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| Spitzberg : traversée à ski Isfjord - baie du Roi |
200 km à ski dans les immensités arctiques
L'équipe :
Raphaël Lévy (25 ans) et Violaine Sée (27 ans)
Ses motivations :
Au printemps 2000, nous avons organisé un voyage ski-voile à l'extrême nord de la Norvège. Ce voyage qui alliait navigation sur un voilier de 14 m, et sommets en ski de randonnée, nous a enthousiasmés. Nous projetions de repartir sur le même principe ski-voile au Spitzberg avec nos amis marins, mais il s'est avéré difficile de concilier les périodes de bonnes conditions de navigation (débâcle de la banquise) et celles de bonne condition de neige (en été, il ne gèle plus, et la neige est trop molle). Par ailleurs le Spitzberg se prête mieux à un isolement dans les terres. Nous voulions un engagement plus fort et un isolement digne de l'Arctique.
Nous sommes donc partis à deux en totale autonomie pour 16 jours de traversée dans les terres polaires, désertiques et froides. Là-haut, notre regard a porté plus loin que jamais, il a découvert l'association magique de la glace, de la mer et de la lumière.
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Dimanche 21 Avril Strasbourg-Paris-Oslo-Longyearbyen
Décollage d'Oslo a 21h40, il fait nuit;
arrivée à Longyearbyen à 00h40, plein soleil, -20°C.
Atterrissage saisissant : Isfjord en débacle,
montagnes éclairées par une lumière superbe... Ca
nous met bien dans l'ambiance.
Lundi 22 Avril Le vrai départ
Formalités chez le Gouverneur. Location
du fusil et de la barrière anti-ours (trip-wire with flares). Achat de l'essence pour le réchaud, réservation de 2 motoneiges + guide pour nous déposer à Tempelfjord en fin d'après-midi. Préparation des pulkas,
16h00, le VRAI départ en motoneige
pour Tempelfjord (Murdochelva). Il fait grand-beau et très froid 17h30, les motoneiges nous déposent
et s'en vont, nous voila seuls, à deux, entourés par des
kilomètres carrés de neige et de glace. Nous marchons 3h00
(3 km): montée de Burn-Murdochbreen. C'est beau et impressionant;
les immensités nous dominent...
Mardi 23 Avril ; Prise de contact avec
le désert arctiques
Suite de la montée de Burn-Murdochbreen
jusqu'à un col à 550m, puis descente sur Gypsdalen par Boltonbreen.
(14 km). Temps toujours splendide, pas un seul nuage, ça se réchauffe:
-20°C, sans vent.
Mercredi 24 Avril ; Premier sommet
Suite de la vallée de Gypsdalen, pause
pique-nique vers 14h30 sur un caillou au soleil, puis montée de Florabreen. La neige est bien dure, les pulkas semblent légères.
Montée jusqu'au col à 550m, ça monte dur ! Arrivée au col vers 19h00, on pose les pulkas et nous partons pour un petit sommet : le Minkinfjellet (1018 m). Arrivée
à 22h00 au sommet ; la vue est phénoménale : à 360°C, des montagnes splendides éclairées par un soleil du soir ; les ombres sont gigantesques, les lumières magiques. Vue sur la calotte Lomonossov, sur Billefjord... Nous dominons des kilomètres de montagnes enneigées éclairées par une lumière
incroyable que seule la "nuit" polaire peut nous offrir. Descente, puis montée du camp au soleil, -23 °C sans vent. C'est extraordinaire.
Jeudi 25 Avril; Aujourd'hui, ça sent l'ours
Longue descente sur Billefjord, les nuages
s'épaississent doucement. Nous croisons des traces de pas d'ours
toutes fraîches ; le seigneur de ces lieux n'est pas loin. Nous n'osons
pas trop faire de pause pique-nique dans les parages. Traversée
de Billefjord (Adolfbukta, puis Petuniabukta), encore des traces d'ours,
toujours aussi fraîches, 5 fois nous croisons son itinéraire...
La pression monte, nos têtes sont de véritables girouettes,
où est-il celui que nous redoutons tant ? Il reste caché,
nous ne le verrons pas, tant mieux !
Nous nous arrêtons vers 22h00 au bord
de la plage dans Pétuniabukta (20 km). Le doux bruit des vagues
est remplacé par les craquements de la banquise. Vers 1h00 du matin
le vent se lève sérieusement, la neige est soufflée
entre le double toit et le toit intérieur de la tente, c'est très
impressionnant.
