|
<C'est
comme un bon livre, on a du mal à le quitter. C'est difficile de
ne pas le retrouver régulièrement. Pendant quelque temps,
c'est sûr, l'aventure de Mike va nous manquer. Nous sommes heureux
de sa réussite, nous partageons son bonheur. Nous lui disons "à
bientôt pour le prochain défi".
21
octobre 2004
Dernières
nouvelles – Félicitations Mike !
Mike
est de retour au Cap Nord en Norvège (point de départ et
point d’arrivée de l’expédition) où il a retrouvé
sa femme Cathy et ses 2 enfants, 27 mois plus tard, fatigué mais
en très bonne forme. Aux quelques 80 personnes, journalistes, sponsors
et amis qui étaient là pour l’accueillir, il a déclaré
: ‘ Après tout ce temps, c’est bon d’être de retour. J’ai
parfois pensé que je n’y arriverais pas, mais je l’ai fait. Je suis
fier de moi !’
21
octobre 2004
Mike
a enfin bouclé la boucle
Et
quelle boucle ! 20000 km en 26 mois...courage, ténacité,
patience, persévérance...quelques qualités qui lui
ont été nécessaires tout au long de son périple.
Je
n'ai pas encore le récit de l'arrivée au Cap Nord car toute
l'équipe qui le suit depuis plus de deux ans est allée l'accueillir.
En
attendant, vous pouvez vous connecter sur le site de SwissInfo.
Dans
quelques jours plus de détails. D'ores et déjà, BRAVO
MIKE
15
octobre 2004 -
Mike
écrit depuis la Norvège !
‘Le
voyage de Murmansk jusqu’à la frontière norvégienne
à vélo n’a pas été des plus faciles. Les mauvaises
conditions météo annoncées sur la mer ont débordé
à l’intérieur des terres. Le terrain était très
accidenté et le vent violent combiné avec la neige et la
pluie ont rendu ma progression très lente. 5 minutes après
avoir quitté Murmansk j’étais trempé. La température
a baissé et la route, comme moi et mon eau potable, s’est couverte
d’une couche de glace et de neige. C’était difficile d’arriver en
haut des collines, et je ne parle pas des descentes. Il fallait que je
pédale en permanence pour garder une certaine traction sur la route
et je ne devais en aucun cas toucher les freins, autrement j’aurais fait
quelques acrobaties bizarres. J’étais content, j’ai réussi
à rester sur mon vélo la plupart du temps, à part
une fois où j’ai eu un contact un peu rude avec le sol russe.’
‘J’ai
parcouru la distance de 300 km en deux jours. J’ai pédalé
presque jour et nuit. Il y a très peu d’abris le long du chemin,
avancer était donc le seul moyen de garder un peu de chaleur.’
En
approchant de la frontière russe, je me préparais à
une longue attente. A ma grande surprise, ils m’ont laissé
pédaler les 20 km du no man's land entre les deux points de contrôle
russe sans me poser une seule question. En présentant mon passeport,
on m’a traité en héros. Les gens étaient déjà
en train de parler du premier homme à avoir fait le tour de l’Arctique
à ski, en kayak, à la voile et à vélo. Les
garde-frontières attendaient mon arrivée, par conséquent
les formalités ont été remplies très rapidement
sans problème.’
‘Mon
entrée en Norvège ne s’est pas faite facilement, mais je
comprends pourquoi. Qui voudrait d’un homme sale, puant, barbu avec des
longs cheveux sur un vélo dans son pays ? Ce qui explique peut-être
aussi pourquoi les Russes voulaient se débarrasser de moi aussi
rapidement ! J’ai dû donner deux noms de gens que je connaissais
en Norvège pouvant se porter garant de moi durant mon séjour
en Norvège. Merci à Stig-Tore Johansen et Borge Ousland pour
leur aide. Stig-Store est venu à ma rencontre du côté
norvégien et j’aimerais le remercier, lui, sa femme et ses enfants,
d’avoir ouvert leur maison à l’expédition et aidé
autant qu’ils le pouvaient. Stig m’a guidé jusque chez lui à
Kirkenes où il m’a invité à prendre une douche bien
méritée et à dormir.’
‘En
pédalant vers la frontière norvégienne, que j’avais
quittée il y a 2 ans et 20000 km, je ne pouvais pas m’empêcher
de hocher la tête en signe de satisfaction. Dans ma tête je
me disais que j’avais fait un bon boulot. Je suis heureux de ce que j’ai
vu et vécu. Aucun bruit autour de moi, le silence en dit tellement
long. Je suis un homme humble et heureux qui retourne en Norvège.
J’ai continué de pédaler en baissant la tête et j’ai
remercié Dieu de m'avoir gardé sain et sauf dans l’Arctique.’
‘J’ai
un but maintenant, c’est d’atteindre le Cap Nord et de fermer la porte
de cette expédition. Une porte qui a parfois été très
lourde à déplacer. Plus une expédition est dure, plus
il est difficile de s’arrêter. C’est la vie, mais je suis maintenant
prêt à tourner la page.
Salutations
Mike
13
octobre 2004
Mike
est en Norvège !
A 13h00
GMT le 12 octobre, Mike a franchi la frontière entre la Russie et
la Norvège sur son vélo Trek.
‘’J’ai
de la peine à croire que je suis maintenant en Norvège. C’est
un beau sentiment ! Mon dernier mois en Russie semble avoir été
une succession de problèmes. Maintenant, je suis dans la dernière
ligne droite. Dans une semaine j’atteindrai le Cap Nord et l’expédition
Arktos touchera à sa fin.’
‘
Je suis très impatient de revoir mes amis et ma famille. Ça
fait longtemps que je n'ai pas vu ma femme et mes filles. Il paraîtrait
que quelques personnes viendront m’attendre au Cap Nord. Ce sera super
!’
