone à ma femme.
Le coup de fil est généralement bref car je compte bien préserver
les batteries que je garde bien au chaud dans mes poches durant la journée,
le froid causant leur décharge. Je lui indique mes coordonnées
géographiques pendant qu’elle me donne les prévisions
météo du lendemain, récupérées sur un
site web. Une parole de tendresse et nous nous quittons. Les appels durent
en moyenne 2 minutes. La météo me convient pour le lendemain
et je m’endors avec sérénité.
Au petit matin
LES HIGHLANDS
19 mars, au petit matin, le ciel est dégagé. Après
2h de ski j’atteins Laugafell. Il y a 4-5 baraques dispersées autour
d’une source géothermale aménagée en piscine. Tous
les bâtiments sont fermés, je ne croise pas âme qui
vive. Par contre de nombreuses traces de motoneige et de ratracks prouvent
une fréquentation du site le week-end, même en hiver. Pour
une fois que l’eau n’est pas gelée, j’en profite pour remplir ma
gourde et me laver les mains et le visage. La vue de cette source d’eau
chaude me ravigote, je repars le cœur léger vers le sud, agrandissant
l’amplitude de mes pas en faisant glisser les peaux de phoques le plus
possible. Je devine la masse de l’Hofsjokull qui se rapproche d’heure en
heure sur ma droite. Je dois la contourner et rattraper environ 50 km plus
au sud-est le tracé de la piste F26 traversant le désert
du Sprengisandur. Je me sens tout petit dans le Grand Blanc, devant ou
derrière, j’ai maintenant un horizon blanc et uniforme à
perte de vue. Le soleil est mon meilleur point de repère, il m’indique
avec plus ou moins de précision la direction du sud. La réverbération
de la neige m’oblige à porter des lunettes et à me protéger
les lèvres et le visage par des couches successives de crème
; La carte au 250 000 millième n’a pas un degré de détail
suffisant pour me permettre de voir ma progression d’heure en heure. Je
dois absolument m’adapter à la navigation par GPS. Heureusement
que la carte possède également son système de coordonnées
géographiques. Avec une petite gymnastique mentale de calcul en
hexadécimal, je peux ainsi rapidement me situer sur un carré
de 2 centimètres de côté, précision tout à
fait honorable.
Subitement, des nappes de brouillard font leur apparition, et la visibilité
devient très réduite. L’ambiance est alors beaucoup plus
tendue. En effet, je ne peux plus distinguer les thalwegs des crêtes
dans cet espace déjà si peu vallonné. J’ai de nombreux
cours d’eau à traverser, avec chaque fois le danger qu’un pont de
neige s’effondre. Je stoppe donc ma progression et attend le retour du
ciel bleu, qui, heureusement pour moi revient miraculeusement. J’ai beau
faire des tours d’horizon, plus la moindre trace de brouillard. Je savais
la météo capricieuse dans ce pays, mais pas à ce point
là !
Je skie jusqu’à environ 18h30 et fait la halte bivouac au beau
milieu du plateau, vierge de toute présence humaine. J’apprécie
ce moment et en profite pour prendre quelques bonnes photos.
La nuit, le froid est intense. Il doit faire autour de –15C°, les
fruits ont gelé et sont durs comme de la pierre. Je ne parviens
même pas à les rendre digestes après un bain- marie
de 20 minutes. ..
La nuit du 19 au 20 mars est courte. Je commence à souffrir
des hanches sur le sol et doit changer de position tout les ¼ d’heure.
Cette sensation est étrange et désagréable. Je pense
qu’elle est due aux 9 heures de ski quotidien. Le spectacle du matin est
merveilleux. Ma tente est recouverte d’une pellicule de gel, et cela lui
donne des allures dignes des romans de Jack London. Comme tous les matins,
je brosse mon sursac et mon duvet, pour enlever la condensation gelée
de ma transpiration nocturne. J’utilise également le sursac pour
sécher les vêtements utilisés la veille.
