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| Qiki-Pan à ski |
Le journal de bord
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Qikitarjuaq Pangnirtung à skis à deux: il nous aura fallu pas moins de 6 mois de préparation. En réalité on n'a fait que les trucs agréables, l'itinéraire, l'alimentation, le choix du matos perso, etc…le moins drôle (logistique avions, surcharge bagages…) a été accompli par GNGL ainsi que la location du gros matériel sans parler des conseils dont la maison n'est jamais avare.
Nous c'est: Bertrand Bahurel : 2 raids au Svalbard avec GNGL, 2 raids en Suède en février et le tour du Sarek en Laponie suédoise en solo.
Michel Mendes: 18 ans d'alpinisme été comme hiver , rochers, neige et glace, ski de rando et un raid au Svalbard avec GNGL.
Sur la piste d'Iqualut nous attend le petit bimoteur. Le voyage commence là. Un premier vol de 300 km. Courte escale à Pangnirtung. Puis de nouveau décollage sur la piste enneigée et là, magie ! On s'offre en rase motte 200 km de notre itinéraire à ski. Nous ne volons qu'à mi-hauteur des Big-Wall et autres sommets qui bordent l'itinéraire…grand spectacle. Atterrissage à Qikiqtarjuacq. Nuit dans une famille inuit très sympa.
Après avoir réglé les formalités d'usage avec le garde du parc, nous prenons pieds sur la banquise. 6 mois que nous attendons ce moment. Le temps est au grand beau Les 70 kg de pulka passent bien…pour l'instant. En fin de journée la température passe rapidement de -22 à -30 avec un tout petit vent de 15 km/h. On plante la tente de bonne heure au milieu du fiord. Le lendemain le Beechraft qui passait dans le coin descend assez bas pour nous saluer avec des battements d'ailes. C'est bête mais ça fait un plaisir terrible.
Bientôt le temps change, neige et white out en embuscade. Nous dépassons le fiord du Couronnement avec un petit regret….Le mauvais temps s'accroche 2 jours. Neige collante pour les pulkas, visibilité faible. Nous mettons 4 jours pour couvrir les 80 km qui nous séparent du fond de North Pangnirtung, dont une journée avec une unique ligne droite de 28 km…ça laisse du temps pour la réflexion !
Pour passer du niveau 0 mètre de la banquise à l'extrémité de la vallée de l'Owl river il y a comme une marche, enfin on en a trouvé une ! Les pulkas ont été bien lourdes par instants avec des petites pentes en glace de temps à autre pour être sûr de ne pas s'ennuyer.
La remontée de cette large vallée se fait en 3 jours. De part et d'autre de fantastiques parois granitiques d'un millier de mètres pratiquement verticales nous surplombent. Elle alternent avec des sommets ronds et blancs. L'impression est extraordinaire. Le temps est moyen et un continuel vent de face nous fait apprécier les masques néoprènes.
Peu avant de monter à Glacier Lake commence une partie de cache cache avec un des buts de notre voyage : le Mont Asgard, la demeure des dieux scandinaves. Dès l'instant où il a pu être visible, un voile de nuages homogènes ne nous le laisse entrevoir que quelques minutes par jour, entretenant l'excitation et le mystère. La montée à Glacier Lake est assez raide, un petit mur de 200 m de dénivelé. Le plus léger de nous deux est plus léger que sa pulka et les crampons trouvent ici leur première utilisation. Nous campons au pied du glacier Turner. L'Asgard nous nargue toujours derrière son voile, quand il se montre c'est juste pour nous faire un petit coucou quelques minutes et repartir jouer la montagne invisible.
Le lendemain nous quittons pour quelques jours l'axe Qikitarjuaq Pangnirtung et prenons pied sur le glacier Turner. Le front du glacier fait plus de 30° ( mesuré). Avec les pulkas c'est assez sportif ! Cette fois crampons pour tout le monde. 10 pas… soufflez sans repartir en arrière…10 pas etc.…On évite les grosses crevasse de gauche et cahin cahan on finit par planter la tente à 800 m d'altitude, en plein brouillard, en principe au pied du mont Asgard. Vers 17 h alors que l'on s'affaire dans notre superbe cuisine creusée dans une congère, l'air commence à frissonner dans les hauteurs. Certains sommets commencent à apparaître comme à travers un papier calque, improbables et fulgurants et soudain l'Asgard est là devant nous dans un ciel bleu tranchant, monolithe parfait. Grands frissons. Il est là, juste là, simplement là, mais ce qu'il dégage, ce que l'on ressent, ce qu'il..heu, c'est si ….qu'on a toutes les chances d'écrire des conneries alors le mieux c'est que vous alliez voir par vous-même.
Ce camp fixe de 4 jours est un rêve éveillé. Tous les jours nous allons à la découverte…sans pulka. Le tour complet de l'Asgard nous sera refusé. Des plaques à vent dans un petit col raide du glacier Parade nous incitent à la prudence. La conscience de n'être que deux dans cette immensité donne une certaine acuité à la perception du danger. Mais qu'importe ce glacier Parade est une splendeur, une chaussée de géant pour petits hommes émerveillés.
On poussera également jusqu'à la Calotte de Penny, 28 km ce jour là, et le long des pentes du Mont Brynhild.
Enfin, une descente à frissons du glacier Turner nous ramène à Akshayuk Pass. Après 9 km de traversée de Sumit Lake c'est le début de la descente très spéciale de 35 km de glace miroir de la rivière Weasel. On retrouve également le vent, dans le dos cette fois avec des rafales à 50 km/h puis 80 en soirée. Ca va quand on sait qu'il peut souffler ici à plus de 170 km/h, mais quand même sur la glace c'est assez rock n' roll. Les pulka se jettent vers l'avant et nous tournent furieusement autour. Nous cassons tous les deux nos deux crampons. Toujours en cœur. Les deux droits d'abord. Les deux gauches le lendemain. Réparations de fortune, morceaux de vis et d'écrous, cordelettes par -20 et en plein vent.
Le mauvais temps est vraiment revenu. Nous passons au pied du fantôme du Mont Thor, mur vertical de 1500 mètres. Puis les rapides de la Weasel, des marches en glace de plus 1,50 mètre ….intéressant avec les pulkas…L'ambiance est garantie, vallée encaissée, mauvais temps, roches très noires et glace vive.
Nous retrouvons la banquise avec plaisir pour les 30 derniers km qui vont nous ramener à Pangnirtung.
Une dernière nuit dans une famille inuit et nous attendons l'avion … qui n'arrivera pas pour cause de tempête. Une autre nuit donc à Pangnirtung et tout le plan de vol du retour à refaire. Merci à GNGL qui un samedi à 19h à Paris a pris le temps d'envoyer des fax et d'appeler les compagnies nous aidant beaucoup dans nos démarches.
Le lendemain nous nous installons à bord du Beechraft pour 10 minutes…puis on nous demande de redescendre, les condition de vol n'étant pas possibles pour finalement remonter à bord une demi-heure plus tard et décoller cette fois pour Iqualut.
Bref l'aventure dégustée jusqu'à la dernière seconde…
Et maintenant…une seule envie…repartir demain…..enfin le plus tôt possible….
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