Le
voilier Corsair de Mike arrivera en Norvège aujourd’hui, et une
décision importante devra être prise. Si le temps le permet,
il terminera son expédition avec son voilier pour franchir les falaises
du Cap Nord. Si les conditions météo sont mauvaises, il arrivera
au Cap Nord à vélo.
Le
21 octobre 2004, environ 80 personnes, la famille, les amis, les sponsors,
les journalistes retrouveront Mike sur le plateau du Cap Nord et une fois
de plus Mike entrera dans l’histoire du monde de l’exploration. Il sera
le premier homme à avoir effectué le tour complet du cercle
arctique en solo, sans interruption et sans moyens motorisés.
10
octobre 2004
Mike
appelle le dimanche 10 octobre
‘ Je
suis prêt à quitter Murmansk !’ dit Mike. ‘Ça fait
une semaine que je suis ici. Après avoir heurté la quille
de mon bateau en entrant dans le port de Murmansk, j’ai été
contraint de le sortir de l’eau pour vérifier une fois de plus les
dégâts. J’ai fait de nouvelles réparations. Le bateau
est maintenant en ordre, mais les conditions météo ne sont
pas terribles.’
‘Bernard
Stamm m'a informé qu’une dépression venait du sud-ouest et
que des vents de 45 nœuds étaient prévus. Comme mon visa
d’une année pour la Russie expire tantôt, je ne peux pas rester
plus longtemps ici, je dois sortir de Russie.’
‘Mon
vélo Trek est arrivé et j’ai décidé de continuer
à vélo jusqu’à la frontière de la Norvège.
Une fois encore, il y a des difficultés ! Les garde-frontières
m’ont dit qu’ils ne me laisseront pas partir à vélo ou à
pied pour traverser les 17 km de zone militaire qui relient la Russie et
la Norvège. La loi stipule qu’il faut être conduit en véhicule
de l’autre côté de la frontière. A nouveau Sergei de
‘Polar Consulting’ a dû négocier avec les autorités
russes, pour que j’obtienne une autorisation spéciale qui me permette
de traverser la frontière à vélo. Je suis prêt
à partir.’
‘La
température baisse. Aujourd’hui, il fait zéro degré
Celsius, il pleut et il neige. Je vais mettre quelques couches de Gore-Tex,
préparer mon vélo et partir. Il y a 300 km de routes
goudronnées jusqu’en Norvège avec quelques collines à
franchir. Je pense qu’il me faudra environ deux jours pour atteindre la
frontière.’
Durant
ce temps, mon voilier Corsair sera acheminé de l’autre côté
de la frontière sur un camion et je le retrouverai en Norvège.
J’espère que le vent se calmera un peu, pour que je puisse utiliser
mon bateau pour atteindre le Cap Nord. Il y a plus de deux ans, je démarrais
l’expédition Arktos sur un bateau depuis le Cap Nord en Norvège.
Mon rêve est de terminer l’expédition sur un bateau avec comme
témoin les falaises du Cap Nord. Déjà maintenant en
approchant de la Norvège, le paysage commence à être
semblable. La Russie fut une expérience incroyable, mais je dois
dire que je suis impatient d’entrer en Norvège. Je vous appelle
dès que j’y serai. Mettez le champagne au frais !’
‘Salutations’
Mike
1er
octobre 2004
Mike
s’arrête à Drozdovka 68°20.359 N 38°25.144 E
A 13
heures GMT Mike a amarré son bateau dans une petite baie abritée
à Drozdovka.
‘
J’ai réussi à traverser la Mer de Barents ! Je suis content
de toucher terre. C’est chaque fois la même chose : Je mets le pied
sur mon trimaran Corsair et la tempête éclate ! On m’avait
averti concernant les conditions de navigation de la mer de Barents, et
bien maintenant je comprends pourquoi. J’ai navigué par vent de
nord-ouest, soufflant en permanence à 25-30 nœuds, avec des rafales
allant jusqu’à 45 nœuds. Des vents particulièrement violents
ont soufflé aux alentours de la pointe de Kanin Nos et ensuite j’ai
dû batailler contre une houle du sud qui pénétrait
dans un bras de mer de la Mer Blanche, avec des vagues allant jusqu’à
4 mètres et demi. Mes flotteurs étaient toujours submergés
et sont maintenant pleins à ras bord, un des étais du mât
a lâché sous la pression et les trois pilotes automatiques
sont pleins d’eau et ont cessé de fonctionner.’
‘Mon
trimaran Corsair est une merveille ! Il m’a emmené tout autour du
monde lors de ma dernière expédition, Latitude Zero, et peut
encore supporter des conditions si extrêmes¨’
‘Je
suis actuellement dans une baie protégée et peux enfin dormir
et manger un peu. Demain, je vais vider les flotteurs, réparer l’étai
et les pilotes automatiques avant de lever l’ancre à nouveau. Bernard
Stamm m’aide en ce qui concerne la météo et il dit que le
vent devrait se calmer ce soir et que je devrais pouvoir repartir pour
Murmansk avant le retour du mauvais temps.’
‘
Les garde-frontières m’attendent à l’arrivée à
Murmansk. Ils ont précisé que je devais naviguer en deçà
d’une zone 12 miles de la côte, ils observent tous mes déplacements.
Cathy leur envoie ma position quotidiennement. J’espère qu’ils vont
accepter cette escale inattendue à Drozdovka. Ils prétendent
qu’il me faudra quelques jours pour obtenir la permission de quitter le
pays. Apparemment il y une longue procédure à Murmansk, un
tas de paperasse à remplir …surprise, surprise !’
