Il
s'agit d'une mini-expé que j'ai organisée en ayant recours
à GNGL pour une partie de la logistique.
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Dimanche
10 mars 2002
Arrivées
vendredi soir à Reykjavik nous avons passé la journée
d'hier à faire les derniers préparatifs. Nous avons rencontré
Einar, un guide islandais qui nous a fait un bon breefing sur le trajet
à suivre. Nous sommes restées deux nuits à l'auberge
de jeunesse et prenons aujourd'hui le bus pour Akureyri. Départ
à 15h de la gare routière de Reykjavik, arrivée à
21h à Akureyri.
Le soir
même nous avons la chance de voir une superbe aurore boréale
juste au-dessus de la ville. Nous en verrons d'autres dans les jours suivants
mais aucune n'avait la luminosité de celle-ci, malgré les
lumières parasites de la ville.
Sven,
un guide islandais nous emmène en 4x4 vers le point de départ.
L'enneigement est bon et il nous dépose près de la dernière
maison au fond de la vallée. Il nous a précisé que
nous sommes les premières à faire la traversée cette
année et qu'il n'y a aucune trace. Ca monte très fort sur
les flans du Tungnafjall, ce qui n'est pas une mince affaire avec une pulka
bien pleine ! Il faut monter de 200 à 900 m.
D'ailleurs
à propos, combien elles pèsent vos pulkas me direz-vous?
Eh bien comme nous avons pesé jusqu'au dernier gramme je peux vous
dire ça.
Ca fait
environ 35 kg par pulka, dont 18 kg de rations alimentaires qui vont diminuer
au fil des jours.
Mais
revenons à la montée sur le Tungnafjall. C'est trop raide
pour les skis, il faut déchausser. Bientôt nous arrivons à
la hauteur d'une ancienne piste vaguement visible. Nous l'avions repérée
depuis la vallée et nous décidons de la suivre car elle offre
en effet le meilleur cheminement. Par endroit c'est bien ferme, voire gelé,
et le poids de la pulka tire magistralement vers le bas. Nous mettons les
crampons et constatons immédiatement leur efficacité. Nous
avions hésité à les emmener mais finalement il nous
servent dès le premier jour ! (Nous n'en aurons cependant plus besoin
ensuite).
Ca commence
bien, si déjà le premier jour nous ne trouvons pas le refuge...
Nous pensons même l'avoir dépassé sans le voir et comme
il commence à faire sombre et un peu frais (-15°C) nous envisageons
vaguement de monter la tente. Mais je ne m'avoue pas encore vaincue et
je persiste. Mais ce bloc que je vois là-haut sur la butte s'avère
bel et bien être le refuge de Bergland et ce n'est pas sans plaisir
que nous nous y installons. Il fait quasiment nuit, c'est l'effervescence
pour trouver la frontale que nous n'avons évidemment pas pris la
peine de repérer lors du rangement ce matin. On ne sait même
pas dans quelle pulka elle est planquée, la vilaine. En attendant
on se contente des bougies car j'ai tout de même l'habitude d'avoir
toujours un briquet en poche.
Comme
nous avons payé d'avance les nuitées on nous a bien confirmé
que nous pouvions nous servir du chauffage. Dans ce refuge il y en a deux,
mais ni l'une ni l'autre n'avons jamais vu ce genre de chauffage, d'ailleurs
nous le voyons à peine puisqu'il fait nuit. Nous ne sommes pas de
la lune mais vraiment les poêles à mazout et à gaz
islandais ça nous pose une colle pour l'heure. On aurait pu nous
prévenir et nous donner quelques indications tout de même.
Et de râler contre les guides qui ont oublié de nous éclairer
sur ce point...
Nous
préparons d'abord à manger puis Brigitte retourne ausculter
l'un des chauffages, avec la frontale qui est sortie de sa cachette entre
temps. Et bientôt on entend des bruits puis un cri de victoire. Ca
y est ! Elle a mis en route le chauffage à gaz, bravo. Enfin, disons
qu'elle a appuyé sur un bouton et que rien n'a explosé, c'est
du bol !
