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Petit Trekking au Sarek - Mars 2003
Jean-Claude Guistetto & Stéphane Détis
Objectif : Traversée Nord-sud du Sarek, du lac Akka (Akkajaure) au village de Kvikkjokk (120 Kms environ), Laponie Suédoise.


Le Parc National du Sarek est situé en Suède, juste au dessus du cercle polaire. C’est une belle région préservée mais ouverte au tourisme blanc, bien connue maintenant des randonneurs nordiques.

On peut en lire qu’elle est « réservée aux seuls initiés. Extrêmement sauvage, cette région compte beaucoup de glaciers, de sommets et de très belles vallées. Aucune piste n’est tracée, aucun refuge n’est prévu ; en cas d’accident le randonneur est livré à lui-même ».
Cette description doit être réactualisée. D’une part, on peut y trouver certains refuges, superbement aménagés et dont on ne saurait que trop conseiller de respecter le propreté et le règlement. D’autre part, la « Kungsleden », la piste royale de ski nordique, borde le Sarek à l’Est comme à l’Ouest. Et pour ce qui est de sa beauté, naviguer entre ses hauts plateaux, ses sommets et ses glaciers permettra effectivement au randonneur un minimum habitué à une certaine solitude de se retrouver face à lui-même…

Notre traversée se déroulera elle, par le centre, afin de préserver la vue sur les hauteurs du massif.

Jean-Claude, avec qui je pars, ne connaît pas le grand Nord mais il en rêve. Comme il est diabétique insulino-dépendant, nous avons tout naturellement opté pour une destination qui nous semblait moins engagée, plus clémente et accessible que par exemple le Spitzberg ou la Terre de Baffin.


Premières inquiétudes

Le trajet Paris-Stockolm-Gallivare se fait aisément en avion. Le 17 Mars 2003, Jean-Claude et moi embarquons donc pour un petit périple d’une dizaine de jours dans les grands espaces nordiques du Sarek. Après une nuit chez l’habitant à Gallivare (essayez donc chez Margarita « Rum i Gallivare » !), le bus nous mène au terminus de Ritsem, en bordure du lac Akka, au Nord du Parc. Mais la saison a un mois d’avance. Le lac est dégelé dans sa grande majorité Est et la neige est rare. Il pleut même à Ritsem !
Heureusement pour nous, le gel tient encore à la surface de l’Akkajaure. Malgré cela, les 15 Kms de traversée ne nous épargnent pas le « slutch » et nos skis nordiques font parfois office de skis …nautiques ! La rive Sud du lac est heureusement bien enneigée et le lendemain nous pouvons aisément remonter une piste d’hiver qui nous amène aux abords du plateau.

Premier coup de vent, qui nous cueille de dos, ce qui « n’est pas pire » (photo 1). Traversée d’un nouveau lac, ouvert par endroits, puis nous nous mettons en quête d’une cabane, des autochtones nous ayant prédit une tempête des plus terribles. Il est de toutes façons bien rare d’échapper au vent dans le Sarek et passer 1 ou 2 jours sous tente quand le blizzard souffle au-dessus de 30m/s n’est pas inhabituel. Cependant, la présence de bois en deçà de 800m offre une retraite sécurisante, à condition de n’en être pas trop éloignés.

La cabane est enfin trouvée dans la forêt, et un promontoire nous contraint à nous exercer au portage, nos équipements n’étant adaptés ni à une forte pente, ni à la végétation. Nous charrions en effet nos pulkas avec des cordes, et nos skis semblent déjà trop fins pour une neige qui tient mal.



Photo 1

Photo 2




Le « tout-venant » du Sarek


Le lendemain, grand beau, après une nuit à -20°. Les hauts plateaux nous accueillent de toute leur blancheur (photo 2), et nous couvrons 22 Kms de toute beauté, surveillés par divers renards, élans et lagopèdes.
Après un repos bien mérité, c’est une 4ème journée très blanche qui nous attend, jusqu’au soir où le temps se radoucit et se gâte. Il faut planter avant un col. Le lit du torrent que nous avons remonté s’ouvre et l’eau jaillit. C’est superbe et inquiétant à la fois. Pour « être dans le vent ( !) » nous faisons pivoter nos tentes quand celui-ci tourne. Suit une journée d’attente dans les rafales, la visibilité étant nulle.
Enfin, le passage du col devient possible, et la traversée de la Njatjosvagge s’avère magnifique, entre d’élégantes parois recouvertes de neige glacée par le vent. La température est devenue très douce depuis trois jours (-3°).