‘Plus
que 600 km pour atteindre le Cap Nord. Ce ne sera plus très long
avant de dire au revoir à la Russie et de retrouver les eaux norvégiennes,
là où j’étais il y a 2 ans.’
‘C’est
triste et excitant à la fois. Je me réjouis de rentrer à
la maison !’
Mike
28
septembre 2004
Le
bateau est réparé et Mike est prêt à partir.
Dans l’après-midi
du 25 septembre, Jean-Philippe et un constructeur de bateau russe ont rejoint
Mike dans le village de Topseda, sur la côte nord de la Russie. Les
outils, la résine, la fibre de verre ont été transportés,
une fois de plus, par avion puis par hélicoptère. Les réparations
pouvaient donc démarrer sur la coque principale du trimaran Corsair.
Ils ont rapidement reconstruit le mètre et demi de coque détruit
durant la dernière tempête.
Mike a téléphoné
ce matin, pour dire que le bateau était déjà réparé.
Tous les trois ont beaucoup travaillé et il est très satisfait
du travail. ‘Je suis prêt à prendre la mer’, dit Mike. ‘Nous
avons préparé le bateau pour le départ. Je vais le
remettre à l’eau et si la météo est bonne je peux
partir.’
Bernard Stamm est actuellement
en train d’étudier les conditions météo prévues
pour ces prochains jours, la situation semble positive. Mike pourra mettre
les voiles. Il est impatient de partir. ‘Ce bateau m’a emmené à
travers les océans Pacifique, Indien et Atlantique, il va donc aussi
m’emmener à travers la Mer de Barents. Nous avons voyagé
si loin ensemble ! Il ne peut pas me laisser tomber maintenant.’
‘C’est un peu triste que
je vais quitter mon ami le pêcheur. Nous avons passé beaucoup
de temps ensemble ces deux dernières semaines. Il m’a aidé
autant qu’il le pouvait sur le bateau, mais il était un peu limité
à cause de son âge. Ce sera certainement beaucoup plus calme
pour lui, une fois que je serai parti. Il n’y a jamais eu autant d’action
à Topseda.’
‘ J’essaierai d’appeler
depuis le bateau.’
Mike
Communiqué
de presse - 21 septembre 2004
Mike
Horn ne finira pas son tour du Cercle Polaire fin septembre !
(en
italique, toutes les nouvelles infos par rapport au message du 18 septembre)
Mike
Horn est bloqué à Topseda, Russie, suite à des dégâts
importants sur le bateau.
Il
ne peut pas, comme prévu, commencer sa dixième et dernière
étape du tour du Cercle polaire arctique.
Le
11 septembre dernier, Bernard Stamm, Jean-Philippe Patthey et Martin
Horn ont dit au revoir à Mike après lui avoir envoyé
le trimaran Corsair, le même qui fut utilisé pour l'expédition
Latitude Zero et une fois de plus il était seul.
Tout
ce qu’il restait à faire maintenant était d’attendre les
bonnes conditions météo avant de lever l’ancre, pour traverser
la mer de Barents en direction du Cap Nord.
Ce
ne fut toutefois pas aussi simple que ça !
Le
13 septembre, une terrible tempête
a commencé à se lever. Mike raconte :
’
Je me suis battu durant 4 jours non-stop pour essayer de sauver mon bateau.
Il était amarré dans la baie, mais les vents étaient
si violents que le bateau était chahuté dans tous les sens.
Les trois ancres n’arrivaient pas à tenir le bateau en place. Les
vents étaient simplement trop violents - je pense jusqu’à
80 km/h ! Et moi, tout seul, je me suis battu autant que je le pouvais
pour contrôler le bateau, mais ce fut impossible. Je n’ai pas dormi
depuis 4 jours !’
Il
y a 4 jours Mike a appelé pour dire qu’il pensait que le bateau
avait été endommagé, probablement heurté par
un tronc d’arbre. Mike a été contraint de sortir le bateau
de l’eau pour faire un constat précis des dégâts. Les
nouvelles n’étaient pas bonnes ! Mike a découvert dans la
coque principale une fissure d’environ 40 cm, le bateau n’est donc plus
navigable. Il faut réparer avant de repartir.
A
Topseda, il n’y a rien. Quelques baraques en ruine et seulement un habitant,
un vieux pêcheur très aimable qui aide Mike autant qu’il le
peut. Mike lui est très reconnaissant.
La
stratégie a été la suivante : lui envoyer un
kit de réparation depuis la Suisse, préparé par
Yvan Ravussin. Ce matériel a été acheminé
par avion et ensuite par hélicoptère.
Après
la réparation de la première fissure, Mike a constaté
malheureusement d'autres dégâts sur le bateau, ne lui permettant
pas de prendre la mer.
A
l'heure actuelle, nous ne savons pas si ces dégâts supplémentaires
peuvent être réparés sur place ou si un bateau doit
être convoyé au plus vite.
Nous
ne pouvons que soutenir la décision de Mike, cette dernière
nous prouve encore une fois que, si proche du but, il fait preuve toujours
de prudence dans toutes les situations extrêmes.
Le
voyage de presse et la conférence de presse à Genève
sont reportés.
Les
nouvelles dates vous seront communiquées ultérieurement.
Claudia TUR
Responsable Presse Expédition ARKTOS
Portable 079 276 76 02
Tél/Fax 032 846 14 80
Email : claudia.tur@net2000.ch
18
septembre 2004
Une
semaine stressante !
Beaucoup
de choses se sont passées cette semaine.
Le
11 septembre dernier, l’équipe a dit au revoir à Mike et
une fois de plus il était seul. Le trimaran Corsair, le même
qui fut utilisé durant la dernière expédition ‘Latitude
Zero’, était là et tout ce qu’il restait à faire maintenant
était d’attendre les bonnes conditions météo avant
de lever l’ancre, pour traverser la mer de Barents en direction du Cap
Nord.