Mardi
12 mars 2002 On a un bon bout de chemin devant nous aujourd'hui (23km
jusqu'au refuge de Laugafell, connu pour ses sources d'eau chaude), et
j'ai horreur de faire des détours par ma propre étourderie
! Je m'applique donc à suivre la direction préconisée
par Einar. C'est un des avantages en cette saison : les obstacles infranchissables
en été (trous, étendues d'eau, marécages) sont
recouverts de neige et on fait moins de détours.
Dans
une météo un peu laiteuse mais qui laisse une visibilité
potable, nous faisons 15 km en ligne presque droite, laissant de côté
les cairns et les bornes jaunes qui apparaissent de-ci de-là en
début de trajet. Chemin faisant le temps se couvre et le soleil
ne passe plus guère à travers la couche de nuages. Mais par
bonheur nous arrivons droit sur un poteau jaune et il est même possible
de repérer la piste sur quelques dizaines de mètres. Nous
la suivons de temps à autre, entre des tronçons entiers où
elle disparaît et où pas même les poteaux ne dépassent.
Cette fois nous avons les coordonnées exactes du refuge et il nous
suffit de faire le point de temps en temps avec le GPS. Nous l'allumons
le moins possible pour économiser les piles. éraflures. Arrivée
sans encombre à Laugafell où se trouvent plusieurs maisons.
Cependant
nous n'avons plus le courage de nous plonger dans la piscine d'eau chaude
car il est tard et il fait froid. D'ailleurs elle est où cette piscine.
Bref, nous verrons ça demain. La porte est déjà un
peu déneigée ce qui dénote un passage récent.
Quelques coups de pelles suffisent pour finir le travail. Une agréable
chaleur nous accueille à l'intérieur, car le refuge est chauffé
en permanence par des radiateurs alimentés par la source chaude.
Allez trouver cela ailleurs dans le monde, un refuge non gardé chauffé
24h sur 24, été comme hiver ! Ce pays est extraordinaire.
Mercredi
13 mars 2002
Depuis
hier soir la météo s'est dégradée. Il souffle
cet affreux vent du sud dont Einar nous a parlé, un vent chaud et
humide qui vous fait fondre des tonnes de neige en quelques heures et vous
transforme le paysage à une vitesse sans égale sous nos latitudes
alpines.
Première
constatation : ce n'est pas avec un temps pareil que nous allons pouvoir
prendre le bain tant attendu. D'ailleurs nous n'avons pas mis les pieds
dehors et ne savons toujours pas où est la "baignoire" d'eau chaude.
Ca nous embête de perdre déjà une journée à
attendre alors que nous venons juste de commencer. L'anémomètre
affiche 50 à 60 km/h mais ça me paraît tout de même
jouable. Brigitte est plus réticente mais elle ne me l'a dit que
plus tard, une fois que nous étions parties ! Donc voilà,
nous partons dans le vent. C'est un vent de face pour tout arranger. Par
prudence nous préférons suivre la piste plutôt que
de tracer directement plein sud en sortant du refuge, bien que c'est là
le tracé du guide. Il y a une rivière à passer et
avec le réchauffement je crains que nous ne passions à travers
les ponts de neige, où même qu'il n'y ait plus de pont de
neige. Dans ce cas la piste est certainement plus sûre. Pleine de
bonne volonté nous galérons sans avancer de façon
significative. Le vent s'engouffre dans nos Gore-tex chargé d'une
neige mouillée et collante à souhait. On croirait que les
Gore-Tex sont poreux tellement on est trempé au bout d'un moment.
La caméra et l'appareil photo sont inutilisables sous peine de noyade
immédiate. Nous les mettons à l'abri dans la pulka de Brigitte.
Au bout de deux heures de galère nous finissons par conclure que
nous avons bien vu ce que c'était ce fameux vent du sud et que ça
suffisait pour aujourd'hui. Demi-tour, on rentre à Laugafell (hé-hé,
comme ça il y a une deuxième chance d'aller à la piscine
!). Nous reprenons nos traces pour le retour mais elles sont peu visibles,
déjà effacées par le vent. La visibilité est
réduite et tout est blanc uniforme, genre purée de pois,
enfin vous m'avez compris. J'insiste là-dessus car c'est notre seule
excuse pour expliquer l'incident qui va suivre. Je marche devant, Brigitte
à deux pas décalée sur ma droite. Soudain, du coin
de l'oeil, je la vois s'affaisser sur ses skis et disparaître dans
le néant, puis plus rien : du blanc uniforme tout autour de moi.