Vendredi 26 Avril ; Première tempête
Le matin, c'est toujours la tempête;
ça ne donne pas envie de sortir de la tente... Départ 16h00
pour rejoindre Horbyebreen (300m de dénivelée, 10 km), arrêt
vers 22h00. Le temps est tout gris, mais il n'y a plus du tout de vent.
Samedi 27 Avril ; Le temps spitzbergien
par excellence
Il neige (pas longtemps, nous sommes dans
un désert)! Départ vers 12h30, montée du glacier Hoelbreen
jusqu'au col à 700m. Il fait tout gris, mais peu froid et il n'y
a pas de vent. Descente sur Hugindalen par Stensiöbreen presque jusqu'au
fjord.
Dimanche 28 Avril ; De cap Nathorst à cap Smith
Aujourd'hui ça sent le phoque. Toujours nuageux avec quelques rares rayons de soleil très timides. Traversée de Dickson fjord coincé sous une mer de brouillard. Les cailloux posés sur la banquise, qui semblent bouger ne sont pas une hallucination mais des phoques qui plongent dans leur trou dès qu'ils nous voient arriver. On monte le camp au niveau du cap Smith à 21h30 après 17km.de marche.
Lundi 29 Avril ; l'extase
Vent à décorner les rennes ! Nous payons la brusque
variation de pression par un vent violent, mais le beau temps se profile et le ciel bleu domine. Notre progression est difficile et désagréable, bien que le soleil nous réserve des paysages et des lumières magnifiques. A 17h30, le vent tombe enfin. Le paysage est grandiose, plus
un nuage, tout est calme, et les montagne apparaissent dans une grande beauté. Les arêtes de neige sont ciselées comme peuvent l'être les dunes de sable, les parois de neige se découpent avec une grande précision dans le ciel bleu ; nous sommes fous de toute cette beauté qui s'offre à nous après 2 jours de gris et tout ce vent. Nous arrivons à la baie de Tolmo, c'est tellement beau et la météo est maintenant si bonne que nous décidons de traverser le fjord encore cette "nuit". Nous savons que nous en avons pour environ 5h de marche, mais après tout, nous ne sommes pas pressés d'arriver, nous n'avons aucune contrainte
d'aucune sorte, la nuit ne tombera jamais. Les pétrel fulmar (oiseau des tempêtes) nous accompagnent de leur vol gracieux, ils jouent avec l'air et la neige sous nos yeux émerveillés par tant de splendeur. La traversée du fjord Ekmann est un grand moment : nous sommes seuls, entourés de montagnes au couleurs splendides, aux lumières et aux contrastes saisissants, nous avançons face au soleil qui nous offre ce spectacle grandiose. Jamais nous n'avons
pensé que nous verrions des paysages aussi imposants, que ces immensités arctiques seraient si colorées, que nous étions si petits. Les dunes de neige colorées par le soleil, les oiseaux dans un ciel à peine orangé, le désert arctique n'a pas fini de nous étonner et de nous émouvoir.
Mardi 30 Avril ; Les moraines cahotiques
Nous envisagions un sommet au dessus du camp (le Colosseum), mais les quelques nuages qui envahissent rapidement le ciel nous font renoncer : à quoi bon monter si on n'a pas la vue à plusieurs kilomètres. Nous avons bien fait, en moins d'une heure il fait tout gris. Nous entamons une traversée de moraines cahotiques par fond blanc. On n'arrête pas de monter et descendre, c'est fatigant et ça n'avance pas. Si au moins on n'y voyait quelque chose on pourrait optimiser notre itinéraire
et passer entre les bosses! On rejoint finalement le glacier (Selströmbreen), on contourne la rimaye (énorme), le ciel s'éclaicit.
C'est le jour du test du téléphone satellite (environ
mi-parcours). Nous appelons la France en 4ème vitesse pour économiser les batteries. Ca marche, c'est incroyable : perdus au mileu de rien, nous pouvons appeler nos parents, c'est fou !