Ce
ne fut toutefois pas aussi simple que ça !
La
tempête a commencé à se lever. Mike raconte :
’
Je me suis battu durant 4 jours non-stop pour essayer de sauver mon bateau.
Il était amarré dans la baie, mais les vents étaient
si violents que le bateau était chahuté dans tous les sens.
Les trois ancres n’arrivaient pas à tenir le bateau en place. Les
vents étaient simplement trop violents - je pense jusqu’à
80 km/h !!! Et moi, tout seul, je me suis battu autant que je le pouvais
pour contrôler le bateau, mais ce fut impossible. Je n’ai pas dormi
depuis 4 jours !’
Il
y a 4 jours Mike a appelé pour dire qu’il pensait que le bateau
avait été endommagé, probablement heurté par
un tronc d’arbre. Mike a été contraint de sortir le bateau
de l’eau pour faire un constat précis des dégâts. Les
nouvelles n’étaient pas bonnes ! Mike a découvert dans la
coque principale une fissure d’environ 40 cm, le bateau n’est donc plus
navigable. Il faut réparer avant de repartir.
A
Topseda, il n’y a rien. Quelques baraques en ruine et seulement un habitant,
un vieux pêcheur très aimable qui aide Mike autant qu’il le
peut. Mike lui est très reconnaissant.
La
stratégie suivante est d’envoyer un kit de réparation à
Mike. Le kit est prêt en Suisse. Mike attend qu’un hélicoptère
lui apporte le kit, afin qu’il puisse commencer les réparations
du bateau. L’hélicoptère est prévu pour demain.
Nous
restons optimistes et espérons que Mike pourra réparer le
bateau et qu’il puisse partir le plus vite possible, mais chaque jour qui
passe rend l’arrivée au Cap Nord prévue pour fin septembre
un peu plus improbable.
9
septembre 2004
Mike
retrouve son équipe à Topseda !
Il
aura fallu trois jours de navigation, en couvrant une distance de 860 km,
pour que Bernard Stamm, Jean-Philippe Patthey et le frère de Mike,
Martin, puissent amener le Corsair trimaran dans le village abandonné
de Topseda, situé sur le Cheshkaya Guba, sur la côte nord
de la Russie.
Jean-Philippe
raconte : ‘Ce fut une traversée passionnante. Un vent dominant du
nord-ouest et la houle de la Mer Blanche nous ont poussés dans la
bonne direction. On était content d’avoir quelqu’un d’aussi expérimenté
que Bernard à bord. La Mer de Barents est agitée mais il
a réussi à garder le contrôle du bateau en tout temps.
C’est un plaisir d'être à nouveau sur la terre ferme. Sebastian
(photographe) et Raphael (cameraman) sont venus en avion de Nar’Yan Mar
hier, et maintenant nous sommes tous ensemble à attendre l’arrivée
de Mike à l’abri dans une cabane. Nous avons eu un contact téléphonique
avec lui ce matin et nous savons qu’il n’est pas loin. Il pourrait arriver
d’une minute à l’autre…’
Martin
fut le premier à voir Mike. Il l’a aperçu à 10km en
train de ramer contre le vent.
‘Ce
fut un des moments les plus forts de toute l’expédition’, dit Mike.
‘Rencontrer mon frère que je n’avais pas vu depuis une année
et de revoir Bernard après trois ans… c’est simplement incroyable
! Tu es là, tout seul, à pagayer à travers une contrée
stérile et déserte et tout à coup, tu vois tes amis
au milieu de nulle part. Je n’ai pas les mots pour le décrire, mais
des moments pareils resteront à jamais gravés dans ma mémoire
!’
Ils
ont peu de temps à passer ensemble, parce que l’équipe doit
retourner en Europe. Ils passeront deux jours ensemble pour ramener des
photos et des images de Mike.
‘Cette
dernière semaine a été pénible’ dit Mike. ‘Ma
décision de traverser par les terres et d’éviter la côte,
battue par les vents, n’a peut-être pas été la meilleure.
J’ai finalement dû tirer mon kayak à travers la toundra et
je n’ai pu faire que un demi-kilomètre par heure. J’ai fait cela
durant les trois derniers jours en marchant 14 heures par jour. C’était
très dur, mais ça en a valu la peine - j’ai réussi
à atteindre la côte.’
Maintenant,
Mike est de nouveau bien équipé, enfin des habits propres
et un bateau plein de nourriture fraîche et de chocolat.
Une
fois qu’il aura dit au revoir à son équipe, Mike va partir
à la voile en solo, à travers la mer de Barents et retourner
en Norvège.
‘Je
devrai attendre les bonnes conditions météo. La Mer de Barents
est dangereuse, donc il faudra que je parte quand les vents me seront favorables.’
‘J’ai
passé ma dernière nuit sous tente la nuit dernière.
Etrange sentiment. Ma tente a été ma maison durant deux ans.
‘Salutations
à tous.’
Mike
2
septembre 2004
68°27.242N
55°07.047 E
‘On
y arrive gentiment. Un jour de progression, deux jours d’arrêt. Le
vent semble ne jamais vouloir se calmer. Il souffle en permanence du nord-ouest,
en plein dans mon visage. Quand le vent tombe, finalement, je sors immédiatement
de ma tente et j’avance aussi vite que possible. Hier, j’ai réussi
à faire 45 km contre le vent, j’étais content de ma progression.
Une fois encore on annonce des vents violents pour demain, donc je ne suis
pas certain de pouvoir avancer. Patience, patience !’
‘Les
marées aussi sont très grandes le long de la côte,
les vagues se cassent au loin. C’est impossible de naviguer derrière
ces cassures, parce que je suis constamment ramené vers la côte.