La galère finale

Il nous reste trois jours pour rallier Kvikkjokk. Cela devrait être largement suffisant, compte tenu du fait qu’il ne nous reste que 25 Kms à parcourir… Nous avons rencontré un groupe de français de Villard de Lans qui s’inquiète également du redoux. Leurs équipements sont très adaptés au relief : fixations à la pulka rigides, chaussures et skis de télémark, pulkas légères et manoeuvrables. Nous avons tous l’intention de rentrer par la rivière gelée, si tant est qu’elle le soit complètement.
Partis les premiers sur la rivière gelée à la surface de laquelle la neige botte énormément, nous sommes rapidement confrontés aux inévitables « rapides » de glace vive qui nous contraignent à rejoindre les rivages mal enneigés, pentus, et -surtout- couverts d’une forte densité de bouleaux. Les pulkas nous cognent les chevilles, s’enchevêtrent dans les branchages et nous déséquilibrent.
Lassés après deux ou trois canyons de la sorte, nous décidons d’abandonner le cours sinueux de la rivière, afin de remonter sur les hauts plateaux pour couper plein sud vers Kvikkjokk. Avantage : oublier la forêt pendant une journée. Inconvénient : une dénivelée d’environ 500m à encaisser dans les bois (photo 3). Elle sera redoutable. En effet, pendant les 24 heures qui vont suivre, nous allons hisser, pousser nos pulkas, en tombant et jurant à qui mieux mieux. La neige est molle et ne tient rien. Nous nous enfonçons souvent jusqu’à la taille, skis aux pieds ! Il faut parfois creuser des corniches dans la pente pour passer à flanc, et c’est à la vitesse de 1km/h que nous avançons pendant plusieurs heures.

Le plateau nous soulage enfin (photo 4), et la dernière nuit est passée à l’aplomb de Kvikkjokk, visible à 6 Kms à vol d’oiseau (photo 5).
La descente, le lendemain, sur Kvikkjokk est digne d’un stage commando. D’abord pour Jean-Claude, mal habitué aux descentes assis sur la pulka (nous ne pouvons skier avec des fixations souples !) puis pour moi, quand la végétation se densifie et ne permet plus les excentricités du genre. Pour couronner le tout, je finis même par déchausser pour ouvrir dans une forêt d’arbres…couchés ! Les suédois ont aussi eu leur tempête…
Il nous faudra 5 heures pour couvrir la distance de cette dernière étape.



Photo 3

Photo 4


Photo 5



Journal de Jean-Claude : « Pour moi, c’est la plus difficile des journées. Nous traversons une nouvelle forêt de bouleaux très dense et en partie abattus ou aplatis par la tempête qui nous avait précédé ; la neige est pourrie (très molle, collante, profonde), le dénivelé est important. Nous avons fait du « jeté de pulkas » ! Je me casse la figure une cinquantaine de fois dans les arbres et c’est alors à mon tour de hurler toutes sortes de jurons. Ouf, ce sont nos derniers efforts. »

Kvikkjokk enfin. Les français de Villard rencontrés il y a trois jours sont arrivés depuis deux heures. Ils n’ont pas quitté la rivière, leurs équipements leur ayant permis de contourner sans stress les rapides gelés.
L’auberge de jeunesse nous héberge confortablement, avant de rentrer par le bus du lendemain matin sur Gallivare via Jokkmokk.


Et le diabète dans tout cela ? (Par JC) « Le froid et les efforts physiques nous obligent à consommer beaucoup de calories, diabète ou pas. Nous faisions des pauses toutes les 1h30 pendant 20mn pour nous alimenter : thé, café, barres de céréales. J’avais en permanence sur moi fruits secs, barres de céréales, barres de chocolat, pâtes de fruits. J’ai vérifié régulièrement ma glycémie : elle était toujours très basse (entre 0.50 et 1 gramme). Je me suis rendu compte que je ne sentais pas venir, comme c’est le cas d’habitude, l’hypoglycémie.
A basse température, l’insuline gèle et le testeur se met hors service : je les gardais à même le corps, sur ma poitrine, dans une poche en laine polaire. Je faisais deux injections par jour, matin et soir, en divisant, sur les conseils de mon médecin, les unités (soit 6 unités le matin au lieu de 11 et 8 le soir au lieu de 16 avec de l’insuline NPH).»

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