Voyage au Spitzberg,
11 au 30 août 2002
C'est le dimanche 11 août que nous partons à 6 de Roissy.
Le voyage est long : première étape à Oslo, puis à Tromso
avant d'arriver à Longyearbyen à trois heures du matin sous
le soleil. Et oui, il fait jour tout le temps en ces
contrées septentrionales !
Magnifiques paysages vus d'avion avant d'atterrir :
montagnes et glaciers, fjords et nombreux lacs.
Dès le lundi 12, nous prenons un bateau qui nous
mène dans la baie de Trygghamna où nous devons prendre
possession des kayaks. Nous attendons tous avec impatience
de rencontrer les deux ours qui, nous a-t-on prévenus,
rôdent dans la baie de Trygghamna ! Ils se sont déjà fait
les griffes sur le groupe d'avant. Il va falloir organiser
des gardes pendant les nuits !
Première sortie en kayak le mardi 13. Départ de la baie de
Trygghamna pour celle d'Ymerbukta. Nous avons vu des
phoques, les premiers. Le soir, nous mettons en place nos
tours de gardes, à 6 ce n'est pas simple pour respecter un
minimum de temps de sommeil. Les tours seront de 1h45.
avec un petit surplus de temps pour le premier et le
dernier qui, eux, ont l'avantage de dormir en une seule
fois.
Le paysage est un peu désertique mais néanmoins
majestueux. Notre camp est installé sur un grand plateau
que surplombent des montagnes où traînent encore quelques
névés. Au loin nous admirons plusieurs glaciers que nous
espérons pouvoir aller voir de plus près. Des rennes
mangent paisiblement à quelques pas du camp et l'ours au
départ se cache. De toute façon, nous sommes bien
protégés : clochettes anti-ours qui encadrent le camp, un
fusil avec 10 balles (rendu obligatoire par le gouverneur
de l'archipel) , 1 fusée, 2 pétards, des piolets…
Autour de nous il y a un peu de bruits : des
glaciers qui craquent et qui grondent, quelques bruits
d'oiseaux. Ces derniers sont nombreux : macareux moines,
pétrels fulmar, bernaches, goélands, mouettes
tridactyles, sternes arctiques, guillemots...
Le mercredi matin, pendant la dernière garde : le regard de
Sébastien se fixe tout d'un coup sur un grand sillon d'eau
qui traverse la baie devant le campement. Il observe cette
tête hors de l'eau qui avance, laissant derrière elle une
trace qui laisse deviner un corps imposant sous l'eau. Il
réveille Damien et tous les deux, jumelles et caméra à la
main, font connaissance avec le seigneur des lieux, l'Ours,
avant de réveiller le reste du campement ! Plus tard,
nous regardons l'ours marcher tranquillement à terre et se
rouler sur le tapis de lichens moelleux. Le spectacle est
là : majestueuse démarche lourde, humeur légère et
batifolante que l'on suppose changeante, le tout sur fond
de baie calme, brumes légères, montagnes voilées en ligne
d'horizon. L'ours reste à environ 500 mètres du camp
jusqu'à la nuit suivante... où nous le perdons de vue.
Nous perdons aussi le soleil pour un couvercle de
plomb qui rase le sommet des montagnes et un vent froid.
Mais nous n'aurions pas connu le « vrai » Spitzberg s'il
nous avait épargné cette météo caractéristique. Le temps du
séjour reste plutôt bien couvert, très humide, et souvent
venté !
Sur le plan « montagne », nous avons pu « valider » deux
sommets du Spitzberg :
- le Karlstadtoppen qui culmine à 580m
- le Mont Protektor à 849m
Ces sommets n'étaient certes pas trop techniques leurs
intérêts résidaient dans le côté découverte et l'absence de
vraie carte ou de topos. Dans ces conditions, la question
c'est : « est-ce que ça va passer ? », et puis finalement,
oui, y'a pas eu de soucis !
Nous rentrons en bateau à Longyearbyen le dimanche 18. et
nous apprécions la douche à bord !!!
Entre le 18 et le 22, nous restons au camping de
Longyearbyen où nous vivons essentiellement dans la salle
commune chauffée (détail important !). L'ambiance est
tranquille entre lecture, écriture de notre journal de bord
collectif, cuisine améliorée (on profite du confort pour
manger autre chose que des lyophs !), parties de Uno, de
cartes ou d'échecs. Nous allons à Longyearbyen faire
quelques courses et visiter le musée. Nous profitons des
rares éclaircies pour aller pique-niquer sur un des plateaux
entourant la ville et observer de plus près les sternes.