Quand j’ai franchi ces vagues hier, je m’attendais à trouver un
léger vent et le ciel bleu. J’ai dû rire d’avoir osé
imaginer ça. Une fois de plus, tout ce que j'avais devant moi, c’était
un brouillard épais, de la pluie, du vent, du vent et encore du
vent ! J’ai un nouveau dicton : quand tu crois que ça ne peut plus
devenir pire et bien ça empire encore !’
‘Les
affaires se présentent bien pour un ravitaillement à Indiga.
C’est un petit village situé sur la côte est de Cheshkaya
Guba. Mon bon copain, Bernard Stamm est d’accord de convoyer mon bateau
depuis la Norvège jusqu’ici. Nous aurons l’occasion de nous retrouver
un petit moment avec l’équipe logistique et ensuite je continuerai
vers la Norvège et eux, rentreront en avion en Europe. Je naviguerai
vers la Norvège en traversant la Mer Blanche et j'aurai ainsi bouclé
la boucle du cercle arctique en arrivant à l’endroit d’où
je suis parti, il y a plus de deux ans.’
‘Ce
sera sympa de retrouver Bernard et l’équipe de logistique. Quoi
de plus… je vais enfin recevoir l’équipement et les vêtements
plus chauds que j'aurais dû avoir il y a trois mois. J’ai résolu
mon problème de batterie grâce à un gars d’ici qui
m’a donné une batterie de voiture. J’ai installé un système
pour mon téléphone satellite et je traîne ça
avec moi. Mais au moins je n’ai plus le souci de perdre le contact avec
mon équipe. Il n’y a eu aucune autre possibilité de me ravitailler
le long de la côte. Il n’y a personne ici, pas d’habitations, rien.
Occasionnellement je rencontre un pêcheur ou des ouvriers qui font
des forages pétroliers, mais la région n’a que très
peu d’habitants. Je ne mange que la moitié des rations que je mangeais
durant l’hiver et je n’en ai plus que 5. J’en ai donc pour 10 jours, ce
qui devrait être suffisant jusqu’à l’arrivée
de mon équipe. A part cela la nourriture est abondante dans la toundra.
Quand je ne peux pas avancer à cause du vent, je vais me promener
et je ramasse des baies et des champignons. Un régime purement végétarien,
mais c’est agréable de manger de la nourriture fraîche !’
‘Je
vais sortir maintenant pour voir si je peux avancer sur la terre aujourd’hui.
Comme il y a eu beaucoup de pluie ces temps, je pourrais peut être
trouver un cours d’eau pour tirer mon kayak. Je vais tout faire pour rester
dehors et avancer !’
Salutations
!
Mike
24
août 2004
 |
De
retour en Europe !
‘C’est
dur à réaliser, mais je suis de retour en Europe. J’ai franchi
la frontière hier au moment où j’ai passé le point
de Khrebet Pay-Khoy, pour arriver à la mer de Barents. On aurait
dit que la nature essayait de m’empêcher d’y parvenir, parce que
j’ai dû me battre contre un vent de face permanent, durant toute
la semaine dernière.’
‘Après
avoir quitté la côte, les choses ont changé et il m’a
semblé que la nature voulait me récompenser pour tous les
efforts que j’ai fournis. En effectuant mon portage pour franchir la terre,
j’ai trouvé un lac et j’ai commencé à pagayer. J’ai
ensuite vu un ours polaire qui m’attendait sur le rivage, debout sur ses
pattes arrière, il me flairait. Il m’a quand même un peu effrayé,
je dois avouer que j’ai commencé à pagayer plus vite !!
C’était assez spectaculaire. Heureusement pour moi, il a décidé
de me laisser.’
‘Hier
ensuite, j’ai croisé une colonie de morses, environ 60, qui se prélassaient
sur la plage. Soudain, ils ont commencé à entrer dans l’eau
et à m’entourer en nageant tout près du kayak. Ils sortaient
la tête de l’eau pour me montrer leurs défenses impressionnantes.
Ils peuvent être agressifs dans l’eau et j’avais peur qu’ils retournent
mon kayak. Une fois encore j’ai pagayé pour me mettre à l’abri,
afin observer ce que la nature avait décidé de m’offrir en
spectacle.’
‘Comme
la fin de l’expédition approche, de tels moments semblent prendre
de plus en plus d’importances. C’est si rare que quelqu’un puisse être
témoin de scènes aussi magnifiques. Je commence à
regretter que mon exploration de l’Arctique touche à sa fin. Parfois
j'aimerais que ça n’arrête jamais… puis d’autres éléments
me ramènent à la maison : ma famille, mes amis et mes filles
qui me manquent tant.’
‘Nous
sommes tellement privilégiés de vivre dans un monde qui nous
offre tant.’
Mike |
17
août 2004
Mike
écrit depuis Amderma
‘Je
suis dans une station météo en train d’observer la carte
météo pour espérer trouver une petite fenêtre
ou une période de calme, qui me permette d’arriver à la mer
de Barents. Être sur l’océan à cette période
de l’année n’est pas le meilleur endroit où l’on puisse être,
parce que la côte arctique est constamment battue par des vents du
nord-ouest très violents, qui soufflent en rafale.’
‘Je
suis si proche de mon but, et pourtant encore si loin ! A ce stade tout
dépend du temps. Il fait très froid, il y a du brouillard,
il pleut sans cesse et d’énormes vagues s’écrasent sur la
côte, rendant ma progression difficile.’
‘J’ai
travaillé dur pour en arriver là. Mon corps me fait mal.