Une fois les préparatifs terminés, j’installe le harnais,
mets le sac sur le dos puis chausse mes skis. Je suis content de ne pas
être en ski de fond et j’ai confiance aussi bien dans les planches
que dans les grosses chaussures qui ne paraissent plus aussi lourdes, et
que dans mes fixations robustes. J’oriente ma boussole et prend la direction
du sud-sud-est puis, un peu plus tard, bifurque vers le sud-ouest, afin
d’éviter les cours d’eau principaux. L’Hofjokull est maintenant
dépassé et je prends en ligne de mire la masse étincelante
du Tungnafellsjokull en espérant atteindre pour le soir la zone
abri du Nyidalur. Ma progression est rapide. Toutes les heures, je fais
une pause pour boire une ou deux gorgées d’eau (je n’ai qu’un litre
pour la journée), et manger une barre de céréale.
C’est délibérément que je considère la halte
du déjeuner comme une autre. En effet, je ne veux pas sortir le
réchaud et perdre un temps précieux, préférant
me rassasier le soir au bivouac.
l’heure de s’endormir
la neige et la glace
La fin de journée approche et, la fatigue aidant, je commence
à rapprocher les pauses. Le Tungnafellsjokull est derrière
moi mais toujours pas la moindre trace de piste ou de refuge. J’ai enchaîné
sans discontinuité des lignes de crête à perte de vue.
Je me rapproche de petits volcans annoncant le début du Landmannalagar.
Après un point GPS, je constate que je progresse en parallèle
à l’axe nord-sud, mais décalé à l’ouest. Peu
importe, puisque cela raccourcit ma distance à parcourir sur l’ensemble
du raid. C’est donc avec fatalité que je monte une nouvelle fois
la tente dans le Grand Blanc. A part la trace d’un renard polaire,
je n’ai vu et entendu signe de vie de toute la journée. D’après
mes calculs, je serai à la moitié du trajet demain en cours
de journée. Je n’ai maintenant plus le choix, il faut aller jusqu’au
bout. Les nouvelles météo sont maintenant moins réjouissantes
et ma femme m’annonce une dégradation certaine pour vendredi 22
et samedi 23. J’espère pouvoir me désengager rapidement,
en essayant de couvrir de plus grandes distances. Demain je me lèverai
donc une heure plus tôt.
Jeudi 21 mars, l’annonce du printemps. C’est l’équinoxe, parfait
équilibre entre le jour et la nuit. Le soleil va ensuite s’imposer
progressivement pour être quasiment continu fin juin. La température
commence à augmenter et mon duvet à s’humidifier. Je décide
d’enlever le sursac goretex au prochain bivouac afin de faciliter l’évacuation
de la transpiration nocturne. Cela s’avèrera un bon choix. Un sac
de couchage en synthétique, même s’il offre théoriquement
une protection thermique moins efficace, semble préférable
pour les raids longue durée, car il supporte mieux l’humidité.
En effet, un duvet plume d’oie est très chaud tant qu’il est sec,
par contre les plumes se collent et forment des boules sous l’action de
l'humidité. Il perd alors toute son efficacité.
Neige ou soleil
Un long chemin
J’ai rejoint maintenant les traces de la piste d’été F26.
Je suis des piquets rouges plantés dans la neige et espacés
d’environ 100 à 200 mètres. Le paysage devient moins plat
et je me rapproche de la zone des lacs que je dois traverser. Au fur et
à mesure de ma progression vers le sud, je perds en altitude. Je
suis maintenant à une altitude de 600-700 mètres, et je constate
que le manteau neigeux et beaucoup moins épais. Je suis des traces
de motoneige, il serait tout à fait possible que j’en croise une
avant le coucher du soleil. Je peux maintenant voir la pierre noire du
Sprengisandur, sur les zones soufflées par le vent et dégagées
de toute neige.
On pourrait croire qu’une telle équipée, isolée
et loin de la civilisation, est propice pour penser et se remettre en question.
Ce n’est pas le cas. La concentration des efforts est portée sur
le choix de l’itinéraire qui doit nous éviter tout dénivelé
inutile, mais également sur l’amplitude des pas et le glissement
des peaux de phoque. La qualité de la neige est un facteur important
: si elle est trop molle, elle ralentit la progression à cause de
la pulka, si elle est cassante, les skis s’enfoncent et me freinent. Cette
concentration s’accentue encore sur les champs de glace. Une chute pourrait
entraîner une blessure, forçant à l’abandon. Je cherche
en fait une neige dure, lisse de toute aspérité, afin d’allonger
mes pas et faire glisser le traîneau sans effort supplémentaire.