Je sursaute et m'arrête immédiatement car je viens de comprendre
que nous sommes dans un dévers duquel elle a dérapé
pour tomber, ...où ? Je ne vois pas la forme du terrain mais je
la sens car en effet j'ai un ski plus haut que l'autre, et peut-être
que c'est une corniche ? Comment le savoir ? Ma première pensée
est de me sortir moi-même de ce mauvais pas, sans tomber au même
endroit que Brigitte et de lui tomber dessus avec ma pulka. Je tente de
reculer doucement mais dès que je tire un peu sur la pulka celle-ci
tourne et se met dans la pente avec élan. Je la retiens vigoureusement
et me dépêche de sortir de la pente, j'enlève les skis
afin d'être plus stable sur mes pieds et les plante dans la neige.
Ma deuxième pensée est que Brigitte est peut-être tombée
dans l'eau, voire en train de se noyer. Tout ça n'a pris que quelques
secondes et au moment où j'arrive près de son point de chute,
avant de la voir elle, je vois des pointes de ski qui bougent. Ah tout
va bien, ouf. Mais elle a tout de même eu une grosse frayeur. Deux
mètres où plus de chute verticale lui ont coupé le
souffle mais elle est indemne. Elle n'était finalement pas tombée
dans l'eau mais sur la berge, à quelques centimètres près
seulement. Par contre... la pulka a atterri le nez dans l'eau, et dans
le nez il y a la caméra. En revenant au refuge nous déballons
les affaires mouillées et les étendons partout sur les radiateurs.
Le vent continue de sévir le reste de la journée et la nuit
suivante.
Jeudi
14 mars 2002
Pour
rattraper un peu le temps perdu hier, nous partons très tôt
ce matin dans l'intention de nous rapprocher au maximum du refuge de Nyjidalur.
Il est à 36 km et Einar nous a dit que parfois les groupes le font
en une seule étape pour éviter de camper sur le Sprengisandur
où les vents sont souvent très violents. Ca m'étonnerait
que nous fassions une telle distance, sauf peut-être s'il y avait
de la descente, mais ce n'est pas le cas.
La météo
est calme (couvert mais bonne visibilité) et ça fait du bien
de traverser cette immense étendue en pouvant jouir du paysage.
Au petit
matin il n'y a pas un souffle et la journée s'annonce bien. Nous
plions tranquillement le camp et partons vers Nyjidalur. Les poteaux jaunes
qui jalonnent la piste nous dispensent de toute concentration inutile puis
la direction de notre repère GPS nous autorise à nouveau
à couper tout droit en shuntant les méandres de la route.
Lors
des derniers kilomètres le vent se lève et nous apprécions
d'arriver tôt au refuge, un grand refuge avec des dizaines de matelas
partout, de quoi loger un régiment. Ah, et puis il y a un poêle
à mazout du même genre que celui de Bergland. Nous restons
dans la cuisine en attendant que ça chauffe dans la grande pièce
à côté où il y a les tables. Vers 14h un bruit
de moteur émerge couvrant les hurlements du vent. C'est un groupe
de motoneiges qui s'arrête prendre le casse-croûte avant de
continuer vers Myvatn. Il fait mauvais tout la journée et nous sommes
bien contentes d'être à l'abri. Nous étudions minutieusement
notre navigation pour demain, car il n'est plus question de suivre une
piste à compter de maintenant. Il faut remonter à 1000 mètres,
passer entre plusieurs sommets, trouver un passage précis pour redescendre
vers un lac artificiel et naviguer dans des champs de lave. C'est un programme
qui demande un peu plus d'attention que celui des jours précédents.
Mais en fait tout dépend de la météo. Par beau temps
tout le monde arrive à s'orienter, on voit les repères et
les obstacles de loin, mais quand on n'y voit rien c'est une autre histoire.