Mentalement aussi, je suis fatigué, mais je dois rester en permanence
concentré sur mon but et prendre les bonnes décisions. Une
erreur pourrait me coûter beaucoup de temps, même peut-être
la vie. Durant ces deux dernières années, j’ai dû me
battre avec les pires conditions météo qu'on puisse trouver
sur cette planète. C’est ma vie. Toute l’énergie est venue
de moi. Au moins, cette énergie a été dépensée
de manière positive, et qui plus est, elle m’en a amené encore
plus.’
‘Une
fois de plus j’ai dû modifier mes plans. Demain je vais pagayer jusqu’à
un lac, faire une petit portage pour contourner une chute et des rapides
et rejoindre une rivière qui me conduira à la mer de Barents.
C’est un petit détour, mais tout pendant que je bouge, mon esprit
est occupé et je suis heureux. Je vois des nouvelles choses. Je
vais dans des endroits que je n’ai jamais vus auparavant et mon esprit
sait que je me rapproche toujours un peu plus du Cap Nord.’
‘Quand
j’arriverai à la mer de Barents, je serai une fois de plus à
la merci de l’océan. Je devrai être patient. Je me dirigerai
vers Nar’Yan Mar et ce sera le dernier arrêt avant le Cap Nord. Je
commence à manquer de nourriture, de fuel pour le réchaud
et les températures ont chuté. Mon matériel n’est
plus adapté à cette période de l’année. Organiser
un ravitaillement en Russie a toujours été un cauchemar,
mais j’ai appris à ne pas trop espérer, pour ne pas être
déçu. Le mauvais temps permanent m’a aussi appris à
être respectueux de la nature. Celle-ci m’a appris à être
patient et j’ai amélioré mes connaissances et ma technique
en kayak de mer. Ceci prouve qu’il y a toujours quelque chose de positif
à tirer du négatif. Tout dépend de quel point de vue
on se place !
Salut
Mike
Horn
10
août 2004
(68°29.057
N 67°49.300 E)
J’ai
cru que ça ne finirait jamais !
‘J’ai
traversé la Baydaratskaya Guba ce matin … et, oh là là
… comme je suis content d’être de l’autre côté ! 11
heures à pagayer contre le vent violent et dans d’énormes
vagues. J’ai cru que je n’y arriverais jamais ! Je savais que les conditions
étaient mauvaises, mais je n’ai pas pu descendre le long de la côte
parce que les vagues m’écrasaient et me repoussaient contre les
falaises. Une fois le point de non-retour franchi, je ne pouvais qu’espérer
que les conditions s’améliorent et que le vent me pousse de l’autre
côté … et bien, ça ne s’est pas passé comme
ça ... une fois le point de non-retour franchi, j’ai été
obligé de continuer et d’emmener mon kayak à travers de grosses
vagues et un vent qui soufflait parfois à 36 km/h. Plusieurs fois
les flotteurs du kayak furent complètement engloutis sous l’eau,
j’étais sûr que j’allais chavirer. Je n’ai vu la côte
que lorsque j’en étais éloigné de 3 km. A ce moment
j’ai retrouvé de l’énergie pour forcer le passage à
travers ces vagues et enfin arriver au bord. J’ai embrassé le sol
en arrivant. Quel voyage : 53,5 km en 11 heures !’
‘Je
suis complètement fracassé mais heureux d'être encore
sur cette planète et pouvoir téléphoner à la
maison pour dire à ma femme et mes enfants que je rentre bientôt.
1600km (à vol d’oiseau) jusqu’au Cap Nord. Pas si long que ça
!’
‘Ça
devrait être de la navigation tranquille à partir ici… tout
au moins si le temps s’améliore. De gros nuages noirs menacent à
l’horizon et des vents violents sont annoncés pour ces prochains
jours. J’espère que, par la suite, les conditions vont s’améliorer
et que le vent tournera en ma faveur (pour une fois). Il n’y a plus de
moustiques grâce au vent (ce qui est un bonheur déguisé)
et la température est redescendue aux alentours de 0°C.’
‘J’ai
besoin d’un réapprovisionnement. J’ai froid, froid, froid parce
que j’utilise encore mon équipement et mes habits d’été.
Mon équipe devrait venir à Amderma à quelques 280
km d’ici.’
‘C’est
tout pour le moment. Je me réjouis d’aller dormir. A bientôt.’
Salut
à tous !
Mike
1er
août 2004
De
l’autre côté de l’Obskafa Guba
‘J’ai
réussi à traverser l’Obskafa Guba !’ explique Mike satisfait.
‘Ce fut une traversée difficile. J’avais soigneusement étudié
les conditions météo et les vents avec mon équipe
logistique en Suisse. Ils m’ont dit que les conditions seraient relativement
calmes durant les prochains jours. Je suis donc parti tôt le matin
et j’ai pagayé, en 5 heures j’avais parcouru les 38 km. C’était
relativement difficile, parce que le vent s’est levé après
avoir parcouru 15 km et les courants me repoussaient presque en arrière.
J’étais heureux d’arriver de l’autre côté mais les
gardes-frontières aussi, qui s’étaient placés le long
de la rive pour m’accueillir. Une fois encore, j’ai rencontré les
mêmes problèmes. J’avais navigué en droite ligne dans
un village interdit. Je n’avais pas d’autorisation spéciale et ils
m’ont immédiatement arrêté. Polar Consulting a de nouveau
fait les téléphones nécessaires auprès des
autorités, et 8 heures plus tard, le message est parvenu que je
n’étais pas un mauvais gars et que je pouvais continuer.’
‘Continuer
n’a pas été aussi facile que prévu. J’ai observé
la rivière que je voulais traverser et j’ai constaté qu’il
n’y avait pas assez d’eau. Je me suis approché d’un pilote d’hélicoptère
dans la région et lui ai demandé, s'il pouvait transporter
mon kayak à l’embouchure de la rivière Yuribei où
elle rejoint l’Océan Arctique. Il a été d’accord de
le faire le lundi 2 août, donc j’attends jusqu’à lundi pour
envoyer mon kayak. Une fois qu’il sera parti, je commencerai à marcher
en n’étant pas encombré pour traverser le Poluostrov Yamal,
170 km en droite ligne.’