Mes lèvres, mais surtout mes narines commencent à se
crevasser. Le stick, la crème solaire et les lunettes de glacier
sont vraiment indispensables pour lutter contre la réverbération.
Je me protège régulièrement afin d’éviter que
les gerçures ne se creusent et que la douleur ne s’amplifie.
La nuit approche, il me faut planter la tente. Chaque soir, j’applique
la même méthode maintenant bien rôdée : tout
d’abord je détermine avec précision l’axe du vent, pour que,
une fois montée, la tente offre une moindre résistance. J’enfonce
ensuite mes deux skis dans la neige jusqu’au niveau des fixations. Je fixe
deux coins de la tente à l’aide des lanières de sécurité
des skis. Ensuite, je déploie les deux arceaux de la tente tunnel
et les enfile avec précaution dans les coutures prévues à
cet effet. Ces 2 tiges sont constituées de tubes en aluminium creux,
reliés par un élastique, qui, probablement à cause
du froid et de l’humidité, à tendance à s’allonger
et à perdre sa force de rappel. Il m’a fallu les rafistoler et les
couper plusieurs fois afin qu’ils remplissent toujours leur fonction. Une
fois les arceaux en place, je prend ma pelle, et fait deux trous dans la
neige pour y insérer mes deux bâtons. Ces 2 piquets solidement
amarrés servent alors à tendre la tente du côté
ouverture. Ne reste plus qu’alors à positionner le double toit,
fixé sur ces 4 mêmes points d’ancrage. Enfin je recouvre toute
la toile à pourrir de blocs de neige pour que le vent ne puisse
s’insérer entre le double toit et le corps de la tente. Il ne reste
plus qu’à m’occuper de mes pieds, de plus en plus agressés
par la longue marche, et de me préparer le repas principal du soir.

le Grand Blanc des Highlands
Vendredi 22 mars.
La météo n’est pas bonne ce matin. Le vent souffle fort.
Je fais un effort pour tout de même sortir du duvet. Je constate
alors que le vent ne doit pas dépasser les 60 km/h, il ne m’empêchera
donc pas de progresser. Je démonte mon campement sous un ciel gris
et continue ma progression. Le pas est tout d’abord léger et plein
d’énergie. J’allonge les foulées au maximum. Vers midi, la
fatigue commence à se faire sentir, et j’alterne plus souvent avec
des pauses de 5 minutes. Les poteaux indiquant la F26, sont maintenant
beaucoup plus nombreux. Sauf brouillard intense, il m’est impossible de
me tromper de route. J’avance dans la bonne direction en observant régulièrement
les changements du ciel. Bien que lourd et chargé, aucune tempête
en vue. Je compte établir le bivouac à environ 100 km du
point prévu d’arrivée : le village de Hella.
Toujours aucune trace de vie. Je commence à m’habituer à
cette solitude. La météo reste mon inquiétude principale.
Je devine au loin des précipitations sous d’énorme nuages
noirs. La piste apparaît à nue à certains endroits.
Le manteau blanc se tachète progressivement de pierrier noir, caractéristique
du Sprengisandur en été. La neige devient lourde, et se transforme
en eau. Signe révélateur, mes fruits dégèlent,
et je peux, avec grand plaisir les consommer durant les haltes. Régulièrement
, je me protège les ailes du nez qui en fait me seront douloureuses
jusqu’à mon retour en France. Le vent devient de plus en plus fort,
je constate qu’il gêne ma progression. Heureusement, il ne souffle
que par intermittence. Je croise sur ma route une station service fantôme,
et la voilà déjà derrière moi, comme un rêve
irréaliste. 18h30, il me faut stopper et monter la tente.
