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| Sur les traces de l'ours |
L’ours polaire se déplace !
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Sur
les traces de l’ours…, tel était l’intitulé
de l’expédition pour laquelle nous nous embarquions
en cette sombre matinée d’avril. Un séjour
de 12 jours en autonomie complète avec comme point fort,
si la chance nous souriait (comme le précisait la brochure
GNGL), une rencontre avec le seigneur des lieux. La chance nous
a souri et dès J4 nous est apparu un magnifique spécimen
de la famille Ursus maritimus. Il était à environ
200 mètres de nous lorsque nous l’avons vu pour
la première fois. Difficile d’en préciser
les mensurations, il nous apparaissait comme un monstre d’au
moins 600 kg (aucun de nous n’étions marseillais)
et il semblait garder l’entrée de la vallée
que nous souhaitions emprunter. Après
avoir vérifié le fusil et nous avoir distribué
les fusées d’alarme notre guide nous invita à
poursuivre avec prudence. A
notre approche l’ours disparut dans la moraine. Nous
progressâmes lentement pendant une heure et demi tournant
la tête dans tous les sens, scrutant chaque rocher aux
jumelles avec la dérangeante impression qu’il était
là. Puis
nous sommes arrivés au pied du glacier Edvard où
notre nouvel ami, qui avait coupé par la moraine nous
observait de loin. Sans susciter la moindre réaction
de sa part, tout en restant à une distance très
respectable de lui, nous avons poursuivi et entamé l’ascension
du glacier. Il devait bientôt disparaître au loin
et nous étions satisfaits d’avoir eu la chance de voir
cet animal magnifique. Non loin du haut du glacier nous avons
installé notre camp en prenant soin de concentrer les
tentes dans un petit périmètre afin de pouvoir
les circonscrire par le filin d’alarme et de mettre la
tente mess à distance. La
température en haut du glacier était fraîche
(nous enregistrions -22°C sous la tente mess), le vent faible
et le ciel parfaitement dégagé.
Nous nous sommes alors retrouvés sous la tente mess pour
déguster un risotto au bœuf lyophilisé en
évoquant nos souvenirs de la rencontre avec la bête.
Un des membres de notre groupe, qui pour une raison que je n’évoquerai
pas ici eu un urgent besoin de sortir de la tente, ouvrit la
porte de celle-ci et se retrouva à 20 mètres de
distance face à celui que nous pensions avoir quitté
au bas du glacier. Il était juste là, probablement
attiré par l’odeur alléchante de notre risotto
en flocon.
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Après quelques secondes de flottement certains tiraient des
fusées en sa direction d’autres prenaient des photos
ce qui eu pour effet de le faire tourner les talons et disparaître
nonchalamment derrière une colline. Nous
avons alors constaté que l’ours avait avant de se diriger
vers la tente mess exploré le campement, une des tentes retrouvée
partiellement détruite et ses traces de pas en témoignaient.
Il nous apparaissait dès lors très clairement que ce
n’était pas nous qui étions sur la trace de l’ours,
mais lui qui suivait depuis le début d’après midi
la trace de nos pulkas. Après avoir installé le filin
d’alarme anti-ours autour du camp et empaqueté toute
la nourriture dans les pulkas disposées à distance du
camp, nous sommes entrés dans nos sacs de couchage pour tenter
de nous reposer après cette journée forte en émotion.
Une demie heure plus tard, l’un d’entre nous qui n’avait
pas encore pu trouver le sommeil fut alerté par des pas d’une
lourdeur toute particulière, qui compte tenu des événements
antérieurs amena l’insomniaque à donner immédiatement
l’alarme. L’ours était à 10 mètres
du filin et était bien disposé a venir
troubler notre sommeil. Après quelques fusées tirées
dans sa direction il disparut une nouvelle fois derrière le
relief. Décidés
à ne pas nous laisser surprendre une nouvelle fois nous organisions
pour finir la nuit, alors que la température avait considérablement
chuté, des tours de garde. Nous ne revîmes pas l’ours
et nous nous retrouvâmes à 7 heures
pour le petit déjeuner avec non pas des valises mais des pulkas
sous les yeux. Après avoir levé le camp nous avons repris
la route et retrouvé la trace de l’ours importun. Après
nous avoir quittés il avait pris le cap plein est en direction
de la banquise, pendant
plusieurs heures nous avons suivi sa trace avant que nos chemins se
séparent. Nous devions revoir quelques jours plus tard sur
la banquise deux autres spécimens à des distances, cette
fois, plus acceptables. Cette rencontre quelque peu stressante sur
l’instant fut magnifique et nous permit de voir cet animal sauvage
redoutable de près. Nous en gardons tous un souvenir impérissable.
Photos
et texte : Elie Azria
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