Mercredi 01 Mai ; Le Grand Blanc
Brouillard, et neige mouillée. La neige est lourde et les pulkas difficiles à tirer. Raphaël m'allège de 4 litres d'essence et d'un peu de matériel, mais c'est quand même dur ! Je croyais qu'on avait mangé notre pain dur hier dans les moraines et que maintenant ça allait avancer facilement, mais non, ça n'avance toujours pas ! Et ce maudit col du Roi qui est encore à des kilomètres, et cette neige mouillée qui n'arrêtepas de tomber (je croyais que le Spitzberg était un désert avec très peu de précipitations, tu parles !), et ces pulkas qui pèsent des tonnes, et cette visibilité toujours plus mauvaise, et ce vent qui se lève (ah non pas lui ! comme si on n'en bave pas assez comme ça !). A 22h30, on déclare forfait. Nous montons le camp au pied du Niesserfjellet, après 11 km de marche. Et puis, comme ça ne suffisait pas, le réchaud s'encrasse par de la neige soufflée et tombante ; impossible de le faire démarrer. Nous nous couchons mouillés et dépités sans manger. Mais qu'est ce qu'on est venu fiche dans cette galère...
Jeudi 02 Mai ; La grande descente
Au réveil, toujours le grand blanc, mais au moins le vent s'est calmé et la neige s'est arrêtée de tomber. La
température a un peu chuté et la neige est donc moins lourde, ça s'arrange. Maxi petit déjeuner composé de nos lyophilisés de la veille, nous voilà prêts à démarrer. Nous
montons doucement mais sûrement, toujours dans les nuages, j'attends impatiemment une indication positive de l'altimètre sur la pression atmosphérique, mais elle est invariablement basse, tant pis! Environ 100m sous le col du Kongsweg (kongsweg passet, "route du roi", ou "voie
royale"), le soleil éclaire timidement les nuages, et nous offre une luminosité magnifique. Nous faisons une pause pique-nique vers 18h30, le soleil se bat comme un fou contre cette épaisse couche de nuage, ce qui nous vaut de très belles lumières, et d'un coup, hop le ciel bleu apparaît, les nuages sont pulvérisés en 10 minutes, le soleil a gagné sa lutte acharnée contre cette masse blanche, et le bleu commence a gagner du terrain. Derrière
nous apparaissent les immensités que nous avons traversées
dans le brouillard, quelques nuages sont encore accrochés aux pics de neige, jouant a cache-cache avec le soleil, c'est beau.
Nous traversons le col (1 km), à notre gauche la cape du
roi (sommet imposant éclairé par le soleil, à droite
une vallée prise dans une tempête de neige et face à
nous apparaissent progressivement des montagnes sculptées comme des sommets himalayens, brillant de mille lumières, éclairées par un doux soleil. La descente finale commence, au fond à 25 km de là, apparaît l'océan, et face à nous se découpent des arêtes de neige et de rochers extrêmement pointus et ciselés, c'est d'une rare beauté.
Ces couleurs et ce soleil nous donnent une pêche incroyable, et si nous descendions jusqu'à l'océan en marchant toute la nuit ? Finalement le froid, la brise et la fatigue nous raisonnent, l'océan sera pour demain. Nous montons le camp après 19 km de marche, la tente est chauffée par le soleil, c'est doux de s'endormir
après une telle journée.
Vendredi 03 Mai ; l'apothéose
Suite de la descente du Kongsvegen. Il fait grand beau, pas un souffle de vent. Le fjord du roi nous tend les bras, là en bas à une bonne vingtaine de kilomètres. On distingue clairement l'océan avec une partie blanche prise par les glaces et une partie bleue. Quelle allure ça doit avoir de près ! Nous avons hâte d'arriver. Les sommets qui nous entourent sont impressionnants et cette descente est
vraiment fantastique, elle est loin la tempête des 2 jours précédents, l'anticyclone est à nouveau installé. Notre glacier croise le Kronebreen, "glacier des couronnes", qui est contrairement au notre complètement impraticable car constitué de séracs. Je n'ai jamais vu un glacier si cahotique. Nous faisons un petit détour pour mieux voir les séracs, et nous arrivons finalement à l'océan à 20h30 (22 km de marche). Et là c'est fou ! des séracs gigantesques qui se jettent dans l'océan encore pris par les glaces, le soleil qui éclaire la glace bleutée des séracs, au fond des sommets splendides (les Tre Kroners, ou 3 couronnes) et la baie du roi avec ses sommets escarpés, toute éclairée par une lumière magique. Nos yeux semblent trop petits pour tout voir, notre tête trop petite pour se souvenir
de toutes ces couleurs, ces contrastes, ces montagnes, et cette magie polaire.