Samedi
16 mars 2002
La matinée
se passe bien, après quelques heures plutôt laiteuses voici
le soleil. Nous sommes sur les hauteurs à présents et nous
apprêtons à redescendre en pente douce. Nous trouvons sans
trop de mal le passage qui permet de descendre le plus facilement vers
le lac Köldukvislarbotnar et tombons pile sur une trace de 4x4. Mais
nous ne la suivons que peu de temps, juste de quoi faire la jonction avec
le lac. Il est gelé et présente une belle surface plane qui
devrait nous faciliter la progression. Mais nous ne pouvons pas enlever
les peaux de phoques car le vent est trop fort et vient de biais ce qui
provoquerait des glissades incontrôlées.
Bientôt
les pauses deviennent difficiles car le vent nous emporte les cacahuètes
de la main, et nous regrettons de ne pas avoir apporté de sac-bulle
comme nous en avions au Groenland. C'est quoi ça un sac-bulle ?
Eh bien c'est un grand sac en toile fine très résistante,
genre toile de parapente, que l'on enfile sur sa tête lors de la
pause si le vent est trop fort. Il est suffisamment grand pour qu'il englobe
tout le haut du corps et que l'on puisse s'asseoir dessus sur sa pulka
afin qu'il ne s'envole pas. Et là-dessous vous avez un confort insoupçonné
pour prendre votre thé et vos gâteaux à l'abri du vent.
Nous l'avons souvent utilisé lors de la traversée du Groenland
et je vous assure que c'est génial comme procédé.
Pendant
plusieurs heures notre seul point de repère est ce volcan qui émerge
au-dessus de la neige soulevée par le vent. Il fait 1281 mètres
d'altitude et s'appelle Sydri-Haganga sur notre carte.
Bientôt
nous arrivons sur notre premier champ de lave. Un vrai dont on dirait qu'il
est tout frais, avec des bouts de lave pointus et coupants, un qui laisse
des traces sur les skis et sur les pulkas. Un vrai champ de mines...
Sur
ces photos on a l'impression qu'il fait beau car il y a du soleil, mais
ne vous y fiez pas, il y a aussi un vent à décorner les boeufs,
et le vent ne se voit guère sur les photos...! Ca fait un moment
déjà que nous sentons qu'il est de plus en plus violent.
L'hélice de notre anémomètre est incrustée
de neige gelée et ne nous est d'aucune utilité pour mesurer
sa vitesse. On ne s'entend plus parler. Vers 14h30 nous arrivons à
la fin du champ de lave et devant nous s'étend une surface vierge
de tout objet qui pourrait servir de point d'amarrage pour la tente. Nous
choisissons donc de rester sur le champ de lave afin d'y trouver de quoi
nous "ancrer". Un gros morceau qui dépasse d'au moins deux mètres
offre un peu d'abri. On va monter la tente ici. Ce n'est pas facile quand
on n'est que deux. L'une est occupée uniquement à maintenir
la toile tout au long du montage afin qu'elle ne flotte pas trop violemment,
pendant que l'autre fait le montage étape par étape. Ca demande
de la patience et une certaine concentration. Un gant est si vite envolé
quand on le lâche. Un problème nouveau pour nous se présente.
Par le passé nous avions souvent eu l'occasion de monter des tentes
par grand vent, mais nous étions toujours plus nombreux, et c'était
toujours des tentes munies de "pattes", c'est-à-dire des rallonges
de toile le long des bords inférieurs. C'est un bord d'une vingtaine
de centimètres de large qui doit être recouvert de neige dont
le poids maintiendra la tente au sol. C'est très efficace et c'est
fait en quelques pelletées. L'ennui est qu'on ne trouve pas de tente
avec ces bords sur le marché. Et donc, vous l'aurez deviné,
notre tente n'a pas de bords et nous mettons beaucoup plus longtemps que
d'habitude pour la monter et l'ancrer correctement dans ce foutu vent.
Nous n'avons que quatre ski à enfoncer aux quatre coins de la tente.