‘Je
ne pense pas qu’il y aura d’autres ‘hold-up’ à cause des autorisations.
Je peux maintenant avancer vers l’Océan Arctique et retrouver mon
kayak pour suivre la côte, jusqu’à la mer de Barents.’
‘Je
vous donnerai des nouvelles pour la suite. Profitez bien des fêtes
du 1er août !’
Mike
26
juillet 2004
Bloqué
par des gardes-frontières !
‘C’est
arrivé vendredi, J’avançais si bien ! J’ai tout à
coup trouvé une route qui menait vers la ville de Yamburg (situé
à 67°55N 74°50E) et c’est là que les garde-frontière
m’ont arrêté. Ils m’ont interrogé et m’ont demandé
mes papiers. A partir de là, il a semblé évident qu’il
me manquait une autorisation spéciale pour me permettre de traverser
cette région. Incroyable ! Je n’avais même pas l’intention
d’aller à Yamburg. Tout ce que je voulais faire, c’était
de rejoindre une rivière située 30 km plus loin. Cette rivière
devait me conduire directement sur la côte où je pourrais
utiliser mon kayak pour essayer de traverser ce bras de mer (Obskafa Guba)
au point le plus étroit.. Pour corser le tout, on m’a arrêté
un vendredi soir, donc il n’y avait aucun moyen de faire quoi que ce soit
jusqu’au lundi matin. Je suis resté là tout le week-end,
en essayant d’élaborer un plan d’évasion, au cas où
les revendications faites par Polar Consulting en France ne seraient
pas entendues… mais elle le furent… et ce soir à 5 heures on m’a
donné l’autorisation de repartir. J’ai eu de la chance !’
‘De
l’autre côté de l’Obskafa Guba, j’arriverai dans la petite
ville de Mys Kamenna (68°33.439N 73°30.326 E). Cette ville aussi
est une ville pétrolière et fermée aux étrangers.
Il est probable que je rencontre également des problèmes
administratifs, mais mon équipe est prête et je suis optimiste.’
Le
prochain obstacle sera de traverser une grand bande de terre pour arriver
dans la ville de Ust Yuribey sur la côte nord de la Bajdarakaja Guba.
Il y a une rivière qui coule tout le long, mais je dois toujours
faire face au même problème : A cause des méandres
de la rivière, je dois pagayer 50 km pour avancer de 5 km dans la
bonne direction. C’est très frustrant. Les rivières sont
très basses et je frotte le fond sablonneux la plupart du temps.
Je dois avancer rapidement avant qu’il n’y ait plus d’eau.’
Je
serai soulagé en arrivant à la Bajdarakaj Guba parce que
depuis là, il n’y aura plus de gros obstacles sur mon chemin. A
partir de là, ce sera assez simple de naviguer vers le Cap
Nord. Je pourrai me concentrer sur mon retour à la maison pour reprendre
une vie normale avec ma famille … loin des moustiques !’
Salutations
à tous,
Mike
19
juillet 2004
Mike
appelle depuis la position 67°26.864 N 77°24.489 E
‘C’est
un bon sentiment de pouvoir avancer à nouveau, mais ça n’a
pas été sans certains problèmes. Mon kayak Prijon
fonctionnait bien, comme d’habitude, mais le système de voile qui
a été envoyé depuis les Etats-Unis s’est cassé
après une semaine. Je me suis trouvé complètement
désemparé et n’ai pas pu profiter des forts vents qui soufflaient
à ce moment. J’ai toutefois eu un coup de chance. Aujourd’hui, je
suis arrivé dans un petit village pétrolier (pipeline) et
deux hommes m’ont rapidement fabriqué une pièce de rechange
pour remplacer la pièce cassée sur mon kayak. Je peux de
nouveau utiliser ma voile. Ces deux aimables gars m’ont trouvé un
peu bizarre, mais ils ont été très contents de pouvoir
m’aider. Maintenant je suis en route et je suis un homme heureux !’
‘Il
y a eu quelques jours très frustrants la semaine dernière.
Je naviguais durant 12 à 14 heures par jour pour avancer d’environ
11 km en pagayant contre le courant. J’ai vite remarqué que pour
10 km de progression, je n’avançais que de 1 km en direction de
l’ouest. Ceci à cause des contours de la rivière. C’est très
démoralisant d’avancer à cette allure surtout après
avoir fait de gros efforts !’
‘J’apprécie
d’être sur mon kayak. Ça change et je profite des magnifiques
paysages. C’est dommage que les moustiques gâchent tout. Il y a des
essaims noirs tout autour de moi ! J’ai de la peine à les supporter
!’
‘Aujourd’hui
j’ai traversé la Tazovskaja Guba, une belle expérience en
kayak. Elle fait presque 40 km de large à l’endroit où j’ai
traversé et il y avait des vents violents et de grosses vagues.
J’étais content d’atteindre l’autre rive. J’ai l’intention de suivre
la Khadudte River qui m’amènera au nord où on m’a dit que
je pourrais trouver une route. Je pourrais la suivre, si elle existe réellement.
Les routes sont très rares dans cette partie du monde et je ne sais
toujours pas quel chemin je vais prendre pour rejoindre l’Océan
Arctique. Je continue mes recherches.’
‘J’espère
que tout va bien pour vous. Et profitez d’un été chaud…sans
moustiques !’
‘Salut
à tous !’
Mike
12
juillet 2004
68°57.850
N 80°39.981 E
Mike
quitte Jusni Seloni
‘Mon
Kayak Prijon est arrivé et je peux finalement repartir !’ dit Mike.