LE BLIZZARD
Samedi 23 mars
La pluie est surprenante en Islande. Elle transperce les vêtements
les plus imperméables pour venir vous refroidir les os. La neige
est vraiment préférable, notamment pour les raids de longue
haleine, puisqu’il suffit de brosser les vêtements pour la faire
tomber….néanmoins, ce n’est pas la pluie qui fut la surprise la
plus désagréable du moment. La nuit a été un
enfer, le vent a hurlé tellement fort qu’après un réveil
en catastrophe, j’ai du préparer en toute hâte un sac de survie
au cas ou la tente exploserait sous les assauts répétés
des rafales. J’ai eu l’impression que je pouvais décoller. Les arceaux
se contorsionnaient dans tous les sens mais ont tenu bon. Leur souplesse
est leur atout principal, La Fontaine l’avait bien remarqué : «
le roseau plie mais ne rompt pas ».
double toit arraché
moment de folie
Après cette nuit de cauchemar, je pense devoir me calfeutrer
pour la journée. Mais la météo, dans un élan
de faux répit, me donne l’impression que la tempête est terminée.
Je décide donc de démonter le campement et de reprendre la
route. D’après mes calculs, il me reste deux bivouacs avant d’atteindre
Hella. La première heure de progression se déroule le long
de la piste glacée, à bonne allure. Puis le vent recommence
à souffler du sud-est et monte rapidement en puissance. Subitement,
le ciel se dégage au dessus de ma tête, alors que les nuages
sombres entourent toujours l’horizon. J’ai alors l’impression d’être
pris dans un cyclone. J’ai du mal à avancer et même à
tenir debout sur mes skis, bien que le vent me vienne de quart arrière.
Je sens, sous les coups des rafales, la peau de mon visage vibrer et
mes oreilles bourdonner. J’ai la sensation de me retrouver en chute libre,
lors d’une séance de saut en parachute. Au loin, je repère
un pont à environ 500 mètres devant moi, et décide
de l’atteindre, en espérant trouver un mur ou un relief pour me
protéger en attendant le retour à une situation normale.
Après plusieurs pauses pour y parvenir, je parviens au pont, sous
lequel coule une large rivière, aux eaux chahutées par la
tempête. Ne trouvant aucun refuge, je décide de le franchir
à tâtons lorsque une rafale, plus puissante que les autres,
renverse la pulka et m’entraîne corps et biens vers la rivière.
J’ai l’impression d’être dans une énorme soufflerie et reste
plaqué contre le sol. Si je me lève, j’ai la sensation d’être
poussé vers l’eau tumultueuse. Avec un ultime effort, j’atteins
en crabe la berge d’en face, sors ma pelle et fait immédiatement
un trou dans la neige pour m’y abriter. Je reste en attente à cette
endroit pendant une bonne heure. Je suis en fait totalement éberlué
par la puissance de ce vent équivalent aux cyclones de la l’île
de la Réunion, à une altitude si proche du sol. Progressivement,
celui-ci tombe, et je décide finalement de repartir pour essayer
d’atteindre ma zone bivouac au sud du lac Porisvatn.
Un peu plus tard, je croise des véhicules tout terrain, sans
doute en sortie pour le week-end. Je leur fait signe de la main, mais malgré
leur probable surprise de me voir dans ce no man’s land, aucun ne s’arrête.
En pestiférant sur ces maudits raiders, je franchis la zone
longeant le lac, pour constater que la F26 descend dans la vallée
à une altitude de moins de 500 m.
Je note dans le paysage la présence d’une énorme usine
hydroélectrique au pied du barrage du Porisvatn. Je quitte les terres
inhabitées pour retrouver la civilisation. La progression à
ski devenant impossible, par manque de plaques de neige qui devenaient
minoritaires par rapport aux portions de champs de lave et de cailloux,
je dois me rendre à la raison : ma traversée nord-sud s’arrêtera
ici. Vers 17h, je téléphone au viking de la Police d’Akureyri,
lui demandant de m’envoyer un véhicule sur ma position, en lui précisant
le caractère non urgent de ma demande, lui expliquant que je peux
bivouaquer sur zone. Je lui confirme également que la piste est
dégagée de toute neige. Il me demande de le rappeler, et
j’en profite pour avertir ma femme de ma prochaine récupération.