Deux d'entre eux ne s'enfoncent pas beaucoup car il y a une couche de glace
en-dessous. Je leste les bords et l'abside avec des sacs de neige et une
pulka que je couvre de neige également pour l'immobiliser. Je fais
aussi un semblant de mur de neige tout autour. Pendant ce temps Brigitte
est rentrée dans la tente (c'est encore le meilleur moyen de l'empêcher
de s'envoler) et déballe nos affaires. Au bout de deux heures d'effort
nous voici enfin toutes les deux à l'abri, non sans être désagréablement
impressionnées par le temps qu'il nous a fallu pour le montage.
Nous prenons la ferme décision de rajouter des "pattes" à
notre tente dès notre retour...
Bientôt
nous arrivons sur notre premier champ de lave. Un vrai dont on dirait qu'il
est tout frais, avec des bouts de lave pointus et coupants, un qui laisse
des traces sur les skis et sur les pulkas. Un vrai champ de mines...
Sur
ces photos on a l'impression qu'il fait beau car il y a du soleil, mais
ne vous y fiez pas, il y a aussi un vent à décorner les boeufs,
et le vent ne se voit guère sur les photos...! Ca fait un moment
déjà que nous sentons qu'il est de plus en plus violent.
L'hélice de notre anémomètre est incrustée
de neige gelée et ne nous est d'aucune utilité pour mesurer
sa vitesse. On ne s'entend plus parler. Vers 14h30 nous arrivons à
la fin du champ de lave et devant nous s'étend une surface vierge
de tout objet qui pourrait servir de point d'amarrage pour la tente. Nous
choisissons donc de rester sur le champ de lave afin d'y trouver de quoi
nous "ancrer". Un gros morceau qui dépasse d'au moins deux mètres
offre un peu d'abri. On va monter la tente ici. Ce n'est pas facile quand
on n'est que deux. L'une est occupée uniquement à maintenir
la toile tout au long du montage afin qu'elle ne flotte pas trop violemment,
pendant que l'autre fait le montage étape par étape. Ca demande
de la patience et une certaine concentration. Un gant est si vite envolé
quand on le lâche. Un problème nouveau pour nous se présente.
Par le passé nous avions souvent eu l'occasion de monter des tentes
par grand vent, mais nous étions toujours plus nombreux, et c'était
toujours des tentes munies de "pattes", c'est-à-dire des rallonges
de toile le long des bords inférieurs. C'est un bord d'une vingtaine
de centimètres de large qui doit être recouvert de neige dont
le poids maintiendra la tente au sol. C'est très efficace et c'est
fait en quelques pelletées. L'ennui est qu'on ne trouve pas de tente
avec ces bords sur le marché. Et donc, vous l'aurez deviné,
notre tente n'a pas de bords et nous mettons beaucoup plus longtemps que
d'habitude pour la monter et l'ancrer correctement dans ce foutu vent.
Nous n'avons que quatre ski à enfoncer aux quatre coins de la tente.
Deux d'entre eux ne s'enfoncent pas beaucoup car il y a une couche de glace
en-dessous. Je leste les bords et l'abside avec des sacs de neige et une
pulka que je couvre de neige également pour l'immobiliser. Je fais
aussi un semblant de mur de neige tout autour. Pendant ce temps Brigitte
est rentrée dans la tente (c'est encore le meilleur moyen de l'empêcher
de s'envoler) et déballe nos affaires. Au bout de deux heures d'effort
nous voici enfin toutes les deux à l'abri, non sans être désagréablement
impressionnées par le temps qu'il nous a fallu pour le montage.
Nous prenons la ferme décision de rajouter des "pattes" à
notre tente dès notre retour...
Dimanche
17 mars 2002
Au petit
matin ça souffle toujours très fort et nous sommes pessimistes
quant à notre départ. Il y a 48 kilomètres de Nyjidalur
jusqu'au refuge de Jökulheimar et hier nous avons réussi à
n'en couvrir que 18. Si nous partons c'est pour faire les 30 km d'un coup
pour être à l'abri le soir, sinon il vaut mieux attendre une
amélioration.
Nous
faisons le petit déjeuner en vitesse pour être prêtes
au cas où. Il y a un dicton islandais qui dit : "Si la météo
ne te convient pas, attends une demi-heure !".