‘Je n’y croyais plus lorsqu’on m’a dit que le kayak était
là. Je commençais à penser qu’il n’arriverait jamais
et que je devrais me préparer à repartir à pied, mais
voilà, il ne faut jamais perdre espoir. J’ai passé une journée
à réparer une pagaie cassée, à vérifier
le système de gréement et à faire mes bagages. Maintenant
tout est en ordre et je peux quitter Jusni Seloni.
La
première journée fut un peu difficile, mais même ainsi,
j’ai pu parcourir environ 40 km. La rivière que je suis est très
large, mais malheureusement, aussi très peu profonde. Je touche
le fond sablonneux la plupart du temps, ce qui fait que je n’avance pas
aussi vite que je le voudrais.
Les
moustiques sont horribles ici ! Ils flottent dans l’air comme des nuages,
c’est impossible de respirer sans les avaler. Je suis obligé de
porter une sorte de filet qui recouvre mon visage et me protège
un tant soit peu. Le seul moment où je peux enlever mon filet, c’est
la nuit quand je suis dans ma tente, après avoir tué le moindre
petit insecte en vue. Les rennes ne les aiment pas non plus. Ils les trouvent
insupportables dans la toundra, alors ils cherchent une protection en se
mettant complètement dans l’eau. Parfois je les fais sursauter en
pagayant juste à côté d’eux et dans leur panique ils
jaillissent hors de la rivière, juste en face de moi.
Je
suis actuellement dans la région du Yamal, c’est le territoire des
Indiens locaux, connus sous le nom de Yamal-Nenets. Ce sont des éleveurs
de rennes arctiques, qui vivent dans des tipis et voyagent sur de longues
distances à travers la péninsule, allant des pâturages
les plus au nord de la toundra en été, pour redescendre se
protéger dans la taïga sub-arctique en hiver. Ce sont des rencontres
incroyables. Tu croirais être revenu 15 chapitres en arrière
dans un livre d’histoire !
J’espère
que tout se passera sans problèmes depuis maintenant. Je devrai
bientôt prendre une décision importante, à savoir :
continuer à l’intérieur des terres en direction de Vorkuta
ou remonter au nord sur la rivière Ob, pour retrouver l’Océan
Arctique. J’espère que les Indiens locaux pourront m’aider à
prendre la bonne décision.
Je
vous écrirai bientôt pour vous dire ce que je vais faire.’
Tout
de bon !
Mike
5
juillet 2004 - Proche de Jusni Seloni
‘Je
n’avance pas très vite, mais il n’y a aucune raison de me dépêcher
à ce stade. Pour l’instant toutes les rivières et les cours
d’eau sont en crue à cause de la fonte des neiges et je suis dans
l’eau jusqu’à la taille, si je ne suis pas perché, dans une
situation précaire, sur un pipeline. J’attends avec impatience que
mon kayak Prijon arrive.’
La
société Polar Consulting en France semble avoir tiré
quelques ficelles pour que le kayak de Mike arrive. Aux dernières
nouvelles le kayak est déjà à Noril’sk et Mike devrait
le récupérer très prochainement. Demain, Mike arrivera
dans un village appelé Josni Seloni et de là, il espère
continuer en kayak, le long des cours d’eau et des rivières, en
poursuivant sa trajectoire vers l’ouest.
‘Ça
devient clair maintenant, je devrais avancer rapidement une fois que j’aurai
mon kayak, parce que le niveau de l’eau baisse à grande vitesse.
Bientôt, les cours d’eau ne seront plus en crue et il sera impossible
de traverser en kayak. Si je ne peux pas traverser par la terre, je devrais
faire un grand détour vers le nord pour remonter vers l’Océan
Arctique.’
‘J’ai
vécu des changements climatiques incroyables cette dernière
semaine, en ayant durant quelques jours une température de 26°C.
Je n’étais pas habitué à ça ! Les moustiques
s’en donnaient à cœur joie et me dévoraient vivant. Maintenant
la température est redescendue à 5 degrés, ce qui
est normal pour cette période de l’année dans l’Arctique.
Heureusement pour moi les moustiques me laissent quelques jours de répit.’
‘
Je crois que, cette semaine, j’ai vu les décors les plus étonnants
que je n’aie jamais vu. J’ai vu les premières fleurs sortir, des
canards, des oies, des cygnes, des nids, des œufs – tant de couleurs, de
mouvements, de sons après de longs mois à parcourir l’environnement
triste et austère de l’Arctique. C’est un grand privilège
d'être ici et de vivre cela !
‘Je
vous tiens au courant de l’arrivée de mon kayak. Croisez les doigts
pour moi.’
Salutations
Mike
25
juin 2004 – Lente progression !
Ce
fut une semaine intéressante ! Vous ne pouvez pas imaginer la différence
entre maintenant et il y a une semaine !
Il
n’y a absolument plus aucune trace de neige. Je l’ai constaté en
étant à une journée de Dudinka, lorsque j’ai été
contraint d’abandonner ma luge et mes skis. Donc maintenant, je suis à
pied, avec un sac à dos et tout se déroule assez bien… mais
c’est différent !
Avec
la fonte des neiges le pays s’est transformé en un vaste marais
et il y a de l’eau partout, parfois jusqu’à la taille. J’ai trouvé
une façon plutôt intéressante de contourner ce problème,
en suivant les pipelines qui vont vers l’ouest… non pas sous-terre, mais
dessus ! C’est amusant et imaginez, c’est comme marcher sur la corde raide
dans un cirque, car les pipes sont assez étroits. Je dois faire
très attention tout le temps. Les pipes peuvent aussi atteindre
une hauteur de 10 à 15 mètres au-dessus de la terre. Je comparerais
cela à marcher par- |