Croisières et voyages en Antarctique, Groenland, Spitzberg, Islande, Canada, Québec, Finlande, Russie, Sibérie
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Aurores
pour la petite histoire...
A l'affût des nuits vertes de Finlande

25 janvier - février 2003
Les astronomes amateurs sont un peu fous, c'est bien connu. Nyctalopes et noctambules, ils ont tendance à somnoler le jour pour mieux chasser la nuit. Renards du ciel, ils rusent pour traquer les étoiles filantes, les occultations et autres gibiers qu'ils emprisonnent dans leurs boîtiers Nikon. Mais cette fois-ci, la meute de la SAF a fait fort, comme on dit. Chercher des aurores en pleine nuit est un paradoxe qui ne leur fait pas peur (ils sont déjà des aficionados du Soleil noir en plein jour) ; mais passer des journées entières dans la neige par - 20° pour se relever la nuit alors que le thermomètre se fige à - 30° relève de la psychiatrie clinique. Heureusement, nous étions étroitement surveillés dans ce domaine.

Nous, c'est à dire douze membres de la SAF – dont un psychiatre ! - passionnés par tout ce qui concerne les phénomènes liés au Soleil, entraînés par le dynamisme de Marie-Claude et Honoré Arioli, et accompagnés pour l'occasion par Michel Fehrenbach, spécialiste des aurores boréales et habitué à ce titre aux rigueurs de la vie près des pôles.



Le voyage a débuté le samedi 25 janvier et l'arrivée à Kajaani, petite ville située en plein centre de la Finlande, n'a pas été trop rude : il neigeait un peu mais il ne faisait "que" - 7°. Une transition, en somme. L'auberge qui nous a accueillis après une heure de route est une ancienne école aménagée par Siggi son propriétaire, dans un souci constant d'harmonie entre confort et nature. Celui-ci nous a guidés chaque jour dans une découverte sans cesse renouvelée de la nature environnante. A pied ou à ski, selon les circonstances, nous avons ainsi appris à reconnaître les traces des lagopèdes dans la neige (et les bipèdes ? a demandé Honoré d'un air faussement naïf), celles du renard et de l'hermine. Nous avons constaté que le lièvre fait des sauts de près d'un mètre dans la poudreuse en terrain découvert et réduit ses pas dès qu'il se sent à l'abri sous les arbres. Nous avons observé les restes de repas d'un tétras qui nous a même gratifiés d'une magnifique crotte verte congelée ; fins limiers, nous en avons déduit que la bête était herbivore : alimentaire, mon cher Watson. Chaque randonnée aboutissait à une hutte en bois dans laquelle on allumait un feu de bûches pour se réchauffer et sécher un peu les vêtements. Mais le clou, si l'on peut dire, c'est la cuisson des steaks de saumon : Siggi s'emparait du marteau et des clous pour crucifier les tranches de poisson sur des planches qu'il exposait ensuite à la flamme. Ce n'était évidemment pas sans rappeler Charlie Chaplin dans La Ruée Vers l'Or, faisant cuire pour tout repas un vieux godillot dont il mastiquait ensuite la semelle et suçait les clous comme des arêtes - mais nous, nous nous sommes bien régalés.

Un autre spectacle remarquable nous a été fourni par les chiens de traineau, dix superbes bêtes ressemblant à des loups, qui nous offraient un concert d'aboiements tonitruant chaque fois que leurs maîtres venaient les atteler pour emmener deux des nôtres en balade. Extrêmement affectueux, ils bondissaient aux moindres caresses et nous remerciaient par des bises fort appréciées. Il fallait absolument attacher les traîneaux avant le départ, tant était puissant leur désir de courir dans la neige. Et tout à coup, silence total : l'amarre venait d'être larguée et nos toutous jaillissaient, entraînant au loin les traîneaux et leurs occupants.