Rien
n'est moins vrai ! Une demi-heure plus tard les rafales de vent donnent
des signes de recul. Elles sont moins nombreuses et moins violentes. C'est
sûr, ça va se calmer. Nous nous dépêchons de
plier bagages car il nous faudra bien une dizaine d'heures pour faire les
30 km.
Volcans
à droite, volcans à gauche, volcans de tous les côtés
! Nous sommes cernées !
Nous
ne découvrons cet encerclement que ce matin, hier nous n'avions
rien vu à cause du vent qui soulevait la neige partout autour de
nous.
Mais
en fin de compte ça s'arrange progressivement. Certes sur la carte
il n'y a qu'un type de marquage pour la lave, mais dans la réalité
il y a des endroits plus "carrossables" que d'autres. Les dix derniers
kilomètres sont très praticables et il y a un palier de descente
fort sympathique où nous nous empressons d'enlever les peaux. Depuis
midi le vent s'est totalement couché, comme si on avait tourné
un bouton. La fin de parcours est agréable comme tout et nous nous
étonnons de trouver encore du plaisir après 30 bornes ! Nous
apercevons un mât sur une butte et suivons la trace de 4x4 qui y
monte.
Etant
devenues expertes en poêles islandais nous ne perdons pas une minute
pour tourner manettes et boutons afin de chauffer la maison. Ca marche
du premier coup !
La soirée
est superbe. Beau coucher de soleil, et une aurore boréale en prime.
Je cours d'une fenêtre à l'autre pour la voir, mais c'est
dehors qu'on la voit le mieux. Cependant je ne m'éternise pas trop
car il fait -21°C. Un délice de dormir au chaud ce soir, surtout
dans la perspective d'un jour de repos demain.
Mardi
19 mars 2002
Nous
partons très tôt ce matin, notre destination est le refuge
de Landmannalaugar. Il est à 54 km de Jökulheimar et nous espérons
l'atteindre en deux jours. Il y a un autre refuge moins loin d'ici, c'est
celui de Veidivötn, d'où l'on peut également rejoindre
Landmannalaugar, mais il est sur un chemin différent que l'on nous
a plutôt déconseillé. Quand elle est bien gelée,
il vaut mieux suivre la rivière Tungnaa. Nous avons saisi une bonne
douzaine de points GPS que nous avons choisi stratégiquement sur
la carte.
Ici
sur la Tungnaa, nous nous en donnons à cœur joie. Le début
de matinée est couvert mais le soleil s'installe progressivement.
Le terrain est très plat et les skis à écailles sont
parfaits dans ces conditions; Brigitte fait la trace presque toute la matinée
et visiblement, elle est en forme. A 10 heures, nous avons déjà
tartiné 10 km. Avec une telle moyenne nous pouvons nous permettre
de multiples pauses photos et c'est le moment car il y a un paysage fabuleux
autour de nous
La rivière
est très large à certains endroits, et bien gelée.
Nous battons aujourd'hui notre record de distance à pied avec pulka
: 36 kilomètres, à la force du jarret, sur le plat bien entendu,
et sans "aide" telle qu'une voile de traction.
Malgré
les conseils de Einar, nous plantons le camp en plein milieu de la rivière.
En principe nous orientons la tente en fonction de la direction du vent,
mais ce soir il n'y a pas un souffle et nous hésitons quelque peu.
Finalement nous la posons "dos" au sud, puisque c'est le vent du sud qui
est le plus méchant. La soirée est aussi agréable
que la journée, malgré un énième démontage
du réchaud pour cause de diffuseur bouché. Le white gas que
nous avons acheté à Reykjavik semble être de mauvaise
qualité car le réchaud s'est bouché tous les trois
à quatre jours.
Mercredi
20 mars 2002
Le temps
est beau comme hier et nous pensons boucler les 18 derniers kilomètres
en une demi journée. Les premiers kilomètres sont un enchaînement
de lignes droites comme je les affectionne. De plus le terrain est en légère
descente ce qui ne gâche rien. Mais après une heure de ciel
bleu, le voilà qui se voile peu à peu, et il y a un nuage
sombre qui approche depuis le sud. Nous nous doutons bien que c'est fini
pour la journée, le temps va changer. Et très vite le paysage
change aussi. Du merveilleux panorama bleu et blanc il passe au blanc sur
blanc. Heureusement nous avions prévu (et saisi) notre dizaine de
point GPS comme les jours précédents
Malgré
ces précautions nous cafouillons un peu à deux kilomètres
de Landmannalaugar. Comme nous sommes dans la configuration "blanc sur
blanc" nous ne voyons pas le relief, et pour compliquer encore l'affaire,
nous sommes à un endroit qui fait la jonction entre trois cartes.