Nous commençons à nous décaler sérieusement : coucher vers
23h-minuit voire plus tard, réveil vers 11-12h, p'tit dej'
qui suit, déjeuner vers 15h.
Jeudi 22 août, toujours nuages et pluie mais le réveil est
matinal car nous prenons l'avion pour la « ville » la plus
septentrionale du monde : Ny Alesund. Nous devons y
retrouver 3 kayaks et le matériel qui va avec pour aller
visiter la Baie du Roi.
Nous commençons le circuit dès notre arrivée. Trois heures
de kayak le premier soir (17-20h), pour aller installer
notre premier camp dans la baie.
La Baie du roi est un lieu magnifique : tout autour,
d'immenses glaciers plongent vers la mer, la parant de
multiples glaçons que nous effleurons, lors de nos
navigations, de nos frêles embarcations.
Le feu commence à faire des caprices : il boude
désespérément les délicats petits copeaux (certes
humides !) que nous découpons tout spécialement pour lui.
Pendant le 2ème camp, sur une île, toujours en Baie
du roi, nous sommes envahis par les renards. Les 5
premières minutes : camera, appareils photos, nous
mitraillons la star. Un peu plus tard, nous sommes
attendris par l'audace des petites bêtes qui s'enhardissent
jusqu'aux sacs de nourriture. La suite se déroule à coups
de pierre pour tenter de chasser ces petits effrontés qui
ont quand même réussi à nous voler notre éponge à
vaisselle, des cappuccinos et du thé !!!
Les gardes continuent chaque nuit, souvent sous la
pluie et dans le froid.
Nous faisons une jolie balade, sous la pluie et
dans la boue, sur notre île d'adoption avec pique-nique à «
London », la résidence secondaire des chercheurs de Ny
Alesund. Le reste de la journée consiste à chasser les
renards, admirer le paysage et essayer d'allumer un feu. La
pluie commence à infiltrer certaines tentes.
Dimanche 25, nous traversons la baie du Roi pour rejoindre
un 3ème camp. Cette traversée n'est pas de tout repos, il
faut plier le camp sous la pluie, ramer face au vent,
lutter contre la fatigue pour atteindre la côte. Mais cela
renforce d'autant le plaisir, le soir venu, de serrer, à
l'abri dans la tente mess, un bol de soupe chaude, tout en
n'ayant qu'un pas à faire pour se trouver face à face avec
la beauté du célèbre glacier du Roi, un des plus magnifiques
paysages du Spitzberg.
Dans le kayak, ce qui est le plus pénible, c'est l'avant et
l'après. Mettre et enlever la combinaison en plein vent,
charger et trouver de la place dans le kayak.
Une fois que tout est en place, ça va plutôt bien.
On est au chaud et (normalement) au sec dans la combi. Il
n'y a plus qu'à pagayer. Le soir on installe un nouveau
camp, il y a toujours plein de choses à faire : planter les
tentes, faire les corvées d'eau, lancer un feu (d'ailleurs
devenu impossible en baie du Roi par trop de pluie !),
faire la popote, ranger le matériel nautique, et tous les
petits détails qui font le confort du bivouac.
Armés de piolets et crampons, nous partons aussi à
l'attaque du glacier du Roi. Pour cela, il nous faut
traverser, pieds nus, un gros cours d'eau. dur, dur. dans
de l'eau à 1 ou 2 degrés.
Le mardi 27, nous devons rentrer à Ny Alesund. Or,
la mer est trop mauvaise pour rentrer en kayak, c'est donc
à pied que nous partons avec, sur nos dos, un terrible
chargement : tout le matériel de bivouac (tente,
nourriture, gamelles, affaires de montagnes, affaires
personnelles) attaché, dans les sacs étanches, tant bien
que mal sur nos petits sacs à dos, les grands étant restés
à Longyearbyen. Les 9 km sont rendus encore plus difficiles
par la traversée de nombreux ruisseaux. Le lendemain,
départ à pied (sous le soleil, cette fois !) pour aller
récupérer nos kayaks, que finalement nous ramenons par voie
maritime puisque le temps le permet.
Nous rentrons, pleins de souvenirs et de belles images, le
29 à Longyearbyen
et le 30 à Paris. |
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