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Là-bas, au-delà du Cercle Polaire Arctique, aux
confins de notre monde à nous, débute un autre univers.
Un territoire figé par les glaces et la banquise plus de 8 mois par an,
éloigné, isolé où règne en plus un froid
intense.
Une nature inhospitalière presque inhumaine et pourtant ... des Inuit
y vivent depuis des millénaires, attachés à leur "terre",
ils ont obtenu après de longues revendications la reconnaissance de leur
nation en 1999: le NUNAVUT ("Notre Terre" en langue Inuktitut).
Difficile d'expliquer
pourquoi, mais les
régions Nordiques et Arctiques m'ont souvent attiré, peut-être
le magnétisme du Pôle ? Aprés un premier voyage estival
dans le Grand Nord dans la sublime baie de Disko au Groenland, une envie irresitible
m'a conduit en avril sur la Terre de Baffin ...
Découvrir
la banquise et les fjords "englacés" lors d'une randonnée itinérante
en traîneau à chiens ; partager le mode de vie traditionnel des
Inuit, visiter une communauté de l'Arctique Canadien (Clyde River) ainsi
que la Capitale (Iqaluit) de la première nation Inuk au monde ... Ceci
n'est qu'un bref aperçu de ce que je vous propose de découvrir
au travers des pages et des photos de ce site.
Alors prêt
pour le g?????nrand frisson au milieu du Grand Blanc ? Chaussez les kamik,
enfilez la cagoule, fermez la parka et serrez les moufles ... vous ne sentirez
même plus qu'il fait -20° en prenant place sur le traîneau
!
Attention ! "Ain ! Ain ! Ain ! " ... et les chiens s'élancent sur la
banquise, voilà comment débute l'Aventure.
Jean Saint-Martin . E. MAIL
1/CHIENS
ESQUIMAUX : De robustes marathoniens des glaces
Robustes, courageux et
soumis, tels se révèleront les chiens esquimaux qui nous tractent.
De robustes animaux à poil touffu dont la queue se dresse en faucille.
Cette race de chien esquimau canadien (canis familiaris borealis)
arbore toutes les couleurs de fourrure des chiens de l'Arctique (groenlandais,
huskies ou malamutes) ; de plus leur faculté d'adaptation aux rigeurs
du climat est exceptionnelle.
Et quelle vitalité ! Imaginez le labeur, plus de 40 km parcourus chaque
jour en tirant notre très lourd traîneau.
Des caresses et des récompenses à l'étape ? Non, non, juste
en guise de repas un morceau de phoque souvent gelé (seulement tous les
deux jours) et une nuit de repos à la belle étoile ... "polaire".
Soumis, ils le sont, à leur maître.
Jayko n'hésite pas à montrer et à faire claquer le fouet,
histoire de confirmer que c'est lui le chef !
Cet après-midi, les chiens de tête, théoriquement les plus
expérimentés ne veulent décidément pas suivre les
indications de direction ... Qu'à cela ne tienne !
Jayko, à plusieurs reprises arrête le traîneau, se porte
aux côtés des chiens, fouet à la main. Quelques grognements
et voilà la meute vite repartie dans la bonne direction ... laissant
à peine le temps à notre musher de se replacer sur le qamotiq . Pourvu qu'au prochain arrêt tout l'équipage
ne reparte pas sans son conducteur : on se trouverait alors dans une
belle situation !
Des chiens qui aboient ou hurlent au moment de dévorer leur morceau de phoque ... mais aussi
tous les matins au moment de constituer l' attelage, après une nuit de
repos, ces athlètes sont semble-t-il impatients de partir pour leur marathon
quotidien. La dextérité est de mise pour les attacher, dans le
bon odre et à la bonne place, sans emmêler les cordes, d'autant
que quelques excités se font un malin plaisir à tirer et à
se déplacer sans cesse !
Un fait amusant qui se
reproduit à chaque départ : la course doit stimuler les besoins
naturels des chiens ... mais malheur au retardataire dans ces circonstances,
le reste de l'équipage n'attend pas ! La corde se tend précipitament
et le pauvre bougre est tiré sans ménagement ... une glissade,
quelques gémissements et le voilà revenu à sa place !
Et que dire du calvaire
de ce chien blessé par un choc contre le traîneau ? Courageux, il terminera l'étape sur trois pattes. Le lendemain,
il ne sera pas attelé, boitant, sautillant, tentant de suivre la troupe
mais disparaissant progressivement de notre vue. Et nos accompagnateurs inuit
de nous confier : " il regagnera le village en suivant les traces, peut-être
dans deux jours ... ou jamais !".
Le monde arctique est sans pitié pour les plus faibles.
Les Inuit m'aimeraient-ils
pas leurs chiens ?