Nous
rejoignons le pont en bois facilement repérable et suivons tantôt
la route tantôt des traces de motoneiges. Il nous reste à
traverser la rivière à 300 mètres du refuge. Nous
avons appris plus tard qu'il y avait aussi moyen d'éviter ce gué.
Enfin, nous on a fait trempette comme c'est marqué dans les livres
!
A Landmannalaugar
le gardien est un peu surpris de notre présence. Il attend des groupes
de 4x4 mais n'a pas entendu parler de notre arrivée. Ah bon ? Pourtant
dans notre forfait de nuits en refuge il doit bien y avoir une réservation
dans celui-ci aussi, puisqu'il est sur le parcours. Mais nous avons compris
car nous avons l'habitude : "on" n'a pas jugé utile de prévenir
le gardien car "on" a sans doute pensé :"les deux nanas elles n'arriveront
jamais jusqu'à Landmannalaugar". Eh bien si. Et elles ont même
ouvert la voie pour cette saison, vlan !
On pose
les skis, on pousse la porte du refuge, on fouille dans sa pulka pour trouver
le maillot de bain, et on file à grandes enjambées à
la rivière d'eau chaude (celle du gué, vous vous rappelez
!). Je vous jure que cette plongée de l'air froid dans l'eau à
40° est un délice indescriptible. Jouissif !
C'est
alors que nous voyons arriver deux skieurs avec des pulkas depuis la rivière.
Pleines d'intérêt pour ce genre d'individus nous nous précipitons
à leur rencontre ! "Hy, where do you come from ?" lançais-je
à la fille (c'est un couple). "Tu es française, non ? J'ai
reconnu ton accent !" me répond-t-elle. Ah, eh bien voilà
qui va faciliter la conversation ! Et elle poursuit :"Tu ne serais pas
Isa ? Nous savons par les livres de bord des refuges que nous sommes précédés
par deux filles Isa et Brigitte. Et il y a encore un couple de Français
derrière nous qui ne va pas tarder. Ils vous connaissent aussi."
Ah mais c'est fou. Vous croyez être seul au monde en Islande en hiver,
et voilà que vous êtes connues comme le loup blanc (enfin
presque !)…
…quant
à nous, nous n'avons pas envie de perdre 4 jours à attendre.
Nous préfèrerions rejoindre Reykjavik pour louer une voiture
et faire un peu de tourisme. Mais pour cela il faut trouver un moyen de
revenir à la route vers Sigalda. Nous savons que l'enneigement sera
insuffisant dès que nous perdrons de l'altitude et avec une pulka
ça reste un vrai problème. Le gardien nous dit cependant
qu'il attend beaucoup de groupes en 4x4 et qu'il y aura sûrement
moyen de se faire emmener. Donc nous sommes confiantes et attendons les
taxis potentiels.
Vendredi
22 mars 2002
Pas
de 4x4 à l'horizon, au point que même le gardien s'en inquiète.
Mais dans l'après-midi ils y a deux messieurs qui arrivent en motoneige
et qui prennent leur bain dans la source chaude. Brigitte entre en conversation
avec eux et leur glisse un mot de notre recherche de taxi. En fin d'après-midi
au moment de repartir ils nous proposent de nous emmener. Ils ont un chalet
dans les environs et proposent de nous y ramener, d'y dormir et de revenir
à la route où ils ont leur voiture le lendemain. Génial
!
C'est
une expérience nouvelle pour moi, je n'ai jamais mis les pieds sur
une motoneige et trouve l'aventure plutôt sympa. Je suis confortablement
assise en passagère avec des poignées chauffantes pour me
tenir. Brigitte est sur un autre modèle de skidoo et n'a rien pour
se tenir, elle est moins enchantée, car manque de tomber à
tout bout de champ.