Finalement, aux environs de 19h00, un 4x4 monté sur d’énormes
roues rejoint ma position. Deux gaillards en sortent ; ils me disent qu’ils
arrivent de Hella, 60 km plus au sud. Nous chargeons la voiture sous un
crachin breton, puis je quitte définitivement le désert du
Sprengisandur. La chaleur de la voiture est douce et m’endort presque.
Je fais tout de même l’effort de tenir la conversation à mes
hôtes. La neige disparaît rapidement du paysage pour laisser
place aux marécages de boue, et aux rivières gorgées
d’eau. Durant le trajet, ils me disent avoir acheté leur véhicule
en Allemagne, que celui-ci peut traverser le Groenland et même mener
des raids en Antarctique ! L’équipement intérieur est complet
; il y a un GPS de bord, sur lequel je repère mon point de récupération,
une radio et même un téléphone satellite. 40
minutes plus tard, nous arrivons à Hella. Je quitte mes coéquipiers
au niveau de la Guesthouse du village. J’ai encore du mal à réaliser
un retour si rapide à la civilisation…Je suis accueilli chaleureusement
par le couple tenancier, puis rejoins ma chambre, pour me reconditionner.
N’ayant plus l’habitude de la chaleur, je ne parviens à m’endormir
qu’à deux heures du matin.
LE RETOUR
PENSEES
Dimanche 24 mars.
Il me faut réorganiser le matériel, et organiser mon
retour parmi les miens. L’aventure se termine dans cette chambre collective
dont je suis le seul locataire. D’après mes renseignements, un bus
doit me ramener sur Reykjavik à 17 h. De là, je regagnerai
directement la petite ville de Keflavik, pour négocier mon billet
à l’aéroport.
Je pense alors à mon périple, il me semble que je sors
tout juste d’un rêve. Il est clair que ce n’est pas le lieu d’expédition
qui envoûte le plus mais plutôt l’envie de se découvrir
par soi-même et la possibilité de pouvoir se jauger. Il est
vrai qu’à l’époque d’internet, on parcourt le monde à
toute vitesse, en naviguant de site en site. Néanmoins, le web n’étanchera
jamais la soif d’aventure, et se trouver physiquement face à l’obstacle
restera toujours le seul moyen de savoir si l’on peut le franchir. Mon
expérience islandaise est bien différente des autres sur
un point pourtant : le fait d’être seul. Cela peut paraître
anodin au lecteur qui a déjà sans doute lu les exploits de
Jean Louis Etienne au pôle sud ou de bien d’autres. Seulement, force
est de constater que seul face aux éléments, toute réaction
est modérée et va dans le sens de la survie et non de l’exploit.
Ce n’est pas la peur qui pousse à réagir ainsi mais plutôt
une prudence naturelle et saine, un instinct de préservation des
plus primitifs mais aussi des plus bénéfiques. Les
épisodes de la crevasse et du blizzard ont en fait renforcé
ma volonté de réussir et de signer cette traversée.
Une fois de plus, je constate que la chance est primordiale, c’est même
l’atout majeur de tout aventurier. Le jour ou la baraka le quitte, malheur
à lui !

Seul
Qu’apporte une aventure en solo ? Elle est un puissant révélateur
des forces et des faiblesses de l’homme. Elle apprend le courage et l’humilité,
c’est une école de la vie.
LE BLUE LAGOON
Lundi 25 mars, Hôtel de Keflavik.
La journée est consacrée à la visite du «
Blue Lagoon », source géothermale artificielle qui fait la
joie des touristes et des Islandais en week-end. J’en profite pour me promener
et prendre mes dernières photos de ce pays, terre de tempête.
Mon billet est négocié. Je prends l’avion demain matin pour
Nice, via Copenhague. Je prends un bain dans une eau à plus de 35°C
pendant plus de 4 heures, tantôt sous la grêle, tantôt
sous le soleil au gré de la météo islandaise. J’en
profite pour soigner mes pieds meurtris par le raid et pour me relaxer
totalement l’esprit.
Je quitte l’Islande sans regret et avec une certaine fierté,
en remerciant ce pays au climat si capricieux et aux visages si extrêmes
de m’avoir laissé le traverser, de m’avoir souri tout en m’ayant
montré sa force.
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| Le blue lagoon |
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un bain merveilleux
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