Si, si, même si le traîneau à chiens est quelque peu délaissé de nos jours au
profit des motoneiges (bien plus pratiques pour tracter les traîneaux !), les
Autorités du Nunavut ont désigné le chien esquimau canadien, leur cher quimmiq , comme "l'animal officiel" du territoire.
Ce compagnon fidèle des Inuit depuis bien des générations obtient là une juste
reconnaissance.
2/CAP
A L'EXTREME NORD : Le "Grand Blanc" vu d'avion ... et l'arrivée
Pour
débuter le raid, encore faut-il y parvenir dans cet
Extrême Nord canadien ! C'est loin, même très loin
... Cinq heures de vol seront nécessaire pour atteindre notre
destination finale sur la côte Est de l'Île de Baffin. Long ? Certes, mais
finalement bien court pour un changement de monde !
Retour en arrière. Triste matin d'avril à Ottawa, un
ciel bas, plombé et un sol recouvert d'une couche de neige
humide.
Il est 9h30, l'avion de la compagnie First Air décolle : Cap au nord.
Près
d'une heure plus tard les nuages ont disparu, la brume s'est
évaporée ... Le soleil illumine des étendues de
plus en plus blanches, le relief s'estompe sous l'épaisse
couche de neige : nous survolons le Nunavik.
C'est maintenant une banquise disloquée qui apparaît à
travers le hublot, un véritable puzzle géant.
La terre glacée de l'Île de Baffin est en vue, l'avion
amorce sa descente vers Iqaluit, la petite capitale du Nunavut.
L'escale sera brève, quelques pas sur le tarmac vers
l'aérogare peint d'un jaune surprenant ; fait-il très
froid ? Certainement, mais le temps presse et finalement je n'en ai
pas vraiment conscience.
Juste le temps de changer d'avion et aussi d'ambiance ...
Car nous sommes encore à 2h10 de vol (700 km) de la
communauté de Clyde River d'où part notre raid.

Une quinzaine
de passagers, quelques Inuit regagnant leur famille, des centaines de
kilos de fret et une unique hôtesse habillée d'une
combinaison bordée de fourrure.
Pas de doute, c'est bien vers l'extrême Nord que nous nous
dirigeons.
Par le
hublot, la visibilité est parfaite mais l'on n'observe que du
blanc à perte de vue, un désert glacé sans
limite. On en viendrait presque à se demander si finalement il
y a bien quelque chose au bout du voyage. Les yeux cherchent
désespérément un détail, une
particularité, un relief qui pourrait fixer le regard ...
La voilà enfin cette côte, profondément
entaillée de fjords tortueux. Les hautes parois rocheuses de couleur
sombre font ressortir la blancheur immaculée d'une banquise
étincelante sous les rayons du soleil ...
Une voix nasillarde émane des hauts-parleurs, l'annonce est
incompréhensible mais l'on se doute que l'atterrissage est
proche.
Sur la
gauche, apparaît soudain des alignements de petits cubes bruns
: les habitations des 800 Inuit de Clyde River, une communauté perdue
au milieu de cette immensité blanche.
Cinq minutes plus tard, en posant le pied sur la piste gelée,
je respire enfin à plein poumon cet air pur et glacé
... Il fait -20° ! Cette première sensation, d'une
bouffée d'oxygène polaire, je l'attendais avec
impatience, je l'avais même imaginé ... provoquant une
certaine ivresse, celle du Grand Nord.
Il n'y a,
bien sûr, pas de taxi à Clyde et c'est en traîneau
tracté par une motoneige que l'on rejoint la bourgade. Un
petit vent accentue très rapidement la sensation de froid, le
nez pique et le visage est vite agressé, pourquoi avoir
laissé ma cagoule dans mon sac ?
Maintenant,
tout attire mon attention tellement cette vision d'un univers nouveau
est
surprenante : la baie hérissée d'amas de glace, les
petits bateaux figés par la banquise, les motoneiges
pétaradantes que l'on croise, l'alignement de poteaux
électriques (pas très esthétique) le long des
maisons cubiques dont les cheminées crachent une fumée
vite balayée par le vent, les jeunes femmes qui portent leur
bébé sur leur dos et toutes ces peaux de phoques
étendues ça et là ...
Avec empressement, je voudrais tout voir, tout découvrir, tout
fixer ... Toutes ces premières visions, sensations et
impressions vécues au moment de l'arrivée dans un pays
qui m'est inconnu restent toujours dans ma mémoire des
instants forts.
Quelques
aboiements de chiens parviennent à mes oreilles ... histoire
de me rappeler, s'il en était besoin, que la grande
découverte, c'est pour demain, avec le départ du raid
en traîneau à chiens.

A
suivre !
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