Alimentés par un générateur,
quelques météorographes datant des années 60 retracent
les plongées nocturnes de température. Youra relève
les données sous abri et à ciel ouvert, puis enclenche son
émetteur pour les transmettre en morse à Irkoutsk. «
Ma femme Natacha et moi, nous nous relayons toutes les trois heures, nuit
et jour et par tous les temps, pour transmettre nos mesures à la
tour de contrôle. Les indications météo du Baïkal
sont essentielles pour la navigation aérienne. Nous travaillons
ici depuis sept ans. A deux nous gagnons 2 000 roubles (76 euros) par mois.
La vie est très dure. Nous n’avons ni eau courante, ni téléphone.
Mais je ne quitterais l’île d’Olkhon pour rien au monde. Je ne trouverai
nulle part ailleurs autant de calme et de beauté. »
Moscovite
arrivé à Olkhon voici dix-huit ans, Nikita Bencharof soutient
de tout cœur les efforts du maire du village de Khougir pour développer
le tourisme sur l’île. Installé à la sortie du village,
ce pionnier du tourisme a accolé à sa propre maison deux
constructions de bois et propose une dizaine de lits aux voyageurs. Dans
la grande cuisine collective, sa femme prépare l’omoul (poisson
du Baïkal) mais aussi l’omble et le livaret. La spécialité
du lieu reste néanmoins les pelmeni, raviolis farcis de poisson.
« L’île d’Olkhon est le plus beau site du Baïkal, et le
tourisme constitue la meilleure issue pour la population », affirme
l’aubergiste.
Comptant
parmi les deux seules variétés de phoques d’eau douce répertoriées
dans le monde, le nerpa constitue l’une des curiosités du lac. Il
descendrait du phoque annelé de l’Arctique et se serait progressivement
adapté aux conditions climatiques du Baïkal. Disséminés
sur toute la surface du lac, les nerpas disposent d’un sanctuaire sur les
îles Ouchkany, qui constitue la seule partie classée «
réserve nationale » du Baïkal. L’été, ils
s’y regroupent en troupeaux et se dorent au soleil en toute sérénité.
Car le temple du lac a son gardien : Youra Boudiéva qui occupe la
station météorologique d’Ouchkany. Surnommé «
le roi d’Ouchkany », il vit sur l’île depuis plusieurs décennies
en compagnie de sa femme et de son père. Seuls habitants de l’île,
chaque rare passage de bateau constitue leur unique lien avec le reste
du monde.
A
l’extrême sud du lac, les sources chaudes de la station thermale
d’Archan constituent le point de ralliement des riverains, convaincus des
bienfaits de l’eau soufrée jaillissant à plus de 30°.
Chaque visiteur noue un ruban au tronc à titre d’offrande aux esprits.
La forêt tout entière est ainsi couverte d’étoffes
multicolores, témoignage des croyances chamanistes encore solidement
ancrées au bord du lac. Cette religion vieille comme la nuit des
temps attribue une âme à chaque être vivant. Pour ses
riverains, celle du Baïkal est la plus sacrée de toutes.
Perle
de Russie, le Baïkal offre aux voyageurs le spectacle prodigieux d’une
mer de glace bordée de toundra. En traîneau, en kayak, en
bateau ou à pied, la découverte de la « mère
de tous les lacs » constitue un voyage inoubliable, à condition
de se préparer à des conditions météorologiques
parfois difficiles.
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