Donc
nous voici arrivés au charmant cottage de Tryggvi. Le vent est déjà
très fort et nous nous dépêchons de nous mettre à
l'abri. Bref, dehors c'est la tempête, mais nous sommes au paradis
sur terre. C'est la plus belle surprise de notre voyage. ....Dès
le lendemain allait suivre la plus mauvaise. |
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Samedi
23 mars 2002
La nuit
a été confortable malgré le bruit assourdissant du
vent.
Vers
midi le vent s'apaise et bientôt les conditions sont jugées
satisfaisantes par nos hôtes. Arrimage de pulkas et ski sur les motoneiges.
Arrimage des passagères aussi. Aujourd'hui c'est moi qui me retrouve
sur le skidoo où on ne peut pas se tenir correctement, et je comprends
très vite pourquoi Brigitte n'était pas au mieux là-dessus
hier soir. La neige s'est transformée en soupe et plus nous descendons
plus ça devient une succession de piscines. Bientôt un des
skidoos s'embourbe dans la neige. Nos pilotes manoeuvrent comme ils peuvent.
Avec une corde ils se tirent mutuellement pour se libérer. A peine
l'un est sorti que l'autre reste scotché à son tour. Arrive
ce qui se profilait à l'horizon : les deux engins sont immobilisés
définitivement dans un mètre de neige fondante. Il n'y a
que notre sac à dos (sur notre dos heureusement) qui ait été
sauvé de ce naufrage. Heureusement dans ce sac il y a le précieux
téléphone de Einar.
Nous
sortons et montons la tente pour nous mettre à l'abri. Il ne fait
pas froid heureusement mais les pilotes sont mouillés et si on doit
passer la nuit dehors ça va être délicat car il n'y
a pas de place pour 4 dans la tente et il n'y a que deux sacs de couchage.
Nous leur donnons des affaires pour se changer mais nos pulkas ayant baigné
dans l'eau il n'y a plus grand chose de sec. C'est la totale cette fois.
Théoriquement
il faut 2 heures de Selfoss jusqu'ici, mais à 20h il n'y a toujours
rien à l'horizon. Un coup de fil nous informe que les 4x4 ont du
mal à passer car tout est dégelé , ils sont dans 1
mètre d'eau. Vers 21h, alors qu'il fait nuit, ils nous rejoignent
enfin. Il y a deux 4x4 avec deux personnes chacun : un chauffeur et un
passager vêtu d'une combinaison en néoprène. Ils nous
accueillent avec une bouteille de vin rouge et des sandwich. Chapeau, messieurs
les Islandais ! Rien que pour ces instants magiques ça valait le
coup de s'embourber.
Mais
l'aventure n'est pas finie. La caravane de deux voitures et deux skidoos
repart mais très difficilement. Tous les 200 mètres il y
en a un qui reste coincé. Nous n'avons jamais rien vu de pareil.
Sur des kilomètres tout est sous l'eau mélangée à
de la neige. Les gars à la combi néoprène marchent
devant, de l'eau jusqu'aux hanches où la taille, pour repérer
la piste sous leur pied. Je rappelle qu'il fait nuit.
Cette
équipe qui est venue nous chercher est visiblement très expérimentée.
Sans stress, avec un certain plaisir même ("They enjoy it" avaient
ils dit !), ils manoeuvrent des dizaines de fois d'avant en arrière
lorsque le véhicule doit sortir d'un trou. Leur savoir faire est
impressionnant. Aucun rapport avec les scènes genre Paris-Dakar.
Pas de passage en force. Tout est fait en douceur avec doigté. On
dirait qu'avec leurs grosses pa-pattes (les roues) ils tâtent le
terrain. Bref nous avons pris une belle leçon de 4x4.
Les
jours suivants nous louons une voiture et faisons du tourisme sur la côte
sud et ouest. Les beautés de l'Islande sont innombrables et fascinantes.
Jökulsarlon, Gulfoss, Geysir : autant de sites fabuleux qui nous donnent
un aperçu du côté unique de ce pays.
Pas
de doute, il faudra revenir !

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