Samedi 04 Mai ; la plage
Aujourd'hui c'est jour de repos et balade sur la plage ! Il nous reste 4 jours avant de prendre l'avion à Ny-Alesund et environ 15 km à parcourir à plat, ça laisse de la marge. Il fait encore grand beau, nous longeons le bord de mer en direction de Ny-Alesund. La vue sur le Kongsbreen et la banquise en débâcle nous ravissent. A peine arrêtés, nous entendons des craquements et des grincements. Petite vérification, sommes nous bien sur la plage et non sur la
banquise ? Oui pas de problème, nous ne risquons pas de tomber dans l'eau. Mais alors d'où vient ce bruit ? Suite de notre étonnement : la banquise à côté de nous se soulève, et c'est ce mouvement qui crée ce bruit étrange. En regardant bien, nous voyons tout l'horizon bouger, la banquise entière ondule avec les vagues "sous-banquisiennes" que nous entendons s'échouer sur la plage. Tout bouge de tous les côtés, c'est phénoménal, c'est comme si la banquise respirait. Ca donne le mal de mer de voir la
glace bouger comme ca, et le bord qui n'en finit pas de monter et descendre et de craquer. Quel spectacle incroyable. Mais rien n'est encore cassé, toute la couche de glace est intacte. Il nous faut nous avancer encore
pour voir le front de la banquise. Plus loin, nous apercevons des blocs de glace qui se fragmentent, nous montons sur les moraines pour mieux profiter du spectacle de la banquise en pleine débâcle. Nous croisons
des rennes qui sont bien moins peureux que les phoques et des centaines d'oiseaux en tous genres. Nous montons le camp dans les moraines, non loin de l'océan après avoir parcouru 6km !
Dimanche 05 Mai ; La débâcle
Nous laissons le camp pour la nuit suivante. Nous avons failli partir pour un sommet, mais finalement nous avons préféré la quiétude du bord de mer, pour reposer nos pieds douloureux (surtout ceux de Raphaël). Nous avons traîné au bord de l'eau, et cette fois c'était bien de l'eau, toute la glace que nous avions vue la veille s'était envolée (ou plutôt disloquée puis partie en dérive) pendant notre sommeil, et une étendue bleue turquoise dans laquelle se reflétaient les magnifiques sommets de la baie du roi s'offrait à nous. Quelques gros blocs de glace encore échoués traînaient çà et là, brillants de leur pureté blanche au soleil. Le spectacle est saisissant
de beauté.
Lundi 06 Mai ; Ny-Alesund
Le temps est gris, mais peu importe, il nous reste environ 7 km pour rejoindre Ny-Alesund. Nous arrivons vers 15h00 dans un village fantôme. Il n'y a pas âme qui vive, l'unique boutique est fermée, l'unique café aussi. La saison touristique n'a pas encore commencé, et les quelques chercheurs paumés au fin fond de la côte ouest du Spitzberg sont bien cachés derrière leurs ordinateurs. Nous repérons la piste de l'avion qui est censé nous ramener dans 2 jours. Qu'allons faire 2 jours ici où il n'y a rien à
faire et personne à qui parler ? Y aura-t-il vraiment un avion dans ce coin reculé du monde ?
Nous croisons finalement 3 Norvégiens aussi paumés
que nous, qui s'engouffrent dans une bâtisse, je propose de les suivre. Miracle, c'est habité, chauffé et c'est justement ici qu'il faudra se présenter pour prendre l'avion. Nous sommes tout de suite
repérés : les 2 français qui ont réussi la traversée, les gens nous savaient par là, les motoneiges nous ont vu faire les touristes au bord de la plage. Et des touristes il
n'y en a pas tellement à cette période de l'année. "Il y a un avion supplémentaire qui part dans 2 heures, ça vous intéresse ? " Et comment ! " Nous décollons à 18h00 sur une piste enneigée à bord d'un avion à hélice de 14 places, face au Kongswegen. Nous sommes seuls avec les 2 pilotes.
C'est fantastique de survoler toutes ces montagnes que nous avons traversées. Encore un grand moment, dire que nous pensions que c'était fini...
Il fait grand beau à Longyearbyen. Nous trouvons à
nous loger à Nybyen.
Mardi 07 Mai, Départ avancé. Nous rendons
le fusil, puis changeons nos billets d'avion pour rentrer le jour même. Nous avons bien profité, notre objectif est atteint et surtout, notre petite Garance nous attend...
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