Les journées sont courtes en hiver au pays du renne. Le Soleil, paresseux, se levait à 8 heures et demie du matin pour disparaître à 3 heures et demie. Les 35 heures, il connaît. On pouvait craindre un peu l'ennui mais le temps a passé très vite. Michel Fehrenbach nous a gratifiés pendant trois soirs d'un exposé pédagogique sur la description des aurores polaires et des mécanismes qui contribuent à leur formation, d'une séance de projection de diapositives aux couleurs parfois somptueuses, ainsi que d'une séance de "questions-réponses" moins tumultueuse qu'à l'Assemblée Nationale. Nous savons maintenant qu'une aurore polaire est une gigantesque lampe à fluorescence qui puise son énergie dans le vent de particules que nous envoie le Soleil ; que cette lampe s'allume de préférence entre 9 h du soir et 3 h du matin et qu'elle a la forme d'un anneau entourant le pôle magnétique.



D'autres soirées ont été consacrées à la projection d'une vidéo sur les ours de la région, à la visualisation de la dernière éclipse de Soleil et à un arrosage au mousseux de groseille offert par notre doyen Monsieur Cariat, tout heureux d'avoir récupéré sa valise égarée à l'aéroport. Le reste du temps a été agréablement rempli par le sauna, par les discussions autour de la table commune ou au coin du feu, les leçons de jeu d'échecs, et par les inévitables séances de cartes postales pour les parents et amis. Et bien sûr, chacun a tiré prétexte d'une nièce ou d'un petit-fils collectionneur pour échanger ses euros français contre des finlandais.

Dès le deuxième jour, le ciel s'est dégagé et la température en a profité pour chuter. Dès lors, l'alerte était donnée à partir de 21 h 30 et à la moindre lueur verdâtre dans le ciel, nous étions tous dehors pour observer le phénomène qui était la motivation principale du voyage. Les deux premières aurores étaient bien au rendez-vous mais, diffuses et faibles, elles offraient un intérêt plus documentaire que spectaculaire. Pour observer la troisième, nous sommes tous montés en pleine nuit au sommet d'une colline pour avoir une vue plus dégagée ; c'est le contraire qui s'est produit car la brume glacée a peu à peu entouré le site et affadi le phénomène. Retour vers minuit et demie après avoir vidé les bouteilles thermos. Mais notre persévérance a été récompensée le mercredi soir lorsqu'une aurore intense, agrémentée de draperies et de rayons, nous a interprété une danse gitane (rappelez-vous l'image sur les paquets de cigarettes). Les rayons se déplaçaient parfois si vite qu'on aurait dit un show laser (plutôt un froid laser) balayant le ciel au-dessus d'une discothèque, et ces ondulations ajoutaient à la magie du spectacle. Les appareils photo ont crépité... quelques flashes aussi !

Notre but était atteint, ce qui n'a pas empêché certains d'envisager de dormir tout habillés pour ne rien rater la nuit suivante... Le spectacle astronomique ne s'est d'ailleurs pas limité aux aurores puisque nous avons pu admirer de jour des halos et des "piliers" solaires engendrés par les minuscules cristaux de glace en suspension dans l'air.

Les meilleures choses ont une fin. Le samedi 1er février, nous sommes partis au petit matin pour rejoindre la France, et ce qui devait arriver arriva : l'aéroport de Roissy était bloqué par... la neige, et notre avion fut dérouté sur Bruxelles. Après deux heures d'attente et quatre heures de car, notre groupe a "atterri" dans le hall de Roissy vers minuit pour attendre jusqu'au matin la suite du voyage. Après les nuits vertes, nous connaissions notre première nuit blanche, affalés sur des sièges métalliques en compagnie d'un SDF. Pas de doute, nous étions bien chez nous. Mais cet incident ne suffit pas à entacher l'impression de perfection que nous avons tous gardée de ce séjour : un mélange harmonieux de loisirs, de culture et de nature avec, en prime, une convivialité et une bonne humeur permanentes. Pour tout cela je souhaite remercier acteurs et participants, en particulier Siggi Schwartz, Michel Fehrenbach et bien sûr Honoré Arioli dont l'humour contagieux a déteint sur tout le groupe et même sur notre hôte. La veille du départ, alors qu'on lui demandait s'il pouvait frapper à nos portes pour nous réveiller, Siggi répondit avec le plus grand sérieux : "No ! no toc toc at the door ; this ! so you will not be late" et il brandit devant nous sa lance à incendie.

Henri Royer
Pour en savoir plus sur ce voyage.
Les feux du renard


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